Jacques Abeille vient de mourir, le dimanche 23 janvier 2022, laissant derrière lui une œuvre immense. Le 10 octobre 2020, il avait reçu Yann Etienne chez lui, pour un grand entretien autour de son dernier livre, La Vie de l’explorateur perdu, et de l’ensemble de son travail. Diacritik la republie, en hommage.

David Lespiau rassemble dans Journal critique près de 90 articles qui sont autant d’« essais de lecture » et qui dessinent une cartographie de la poésie contemporaine de ces vingt dernières années. Autour d’un corpus de livres où le champ poétique croise parfois les arts visuels, les chroniques rassemblées constituent un remarquable volume critique sur la poésie contemporaine de ce début de 21e siècle.

On l’a désormais compris : chaque nouvelle livraison de Possession immédiate est un événement. Ce splendide volume XI ne déroge pas à cette règle qui offre littérairement, esthétiquement et socialement un vif bouquet de la jeune création contemporaine. Rassemblé par John Jefferson Selve sous le titre « Ton Sauvage est ton Sauveur », ce numéro explore notre présent si troublé et effondré en s’inscrivant contre l’altérophobie et contre l’infatigable narcissisme qui saturent le débat public. D’Alexandra Dezzi à Simon Johannin en passant par Damien Jalet ou Louise Chennevière, Possession immédiate pose les jalons de nouveaux territoires esthétiques et politiques qu’il faut impérativement lire et découvrir.

Les sans-papiers, contrairement aux représentations fortement véhiculées actuellement par les discours politiques et médiatiques, ne sont évidemment pas réductibles à une réalité statistique, à une abstraction fantasmée, à une masse anonyme. Les sans-papiers sont des individus, ce sont des parcours de vie singuliers. Ils et elles sont porteurs de luttes politiques, sociales : des luttes pour survivre, des luttes pour des vies dignes. Militant au sein de collectifs de sans-papiers, Youssef parle ici de ses engagements, des objectifs sociaux et politiques de ces collectifs, de son itinéraire subjectif. Rencontre et entretien.

Avec Mue, Stacy Doris achève l’une des œuvres poétiques sans doute parmi les plus importantes de notre contemporain. Emportée par la maladie en 2012, Stacy Doris offre ici un puissant dernier chant, un testament adressé à son mari ainsi qu’un legs vibrant à ses enfants. Diacritik est allé à la rencontre d’Anne Portugal et Pierre Alferi qui ont traduit Mue pour les éditions P.O.L afin d’échanger avec eux à la fois sur la mémoire de Stacy Doris, sur sa place à l’importance grandissante dans la poésie américaine et sur leur remarquable travail de traduction où à la sensibilité la plus à vif répond le souci formel le plus avisé. Vous l’aurez compris : il faut lire Stacy Doris.

Décidément, cette rentrée d’hiver livre une formidable moisson de premiers romans dont le remarquable Sans chichi d’Elsa Escaffre qui vient de paraître chez Bourgois. Dans un chant funèbre à son grand-père garde-champêtre, la travailleuse du texte telle qu’elle se présente tisse un récit étonnant et profondément neuf où, à l’aïeul disparu, répondent les funérailles nationales de Jacques Chirac. Œuvre de montage, de démontage, de vernissage et de décrochage, Sans chichi s’offre comme une véritable performance où poétique et plastique tressent un chant unique où la mélancolie ne cesse de guetter, venant, plus largement, confirmer combien Bourgois, sous la houlette alors de Clément Ribes, participe du profond renouvèlement de notre contemporain. Autant de raisons d’aller à la rencontre de la jeune romancière le temps d’un grand entretien. 

Michel Jullien est l’un de nos contemporains parmi les plus remarquables : c’est ce que vient encore prouver Andrea de dos, sans doute l’un de ses plus beaux romans, qui paraît ces jours-ci chez Verdier. Quelque part en Amérique du Sud, au cœur du monde lusitanien, deux sœurs, étudiantes, Ezia et Andrea se lancent dans un singulier pèlerinage votif pour espérer guérir leur mère malade : il s’agit de processionner en se tenant avec les autres fidèles à une corde. Et ne pas la lâcher dans cette foule qui ne cesse de s’agiter. Récit à la construction remarquable, diction à l’épure classique qui épouse le grotesque du monde et son désarroi, Andrea de dos se donne comme une pièce supplémentaire à une œuvre déjà conséquente. Autant de raisons pour Diacritik d’aller à la rencontre du romancier le temps d’un grand entretien.

