Novateur et indispensable : tels sont les mots qui viennent spontanément après la lecture de l’essai majeur d’Edith Thomas, Les « Pétroleuses » que Chloé Leprince a eu l’excellente idée de rééditer et de préfacer pour les 150 ans de la Commune de Paris. D’abord publié en 1963, cet essai fit date en montrant combien le rôle des femmes dans la Commune a toujours été non seulement minoré mais, par misogynie, dévalué sous le terme de « pétroleuse ». Combattant ce stigmate et réfléchissant au rôle politique et actif des femmes dans ce mouvement révolutionnaire, Edith Thomas contribue à faire naître une histoire des féminismes en restaurant le rôle politique des femmes. Diacritik ne pouvait manquer d’aller interroger, pour ces 150 ans de la Commune, son enthousiaste éditrice, Chloé Leprince, qui nous fait découvrir aussi bien les Communardes et que cette figure majeure de la pensée qu’est Edith Thomas, trop longtemps invisibilisée.
18 mars 1871 : c’est le début de l’insurrection où le peuple de Paris prend les armes pour s’opposer à la défaite française et à la majorité monarchiste ; le début de la Commune de Paris dont on fête aujourd’hui les 150 ans. À l’occasion de l’anniversaire de ce soulèvement qui marquera l’imaginaire des luttes sociales, Alice de Charentenay et Jordi Brahamcha-Marin ont réuni dans une passionnante et indispensable anthologie les récits, témoignages d’époque ainsi que textes rétrospectifs sur cet événement sans précédent. De Vallès à Hugo en passant par Louis Rossel mais aussi Rosa Luxemburg, La Commune des écrivains donne à lire cette littérature qui se tisse au printemps 1871, les échos qu’elle trouve plus loin dans le temps et interroge nos propres critères littéraires : qu’est-ce qu’un Grand écrivain, et qu’appelle-t-on littérature ? Autant de questions qui nous ont poussé à interroger les deux anthologistes le temps d’un grand entretien.
Frank Smith est un artiste du langage. Guantanamo est élu, en 2014, meilleur livre de poésie par Le Huffington Post. Entre poésie contemporaine et film-manifeste se loge son œuvre. Il questionne l’actualité, le pouvoir, la violence des hommes, il décortique le sens des mots et compose le mirage des images.
Publié une première fois en 1993 par les Éditions Plume, De Berlin à Broadway, imposant recueil d’Écrits de Kurt Weill établi par Pascal Huynh, est réédité aujourd’hui par les Éditions de la Philharmonie de Paris. Réédité ? Mieux que cela : “Repris et révisé dans sa totalité, le corpus initial de soixante-huit textes se voit aujourd’hui augmenté de vingt-six textes allemands, de quatorze textes de la période américaine et d’un entretien en français réalisé par Gabrielle Buffet-Picabia au printemps 1933 avant la création des Sept Péchés capitaux.”
Le 19 août 1991, à Crown Heights (Brooklyn), un enfant joue avec sa cousine devant le 1677 President Street lorsqu’il est fauché par une voiture. La scène terrible ouvre Nuits d’été à Brooklyn de Colombe Schneck, ample mise en perspective romanesque des tensions raciales aux États-Unis, à travers les émeutes qui vont opposer communauté noire et communauté juive après la mort de Gavin Gato, cet enfant noir écrasé par le conducteur de l’escorte d’un rabbin, comme à travers l’histoire d’amour d’un professeur de NYU et d’une jeune journaliste française qui vient d’arriver à New York.
« C’est le mot qui me vient : que tout ici est simple » : cette phrase des Orages pourrait tout entière condenser le dernier livre de Sylvain Prudhomme, qui s’offre en effet comme autant d’Histoires simples, récits de moments intimes et invisibles du dehors qui poursuit sa course indifférente.
Il fait froid ce lundi 15 mars sur l’agora de l’Odéon. La pluie menace, c’est la catastrophe si elle tombe ça va mouiller l’encre de mon cahier. Mais bon. Y’a plus grave et sérieux. La vie. On a chaud. Les théâtres sont occupés. Qu’ils s’occupent ! Pendant ce temps je fais le bel Artaud le Momo le Gogo Suprême. Car la lutte ne peut pas attendre.
« Tiens, une autre cigarette. Il s’en alluma une. Regarda autour de lui. Personne aux fenêtres de l’hôtel. Personne à celles des maisons voisines. Personne dans la gare autoroutière. Et pour ce qui était des flics, il ne devait même pas y avoir de patrouille. Parfait.
Je suis une fille sans histoire : le titre du dernier livre d’Alice Zeniter est un slogan, et on lui espère le même destin que le « on ne naît pas femme, on le devient » de Beauvoir. La volonté de changer les cadres est, à quelques décennies d’écart, la même : déconstruire la représentation que nous assignent culture et société (ce devenir tout tracé qui est carcan) et, chez Zeniter, prendre à bras le corps le récit et la langue pour déranger les places (ou l’absence de place) qu’ils imposent à des catégories invisibilisées, dans et par le discours. Je suis une fille sans histoire, donc, exclue des histoires littéraires comme des grands récits, je suis une fille qui a pourtant une histoire, peut et sait l’écrire, et revendique de la faire entendre.
Aucune date, monument ou commémoration n’ont jamais été imaginés ou érigés pour célébrer la mémoire des milliers de femmes immolées sur les bûchers de l’histoire européenne. Alors que l’effigie de leurs exécuteurs lève le menton sur les piédestaux de la renommée & de la fortune. D’une part, les bûchers, sorcières et violences sexistes — de l’autre, le capitalisme : quel rapport entre les deux ? Tel est l’objet du dernier livre de Silvia Federici, Une guerre mondiale contre les femmes.
Outrages, le premier roman de Tal Piterbraut-Merx, écrivain et chercheur en philosophie, frappe par son écriture singulière dont le cœur est le rapport entre le langage et le corps affecté. Comment écrire et comment dire ce qui frappe le corps, le dire à soi mais aussi aux autres ? Comment rendre compte des complexités de nos chairs situées dans des espaces sociaux complexes, de nos corps qui sont si dépendants et toujours en excès par rapport aux catégories qui les incarcèrent ? Et comment penser le processus infini de soin de ces corps scandaleux de sentir et de parler ?
C’est avec une grande tristesse que nous apprenons le décès de Jean-Jacques Viton. En forme d’hommage, nous republions un texte consacré à son dernier livre paru en 2016 aux éditions P.O.L, cette histoire n’est plus la nôtre mais à qui la voudra.
Retrouvez ici les trois captations vidéo des trois journées des Enjeux contemporains, diffusées en direct depuis le Théâtre du Vieux-Colombier Comédie-Française.