The Avalanches : La musique est une lumière (We will always love you)

© The Avalanches, We Will Always Love You

Le groupe australien The Avalanches poursuit une œuvre marquée par la brillante fusion des genres electro, disco, hip-hop et indie. Leur troisième disque se révèle puissamment intelligent et les consacre.

Sur la pochette de “We will always love you”, l’énigmatique visage d’Ann Druyan passé au spectrographe nous fixe. Cette auteur et directrice artistique du Voyager Golden Record qui accompagnait la sonde américaine dans l’espace en 1977 et se proposait de donner un signe de vie humaine à d’éventuels extraterrestres annonce ainsi la couleur et le son de The Avalanches : depuis le début de leur carrière discographique il y a exactement vingt ans, le duo tente l’approche du disque dansant total en essayant de définir la musique-même dans son constant rapport à l’amour. Difficile de ne pas tomber dans l’enthousiasme et l’éloge tant ces vingt-cinq chansons et bribes sonores, portées par l’armée magique des artistes invités, atteignent cette haute visée esthétique, rythmique, mélodique et philosophique. Au delà même du prétexte de l’épopée spatiale, Neneh Cherry, Jamie XX et CLYPSO (Wherever you go), Rivers Cuomo de Weezer et Pink Siifu (Running red lights), Tricky, Sampa the great et Denzel Curry (Take care in your dreaming) font scintiller un album où l’on est merveilleusement transporté.

Tout comme dans les précédents “Since i left you” (2000) et “Wildflowers” (2016), le groupe réussit une vraie balade, un véritable mouvement physique : les sons d’ambiance, claquements de porte, pensées à haute voix intégrent la musique à la vie réelle, concrète. Elle est là, dans le mouvement d’avancée des titres et ce n’est finalement qu’une seule chanson qui s’étend, compacte et sans enchaînement. Il ne reste donc qu’à danser. Comme dans le cœur vibrant “We go on” où le jeune musicien californien Cola Boyy côtoie Mick Jones du mythique groupe The Clash au sein d’une ronde de samples qui fera tournoyer votre corps comme une toupie. Qu’est-ce qu’un sample en effet s’il n’a pas cette capacité à lancer un fouet dans le passé pour y capturer de l’or ? Au-delà du génie dans la production, cette pertinence de la boucle samplée qui rebondit, qui revient sans cesse pour bouger est bien le fond de l’affaire de The Avalanches. Le casse-tête pour la négociation des droits d’auteur en valait assurément la chandelle.

Autre grand moment, le somptueux “Gold sky” dans lequel une guitare s’approche sur le chant d’enfants (peut-être une chorale) pour accompagner de loin un piano. L’américain Kurt Vile parle/chante avec l’insistance d’une prière — “Je suis né à nouveau, j’ai pris une grande décision…” Traduire les autres titres invite de même à la toute-puissance du rêve : “Chanson de l’étoile”, “Oh, le soleil”, “Accord divin”, “Cérémonies solitaires”, “Amour interstellaire”, “Histoire de fantôme”, “La musique est la lumière”. Tout ce disque nous offre à l’évidence : la conquête spatiale ne sera jamais scientifique mais onirique.

The Avalanches, “We will always love you”, sortie le 11 décembre 2020, Astralwerks records.