« Simone Darrieux, rue des Petites-Écuries, Paris, juillet 1977. Lorsque Ulises Lima est arrivé à Paris il ne connaissait personne d’autre que moi et un poète péruvien qui avait vécu exilé au Mexique. Moi je ne l’avais vu qu’une fois, au café Quito, une nuit où j’avais rendez-vous avec Arturo Belano. Nous avons parlé un peu trois les trois, et ensuite Arturo et moi sommes partis.
Dans son dernier livre, Jean-Clet Martin propose une lecture de l’oeuvre de Giraud/Moebius qui est en même temps une analyse de ce qui appartient en propre à l’image de la BD. Ce livre est un livre de philosophie autant qu’il travaille la perception, permettant de penser ce que l’on ne pensait pas et que la BD nous conduit à penser, permettant de percevoir autrement la BD et par la BD, à partir d’elle. Entretien avec Jean-Clet Martin.
Comment s’aimer à cinquante ans, après une ou des séparations, et alors que la réticence est au moins aussi grande que le désir, alors qu’on n’est pas sûrs de vouloir la même chose, alors qu’on est inquiet ou en colère ? Jubiler apporte à ce questionnement de notre époque une réponse enjouée, fluide et pleinement contemporaine.
Dérives de Kate Zambreno : ceci n’est pas un livre, ceci est plus qu’un livre, un journal d’écriture, le laboratoire du contemporain, une autofiction qui parle plus des autres que de soi, une forme inouïe, rhizomique et fluide, rhapsodique et plastique, un essai sur Rilke, Kafka, Walser, Varda, Akerman, les espèces compagnes, le fugace (et son atemporalité), etc. — et tout le livre est dans ce etc.. Dérives est de ces livres sont vous savez, dès les trois premières pages, qu’ils sont à la fois ce que vous attendiez sans même le savoir et tout ce à quoi vous reviendrez, sans cesse.
Martin Rueff écrit depuis longtemps entre les langues, ou plus exactement entre la langue française et la langue italienne, qu’il traduit, à la « jonction » des deux pour reprendre le titre de son précédent livre (La Jonction, Nous, 2019). Cette fois, il expérimente pleinement la langue italienne, non en la traduisant mais en l’écrivant.
Saint Sébastien cadre supérieur, Philippe Lemesle/Vincent Lindon, pendant plus d’une heure trente, est criblé non pas de flèches, mais de mots, de phrases, d’injonctions, contradictoires. Sagaies verbales jusqu’à l’overdose dans un monde sans pitié.
Indispensable autant que stimulant : tels sont les deux mots qui viennent distinctement à l’esprit après la lecture du bref essai de Ludivine Bantigny, L’Ensauvagement du capital qui vient de paraître dans la déjà formidable nouvelle collection « Libelle » au Seuil. L’essayiste y revient sur les luttes sociales récentes et celles à venir en distinguant au cœur du capitalisme dans lequel nous vivons une logique de l’ensauvagement et une barbarie comme moteur qui assimile sa logique à celle d’un colonialisme qui n’ose pas dire son nom. La violence aveugle du capitalisme peut-elle être contrée ? Comment sortir de cette banalisation épuisante de la violence au quotidien ? Telles sont les questions que Diacritik est allé poser à l’historienne le temps d’un grand entretien.
Pour protester contre l’attaque et l’invasion de l’Ukraine par le dirigeant fasciste Vladimir Poutine, un rassemblement en solidarité avec le peuple ukrainien a eu lieu le 26 février à Paris, place de la République. Reportage photo de Jean-Philippe Cazier.
Pour protester contre l’attaque et l’invasion de l’Ukraine par le dirigeant fasciste Vladimir Poutine, un rassemblement en solidarité avec le peuple ukrainien a eu lieu le 24 février à Paris, place de la République. Ce rassemblement était organisé par l’Union des Ukrainiens de France. Reportage photo de Jean-Philippe Cazier.
Alors qu’il y a deux jours le Conseil des droits de l’Homme de l’ONU s’est déclaré préoccupé par le manque de transparence de la procédure dans l’enquête au sujet de la mort, en 2016, d’Adama Traoré, le « Comité Justice pour Adama » organisait aujourd’hui, à Paris, un rassemblement et une marche contre le racisme, les discriminations, l’injustice sociale qui réduisent les individus et divisent le peuple. Reportage photo de Jean-Philippe Cazier.
Peut-on tomber physiquement amoureuse d’une forme architecturale et entretenir avec elle une relation jusqu’à la séparation ? C’est exactement le genre d’expérience que Sophie Poirier a vécue avec un immeuble installé à même la plage sur la côte Atlantique. Son roman Le Signal – du nom de ce lieu étonnant – est passionnant.
« J’aimerais bien savoir en quoi je suis un homme et même si j’en suis un » : telle est la question centrale d’Un garçon comme vous et moi d’Ivan Jablonka qui paraît en poche chez Points, soit l’interrogation polyphonique d’un Âge d’homme ou le versant masculin du fameux « on ne naît pas femme, on le devient » de Simone de Beauvoir. Par quels mécanismes devient-on garçon puis homme, quels rôles et fonctions société et culture nous assignent-elles ? Pour répondre à cette question à multiples fonds, Ivan Jablonka entreprend un renouvellement de l’entreprise autobiographique, sous le signe d’un « parcours de genre ».
Gaëtan Brulotte se présente comme « écriveur ». Rien à voir avec « l’écrivant » de Roland Barthes (lequel dirigea sa thèse de doctorat, Aspects du texte érotique, à l‘EHESS). C’est plutôt une manière à la fois modeste et orgueilleuse, voire québécoise, d’exprimer sa passion pour l’écriture et la lecture.
Passion qu’on perçoit avec netteté dans Nulle part qu’en haut désir.
Avec Meta Carpenter, John Jefferson Selve – qui dirige la revue Possession Immédiate à laquelle Diacritik est toujours très attentive – livre un premier roman puissamment lyrique.