Le pays d’où l’on ne revient jamais, de Julien Thèves, pourrait être lu comme un livre de souvenirs, centré sur un narrateur-sujet et ses émotions, ses sentiments. Semblent y être réunis les ingrédients du roman familial : le père, la mère, l’enfance, les souvenirs d’enfance, un moi qui souffre, etc. Il s’agit pourtant d’autre chose, d’une écriture dont le souvenir n’est pas l’objet, pas plus que le moi. Le livre de Julien Thèves est un livre du temps, de la contemplation du temps et de la vie, un livre où le temps existe en tant que contemplé et occasion d’une vie contemplative.
Du 28 avril au 23 mai 2018 se tient le Salon d’Art contemporain de Montrouge, plus particulièrement consacré aux nouveaux talents de l’art actuel. La sélection d’œuvres et artistes proposés cette année montre un parti-pris cohérent, tranché et pertinent : troubler le visible, le rendre poreux aux autres sens, problématiser le privilège de la vue, du visuel.
Corps et désir : Le silence dans la peau de Claire Tencin ou le hiatus de la langue maternelle (7/8)
Le très beau texte de Claire Tencin, Le silence dans la peau, enroule l’histoire de trois femmes, généalogie familiale sur trois générations échouées dans leur silence, le silence de la peau, le silence du désir, le silence de la mère : une mère aïeule qui doit se séparer de ses enfants pour jouir d’être une femme qui désire ; une mère qui doit renoncer au désir, qui déclare sa non jouissance de femme, une mère toute mère, infanticide et innocente ; une fille qui refuse la maternité, le devenir corps-mère, et qui par le récit fait advenir la mère avec la syntaxe du père moins le père.
Mai. Le « joli mois » de la chanson de Bourvil est un mois paradoxal. D’abord, il s’ouvre sur la fête du travail (le 1er) et ensuite il concentre à lui seul près du quart des jours fériés de l’année entière. C’est vous dire si ce mois ne sait pas ce qu’il veut.
En allumant la télévision mercredi dernier sur TMC vers 21 heures, vous avez :
□ Cru que vous aviez hiberné pendant 16 ans.
□ Halluciné parce qu’une chaîne du groupe TF1 est en train de ressusciter l’esprit Canal.
□ Éclaté de rire à la question « Juif ou Arabe ou les deux ? »
□ Redemandé le menu, du rab, ou les deux.
Poursuivant un cycle poétique et politique, Jean-Marie Gleize publie Trouver ici, liant la recherche d’une « écriture à fragmentation » à celle d’un «communisme sensible», l’exigence éthique, poétique et politique étant toujours de « Déplacer, se déplacer ».
Entretien avec Jean-Marie Gleize.
Depuis 1990, Dominique Douay n’avait plus fait paraître de roman original. Révélé par sa nouvelle « Thomas » en 1974, l’auteur de L’Échiquier de la création et de La Vie comme une course de chars à voile s’était tu pendant un quart de siècle. Il nous est revenu avec un roman ambitieux et intrigant. Un de ces livres qui ne se lisent pas seulement, mais qui se relisent.
Emmanuel Macron aime lire. On connaissait déjà son goût pour la mythologie grecque antique, voilà qu’il dégaine à présent son amour du romanesque, dans un entretien à la Nouvelle Revue Française (pas moins). Son amour, ou plutôt celui qu’éprouve le « peuple français », épris d’aventures hautes en couleurs, de drame, voire d’un certain sens du tragique qui met en valeur les contrastes et exacerbent les émotions.
Terrain Vague, indéniablement la meilleure revue du moment, l’une des plus audacieuses et neuves, lance ce mercredi, avec force joie et cotillons, son quatrième numéro à la Générale.
Quand des militants d’extrême droite disent avoir « raccompagné » des migrants à la frontière franco-italienne et que le parquet de Gap doit classer l’enquête sans suite faute « d’infraction constatée », et ce en une petite semaine, on se frotte les yeux d’incrédulité. Pourtant, l’information est bien là, ce n’est pas même une « mauvaise blague ».
« Piratée sur internet, je la regardais sans sous-titres ». Cette phrase, venue de nuit, devait introduire cet article. J’ai commencé à regarder la nouvelle trilogie par le film de 2014, Dawn of the Planet of the Apes, c’est-à-dire par le milieu. Après un beau prégénérique sur l’extinction du genre humain, Matt Reeves plonge le spectateur dans une scène de chasse de l’époque mésolithique, à la différence près que les chasseurs y sont des singes et qu’ils communiquent en langue des signes. La séquence est très réussie, des superbes effets spéciaux à la très belle bande-son, réduite à la rumeur lointaine de la chasse filmée en gros plan, qui donne la sensation de revisiter en rêve un souvenir oublié de notre vie préhistorique. L’impact de cette séquence fut d’autant plus fort sur moi que, piratée sur internet, je la regardais sans sous-titres et ne comprenais que très mal les signes échangés par les singes. Je finis par me persuader qu’il y avait un problème, téléchargeai les sous-titres et, en repassant la séquence, y trouvai en effet traduits tous les échanges silencieux.
Les aventures de Perlimtintin.
Aujourd’hui : C’est une bromance, c’est une belle histoire… (Air connu).
Ils se dévoilent.
Trump, on savait.
Macron, on découvre peu à peu.
Voici un livre étonnant. Il rassemble des auteurs aujourd’hui illustres qui, autrefois, ont commencé une thèse universitaire, l’ont poussée loin, puis n’ont pas abouti — renonçant ou échouant. L’auteur, Charles Coustille, inscrit ce propos qui peut paraître anecdotique dans une perspective plus vaste jusqu’à se demander : qu’est-ce qu’une thèse en fin de compte et quelle fut l’histoire de sa version française ? Ou bien encore : qu’est-ce que le thétique, cette belle notion toute embuée de mystère ?