Patrick Varetz : Par la poésie, « échapper au chaos de l’existence » (Deuxième mille)

Patrick Varetz © Diacritik

« J’ai décidé de composer mille poèmes parce que j’ai besoin d’écrire tous les jours, le matin, le soir, et la nuit lorsque je ne dors pas. Venant buter sans relâche contre l’os de l’âme, je ne cesse d’interroger le vide sous mon cœur », écrivait Patrick Varetz en quatrième de couverture de Premier mille (2013). Le journal des travaux et des jours se poursuit avec le Deuxième mille qui vient de paraître, manière de faire de la poésie la forme même du temps, cette gangue de mots et vers qui interroge le vide de l’existence, à défaut de le combler.

Premier mille s’énonçait pourtant dans un « hors du temps, de la forme et du nombre » programmé par la citation de Hugo en épigraphe. « Hors du nombre » puisque d’autres numéros s’écrivent encore et toujours, qu’un 1001, vierge, attendait sa formulation en fin du livre : le voici, assurant la couture d’un « Tu ne peux pas t’arrêter », ouverture d’un Deuxième mille dont la formulation comme le 2001 en attente de son odyssée ouvrent à un Troisième que Patrick Varetz confirme avoir commencé à composer. La poésie est plus que jamais ici œuvre des jours, fragments d’existence dans la forme sérielle d’un recueil tout ensemble journal et laboratoire, comme l’annonce cette fois une citation des Brouillons de Rachel Blau Duplessis, « travailler à comprendre/ même tant bien que mal/ par regroupements et par ré-/ écriture d’étranges fragments/ dans le rapide bref cours des jours ».

Les Mille de Patrick Varetz articulent temps brefs et durée, colères et admirations, forme corsetée et séries qui fluidifient le carcan du vers, jeux d’une prose versifiée, compte d’une vie qui passe et parfois s’interrompt, hommages aux vivants et aux morts, entre Histoire (littéraire) et histoire — celle d’un « je » traversé par des « tu ». Le parti-pris du vers est un pari et un risque, la définition de « ce qui fait poésie » et permet, peut-être, d’échapper au chaos et au vide intérieur, entre contrainte et liberté.

Déploiement d’une singularité radicale, ce Deuxième mille, dédié à Paul Otchakovsky-Laurens, est aussi un parcours diffracté par son index final, un recueil qui offre des lectures plurielles, un drôle d’objet. Autant de raisons de proposer à Patrick Varetz un entretien dont la forme est dictée par le moment, un zoom sous le regard impassible d’un squelette n’en perdant pas une miette, que l’on pourrait prénommer Martin, échappé des Disparus de Saint-Agil pour écouter cette conversation d’un samedi confiné de décembre 2020.

Patrick Varetz, Deuxième Mille, éditions P.O.L, décembre 2020, 538 p., 32 € — Lire un extrait

— Ou écouter des extraits du recueil, lus par leur auteur, dont un Hommage posthume à Dominique Quélen, de son vivant :