À l’occasion de la parution, aux éditions P.O.L, de Polyphonie Penthésilée, entretien avec Liliane Giraudon où il est question de poésie, de genre, de politique, de ce que les femmes font à la poésie, de vie et de mort, de discussions téléphoniques entre Marseille et Rome…

Dans son livre La conspiration des enfants, essai pour les périodes asphyxiantes et les peuples qui manquent, Camille Louis nous place tout de suite dans un grand écart entre plusieurs lieux toxiques, entre la Grèce, la France, la Grande-Bretagne et l’Amazonie, entre incendies ravageurs, cendres toxiques, autant de migrations forcées et indispensables que d’enfermements réels et imaginaires. Ce n’est pas seulement un déplacement dans l’espace, mais aussi dans le temps, bien plus large que les quelques dates indiquées au fil du récit.

Aucun doute possible : avec Les Idées noires, Laure Gouraige signe un des romans les plus remarquables de cette rentrée. Roman intersectionnel ? Récit à la croisée d’un questionnement sur la race et le social, Les Idées noires présente une narratrice en quête de ses origines à la faveur d’un coup de fil d’une journaliste qui, un jour, lui demande de témoigner du racisme anti-noir dont elle est victime. Du jour au lendemain, la jeune femme, d’origine haïtienne, prend conscience qu’en dépit de sa condition privilégiée, elle est noire. Avec une rare force, prolongeant les interrogations identitaires de son formidable premier roman, La Fille du père, Laure Gouraige donne ici un des grands romans de notre temps, celui de « Black Lives Matter » : autant de raisons pour Diacritik d’aller à la rencontre de la romancière le temps d’un grand entretien.

Il faut décidément oublier Houellebecq et se précipiter sur Partout le feu, formidable premier roman de la jeune Hélène Laurain qui paraît ces jours-ci chez Verdier. On est à rebours même de Houellebecq tant Partout le feu est l’antidote idéal au bavardage réactionnaire et la sclérose littéraire. Flamboyant récit au bord de l’apocalypse écologique, Partout le feu brosse le portrait de Laetitia, militante contre les déchets nucléaires au sein d’un groupe d’activistes décidés à mettre fin à la destruction capitaliste de l’écosystème. C’est le portrait d’une « génération Tchernobyl » qui se donne ici avec grâce et violence dans un contre-récit inouï. Autant de raisons pour Diacritik de partir à la rencontre de la romancière le temps d’un grand entretien.

Oubliez Houellebecq et précipitez-vous sur le nouveau roman de Julia Deck, le remarquable Monument national. C’est sous sa plume que, loin de tout dolorisme réactionnaire, se peint avec malice et grâce notre société contemporaine. Dans son château de l’Ouest parisien, Serge Langlois, acteur de renom, rival d’Alain Delon et véritable monument national, vit avec son actuelle épouse, Ambre, reine d’Instagram en rivalité avec Virginia, la fille de Serge, qui est partie enregistrer son album aux States. Mais c’est sans compter sur la rencontre de cette famille de VIP avec Cendrine, la caissière du Super U du Blanc-Mesnil en cavale ni sur les Gilets jaunes, la pandémie et les Macron qui s’invitent à dîner. Brillante satire sociale, manière de sotie contemporaine, Monument national n’est pas seulement un des romans les plus importants de cette rentrée : il est l’une des réponses les plus fines à ceux qui voudraient articuler littérature et politique. Autant de raisons pour Diacritik de partir à la rencontre de la romancière le temps d’un grand entretien.

C’est avec une grande et profonde tristesse que nous avons appris la disparition de la flamboyante poétesse et plasticienne Delphine Bretesché. Enthousiasmante, vivante et généreuse : tels sont les trois termes qui viennent spontanément pour qualifier à la fois la personnalité de Bretesché aussi bien que son approche si singulière de la poésie. C’est une poésie de l’accueil que déployait la jeune femme, aussi bien de l’ailleurs le plus résolu que de la forme la plus mobile. Une poésie qui habite le monde qui, sans cesse, serait une promesse de venir l’habiter. Marseille, Festin !, texte important et si enlevé que signait l’an passé Delphine Bretesché avait été l’occasion pour Diacritik de lui consacrer un grand entretien ainsi qu’une émission radiophonique de Paul de Brancion : ce sont ces deux moments d’écoute et de parole de Delphine Bretesché que nous vous proposons de nouveau aujourd’hui pour lui rendre hommage.