« Le rire faisait partie de leurs vies. Il surgissait à des moments inattendus, même au milieu des situations les plus terribles, de façon imprévue, spontanée peut-être mais toujours comme un défi, un soulagement, un avertissement subtil mais bien réel qui faisait sursauter certains. (…) Tout ce monde grouillait dans tous les sens au marché du Cap. La plupart venaient de si loin, de contrées si lointaines et de paysages si différents qu’ils formaient comme une immense mosaïque enchâssé entre les mornes et la mer de cette île » (Désirée Congo, 22)

Il y a un arbre dans le film, cet arbre est un cœur végétal pour où le film s’arrête un instant, s’enracine et tend vers ciel. L’histoire raconte que c’est l’arbre du premier Tarzan, le film de 1932 avec Johnny Weissmuller. Cet arbre-cinéma et qui semble millénaire plonge ses racines dans le sol algérien, son tronc est immense, impossible à embrasser, les trois sœurs se taisent, s’approchent.

Vincent Genin est Liégeois et historien. Il a entrepris un post-doctorat à Paris (École Pratique des Hautes Études). À sa façon, il refait le chemin de Liège à Paris qu’un de ses aînés, Marcel Detienne a parcouru bien avant lui et à partir duquel celui-ci s’est fait connaître internationalement. Detienne est mort en 2019 mais il a donné le temps à Vincent Genin de faire sa connaissance et de s’informer en toute sympathie de la trajectoire de carrière qu’il a suivie après avoir risqué avec succès un essaimage parisien. C’est que Vincent Genin aime à reconstituer des parcours intellectuels — comme il le fit avec Max Weber précédemment.

« Les choses ne sont pas ce qu’elles sont ; elles sont ce qu’elles deviennent », écrivait Bachelard, cité par Sarah Hall en exergue de Comment peindre un homme mort (Christian Bourgois, 2010). La phrase aurait pu ouvrir Sœurs dans la guerre qui vient de paraître chez Rivages, formidable roman qui tient de la contre-dystopie, mise en récit d’un monde de cauchemar dans lequel une communauté de femmes tente de résister à la menace totalitaire comme au désastre écologique. Alors, oui, plus que jamais, être femme revient à le devenir autrement, à changer l’ordre des choses, dans comme par le récit.

À l’occasion de la parution de ses archives personnelles, Une révolution culturelle, et afin de saluer en ce jour de la Fête de la Musique son créateur, Jack Lang, l’ancien ministre de la culture de François Mitterrand, porte un regard sur la terrible période que nous traversons en nous faisant part de ses réflexions sur ce dont la Culture a besoin pour habiter nos vies, notamment Le Parlement des Créateurs qu’il appelle de ses vœux. Alors, Jack Lang, où est le cool ?

Soulever le couvercle du chaudron écumant où s’est préparée pendant quatorze ans la politique culturelle de la France et en découvrir les rouages, tractations, batailles, le rêve en somme de tout chercheur, étudiant, acteur du monde des arts ou tout simplement curieux, est désormais possible grâce à la publication d’une somme de 1300 pages : Jack Lang. Une révolution culturelle. Dits et écrits aux éditions Bouquins.