En 1989, l’écrivain algérien, Mohammed Dib, faisait paraître chez Sindbad son onzième roman, Le Sommeil d’Eve, réédité en 2003 dans la collection de poche des éditions de La Différence. Le lecteur familier de la création dibienne y décelait immédiatement une parenté avec le précédent, Les Terrasses d’Orsol. Mais ce n’est pas cet aspect, renforcé par deux romans suivants, Neiges de marbre et L’Infante maure qui me retiendra ici. C’est le roman lui-même, dans sa singularité dans l’œuvre du romancier mais aussi, plus généralement, dans les œuvres qui affrontent la passion amoureuse, la chose du monde la mieux partagée et la plus difficile à mettre en mots.

« J’ai décidé de composer mille poèmes parce que j’ai besoin d’écrire tous les jours, le matin, le soir, et la nuit lorsque je ne dors pas. Venant buter sans relâche contre l’os de l’âme, je ne cesse d’interroger le vide sous mon cœur », écrivait Patrick Varetz en quatrième de couverture de Premier mille (2013). Le journal des travaux et des jours se poursuit avec le Deuxième mille qui vient de paraître, manière de faire de la poésie la forme même du temps, cette gangue de mots et vers qui interroge le vide de l’existence, à défaut de le combler.

J’ai l’habitude, depuis un peu plus de vingt ans, d’entrer dans les livres de Philippe Beck, je ne dirais pas “avec une certaine facilité” (car ce ne sont pas des lectures “faciles”), mais disons comme on se retrouve en terrain familier, dans un lieu où, sans avoir ses habitudes, on se sent plutôt bien, même si, à la lecture, nous glissons parfois de quelque chose qui échappe à une autre qui éclaire (le plaisir vient peut-être en partie de cette oscillation).

Indubitablement, Jérôme Game est l’un des poètes parmi les plus importants et les plus novateurs de notre contemporain. Comment penser autrement après avoir lu son puissant autant qu’étonnant Album Photo qui vient de paraître aux éditions de l’Attente ? Véritable plaque photosensible, ce recueil poétique égrène autant qu’il réfléchit aux images de notre temps, de celles prises par le téléphone portable en passant par celles qui envahissent les réseaux sociaux afin de dégager un possible photopoème de nos vies. Autant de pistes de réflexions amorcées par un livre décisif que Diacritik a voulu explorer avec son auteur le temps d’un grand entretien.

Il y a dans le rapport à l’archive une « façon passionnée de construire un récit, d’établir une relation au document et aux personnes qu’il révèle », écrivait Arlette Farge dans Le Goût de l’archive (1989). Ainsi de deux valises fermées, en couverture et 4e de couverture du livre d’Albert Dichy : le livre déploie les archives de Jean Genet comme si nous ouvrions nous-mêmes ces valises, à défaut de voir ces documents exposés à l’Abbaye d’Ardenne en ces mois où la culture semble interdite — au moins au sens de stupéfaite d’être ainsi dérobée au public dans tout ce qui fait d’elle un espace de rencontres, de dialogues, du vivant.

Plus jamais vous ne regarderez un bâton de craie ou un hamac, n’utiliserez un éventail ou mâcherez un chewing-gum de la même manière, après avoir plongé dans Le Magasin du monde et les textes d’un collectif d’historiens dirigé par Pierre Singaravélou et Sylvain Venayre. Ce livre est d’abord un immense cabinet de curiosités, il est un recueil de récits mais aussi une histoire de la mondialisation, de la circulation des objets, leurs usages et leurs appropriations.

« Une rencontre de mes réflexions et de mes souvenirs ; de mes vieux thèmes (existentiels et esthétiques) et de mes vieux amours (Rabelais, Janacek, Fellini, Malaparte…)… » : C’est sur ces mots que Milan Kundera ouvre Une rencontre, après Les Testaments trahis, L’Art du roman et Le Rideau, recueil de la mémoire, des filiations, des admirations, porte ouverte sur une « galerie imaginaire », une bibliothèque, en neuf chapitres, souvent subdivisés.

« Un livre rigolo sur les tampons fantaisie » : c’est ainsi que le tampographe Sardon présente Chroniques de la rue du Repos (Flammarion), livre « bordélique » comme l’est son atelier et le coin de ville qu’il évoque dans les textes qui rythment les pages. Les tampons ici ne sont pas seulement des objets mais bien « des lubies » qui « prennent la forme de tampons encreurs », et plus encore que des lubies, une manière d’être au monde qui se donne à lire dans les chroniques des moments de vie et scènes décapantes.