Depuis lundi 3 mai et jusqu’au 12 mai se tient un festival mais aussi un colloque aussi neuf que remarquable dans ses visées : « Qu’est-ce qu’une femme* poète ? » A l’initiative d’un collectif d’une dizaine de doctorant.es, chercheur.euses et de poètes, il s’agit de s’interroger sur l’histoire, la création et la politique de ce qu’on nomme une femme* poète. Devant ce si riche déploiement de lectures, interventions au cœur d’une résidence poétique, Diacritik ne pouvait manquer d’interroger ce collectif aux perspectives si enthousiasmantes et nécessaires.

S’il est toujours stimulant de réagir après lecture d’un ouvrage qui nous a “parlé” (même si son écriture s’avère aux antipodes de ce qu’on entend par parole ; même si dans un premier temps les mots nous manquent pour transcrire ce que notre corps et notre mémoire ont enregistré), il l’est davantage encore quand cet ouvrage dégage de vraies qualités graphiques. Souvenir des plus communs : l’émotion qui saisit l’écrivain au moment où, son livre venant de sortir des presses, il peut enfin le toucher, humer ses odeurs, d’encre et de papier, et en tourner les pages. Il m’est arrivé d’entendre, de la bouche d’auteurs pourtant exigeants, que leurs écrits pourraient être imprimés sur n’importe quel support, à partir du moment où le manuscrit est respecté. Mais personnellement, je n’ai que peu de plaisir à lire les ouvrages mal fagotés, mal composés, mal imprimés (et ne parlons pas des liseuses ou l’on peut changer la mise en page ou la police de caractères à volonté). Dans la réussite d’un livre imprimé, tout compte ; et tout devrait être pesé, jusqu’aux détails les plus insignifiants.

Les aventures de China Iron, de l’écrivaine argentine Gabriela Cabezón Cámara, est plusieurs livres à la fois : un conte, une utopie, un récit gauchesque, un roman d’éducation. Ce roman, finaliste de l’International Booker Prize 2020, est autant une critique politique qu’un récit écologiste, une aventure queer qu’un texte où la poésie entremêle les rythmes et forces naturels, l’Histoire, l’imaginaire, les corps. Il s’agit d’un livre où l’identité est subvertie, renversée, remplacée par d’autres relations au sein de ce qui est.

Il n’est rien de plus difficile que d’écrire sur un livre qui touche au plus intime. Rien de plus indispensable, non plus, puisque c’est précisément là que ce livre atteindra ses lectrices et lecteurs. Alors peut-être, pouvons-nous tenter d’aborder Valet noir de Jean-Christophe Cavallin par une citation, comme lui-même le fait au fil de ses pages qui tissent et construisent une écologie du récit — « frappé par la nature abstraite de l’absence ; et cependant c’est brûlant, déchirant. D’où je comprends mieux l’abstraction : elle est absence de douleur, douleur de l’absence — peut-être donc amour ? »

« Aujourd’hui, chacun l’aura compris, le caillou dans la chaussure, c’est la problématique du Covid. Malgré tous les dispositifs systémiques de veille sanitaire qui avaient été mis en place en temps et en heure, force est de constater que les signaux faibles de ce qui est peu à peu devenu une pandémie ont échappé à tous les contrôles.

De livre en livre, Iain Levison n’a de cesse de dépeindre une Amérique brute et meurtrie, hantée par son passé et où nulle rédemption n’est possible. Dans Un voisin trop discret (aux éditions Liana Levi), l’auteur d’Un petit boulot et d’Arrêtez-moi là explore une fois de plus la psyché américaine avec acuité et une bonne dose d’humour acerbe.

Si l’humanisme d’Albert Camus pouvait parfois paraître solennel (je le serai moi-même ici) et officiant, il n’avait pourtant rien d’une posture pour cérémonies. Aussi éloigné du cynisme que de la candeur, fondé sur un « goût violent de la justice », empreint d’une noblesse combative, l’humanisme de Camus refusait à la fois le confort des radicalismes mondains, les catéchismes révolutionnaires et le secours des horizons surnaturels.

Depuis le volume collectif codirigé avec Julien Piat La Langue littéraire. Une histoire de la prose en France de Gustave Flaubert à Claude Simon (Fayard, 2009), les travaux de Gilles Philippe, professeur de linguistique à l’université de Lausanne, ont profondément renouvelé l’étude du style et donné à la stylistique, discipline jugée vieillotte et devenue mineure dans les programmes littéraires, la place qu’elle mérite.