Burger Quiz, saison 2 : culte ou mythique ou les deux ?

En allumant la télévision mercredi dernier sur TMC vers 21 heures, vous avez :

□ Cru que vous aviez hiberné pendant 16 ans.
□ Halluciné parce qu’une chaîne du groupe TF1 est en train de ressusciter l’esprit Canal.
□ Éclaté de rire à la question « Juif ou Arabe ou les deux ? »
□ Redemandé le menu, du rab, ou les deux.

Pour mémoire, Burger Quiz, c’est ce jeu drôle, potache, absurde, qui fleure bon ce temps que les moins de 15 ans ne peuvent pas connaître à moins d’être allé sur Internet glaner des séquences datant du Canal Plus historique, quand la chaîne à péage innovait encore avant de sombrer dans le Bollorisme – qui est à la télévision ce qu’Alzheimer est à la médecine : un mal sournois dont ceux qui en souffrent ne se souviennent même plus qu’ils en sont atteints.

BQ 3

Burger Quiz, c’est ce jeu où les questions sont potentiellement aussi voire plus drôles que les réponses, avec un talent d’écriture dans le conducteur qui ferait presque croire à l’existence d’éventuels dieux de la blague et autres rois du gag. Il faut dire que la promesse d’il y a seize ans est toujours tenue : le décor de fast-food pour rire, la voix off de Bruno Salomone et le maître des lieux n’ont (presque) pas pris une ride et le talent des invités n’est même pas forcé. Si l’on devait comparer Burger Quiz avec d’autres programmes toujours diffusés en 2018 malgré leur âge canonique : on est loin de Michel Drucker et son canapé dominical défraîchi ou de Laurent Ruquier et ses duos de comiques intervieweurs successifs ; on est très loin de Thierry Ardisson et ses vannes intrusives ; on est à des années lumières de Cyril Hanouna et de son plateau de chroniqueurs aux ordres du MC de C8.

Dès son retour à l’antenne la semaine dernière en prime time sur TMC, les réseaux sociaux ne s’y trompent pas (hors les quelques imbéciles qui ont crié au scandale sur Twitter sur le mode « oh lala la quelle honte de mettre juif et arabe dans la même phrase ! ») : pas de promo (ou très peu), pas d’humiliation, de l’humour, de la rigolade, de l’auto-dérision, du second, du millième degré. Bref : un programme de divertissement pur qui ne tape sur personne (sauf les buzzers à l’occasion), qui rassemble et rit avec tout le monde. Au lieu de rire de voire contre en invitant au suivisme bovin et en divisant les spectateurs en catégories jusqu’au sectarisme avec les fans (zouzes) d’un côté et le reste des imbéciles de l’autre.

Mais la chose la plus extraordinaire dans le retour de Burger Quiz, c’est ce qui ne se voit pas immédiatement à l’écran : le format court (même diffusé à raison de 3 épisodes chaque mercredi) est assurément en accord avec notre époque avide d’immédiateté, de réactivité (le hashtag a été immédiatement propulsé en TT le 25 avril dernier) ; l’écriture collective soignée et percutante de Dan Andreï, Max Chabat, Cyril Cohen, Ambre lazaret, Benoît Ouillon et Alain Chabat ; la qualité de l’humour et le respect des auditeurs ; et le fait que TMC (donc TF1) ringardise ses concurrents directs de la TNT voire les ex-chaines hertziennes, avec le pari très très osé de remettre au goût du jour un programme devenu mythique.

Sur les 10 meilleures audiences du 25 avril dernier, le classement était le suivant :

Audiences 2

On serait dans le camp des détracteurs de mauvaise foi ou des critiques faciles, on pourrait débattre autour de l’adage « faire du neuf avec du vieux » car pendant qu’on retrouvait l’ex-chef de Les Nuls dans son élément sur TMC, une autre résurrection d’un programme un temps défunt, La Carte aux trésors, est venue tutoyer M6 qui a réalisé la pire audience de l’histoire des finales du concours de cuisine emblématique de la chaîne tandis que le concert d’adieu de Michel Sardou sur C8 a fédéré 700 000 téléspectateurs de moins que le quiz à Chabat et consorts.

7793020908_alain-chabat-de-retour-avec-burger-quiz-le-25-avril-2018

En attendant les épisodes 4,5 et 6 diffusés ce soir à 21 heures sur TMC, avec un casting mêlant les burgerquizistes d’antan et la nouvelle génération, on peut d’ores et déjà affirmer que passé l’effet curiosité, Burger Quiz saison 2 a d’ores et déjà et paradoxalement gagné la bataille de la créativité en remettant le couvert et au goût du jour un programme vieux de seize ans. Avec tous les défauts qu’on aime et qui en font son essence et sa qualité : esprit foutraque et vannes gonflées, enchaînement de perles cultes par avance, retour des fausses pubs labellisées et ping-pong verbal avec les potes Foïs, Darmon, Baer, Barthélémy et les petits nouveaux émus et fiers d’être conviés à la table Ketchup ou sur le banc Mayo pour de la franche et bonne marrade. Et c’est ça qu’est bien.