C’est avec une grande et profonde tristesse que nous avons appris la disparition de la flamboyante poétesse et plasticienne Delphine Bretesché. Enthousiasmante, vivante et généreuse : tels sont les trois termes qui viennent spontanément pour qualifier à la fois la personnalité de Bretesché aussi bien que son approche si singulière de la poésie. C’est une poésie de l’accueil que déployait la jeune femme, aussi bien de l’ailleurs le plus résolu que de la forme la plus mobile. Une poésie qui habite le monde qui, sans cesse, serait une promesse de venir l’habiter. Marseille, Festin !, texte important et si enlevé que signait l’an passé Delphine Bretesché avait été l’occasion pour Diacritik de lui consacrer un grand entretien ainsi qu’une émission radiophonique de Paul de Brancion : ce sont ces deux moments d’écoute et de parole de Delphine Bretesché que nous vous proposons de nouveau aujourd’hui pour lui rendre hommage.

Stimulant, novateur et indispensable pour qui veut penser l’écologie : autant de qualificatifs qui affirment ici l’enthousiasme de lecture qu’offre L’Ange de l’Histoire : Cosmos et technique de l’Afrofuturisme que Frédéric Neyrat vient de signer aux décidément passionnantes éditions MF. De manière profondément originale, Neyrat jette ici les fondements d’une pensée écologique qui, au-delà de Bruno Latour, se saisit de l’Afrofuturisme, de son imaginaire et de sa puissance politique pour repenser l’écologie. Et si l’écologie était le signe du refus d’une révolution copernicienne ? L’écologie pense-t-elle notre rapport au cosmos ? Accepte-t-elle l’étranger ou reconduit-elle l’anthropocène qui se fonde sur l’esclavage et le meurtre des femmes et des hommes noirs ? L’écologie, pour s’affirmer, doit-elle prendre en charge la question de la race comme l’y invite l’Ange Noir de l’Histoire ? Autant de questions brûlantes que Diacritik est allé poser à Frédéric Neyrat le temps d’un grand entretien.

À quelle sorcellerie de grande échelle l’époque a-t-elle succombé ? Le nouveau roman de Valentin Retz, publié à l’Infini chez Gallimard, précise une pensée d’une grande lucidité sur l’ampleur du mal à l’œuvre dans un monde livré à l’empire de la Technique. Grand entretien avec un auteur qui livre une expérience déstabilisante au cœur de la modernité.

Au printemps 2021, les Syriens commémoraient les dix ans de la Révolution syrienne, anniversaire marqué par plusieurs parutions en France, dont celle des Lettres à Samira de Yassin al Haj Saleh, et du livre de Justine Augier qui lui est consacré, Par une espèce de miracle. L’exil de Yassin al Haj Saleh. Celui-ci, après avoir fait seize ans de prison sous Hafez pour appartenance au parti communiste syrien, s’était engagé dans le soulèvement de 2011 et avait rejoint la ville de Douma dans la Ghouta insurgée, de même que son épouse Samira Al Khalil, et leur amie avocate Razan Zeitouneh. Toutes deux furent enlevées le 9 décembre 2013 par un groupe salafiste, alors que Yassin al Haj Saleh était parti à Raqqa, où plusieurs de ses frères furent enlevés par Daech. Elles n’ont jamais réapparu, de même que Nazem Hamadi et Waël Hamadé qui avaient été enlevés avec elles. Alors que s’achève cette année commémorative des dix ans de cette « révolution impossible » (Yassin al Haj Saleh), nous avons désiré revenir sur ces faits et faire entendre la voix de cet intellectuel, une des plus lucides et profondes de la diaspora syrienne disséminée aujourd’hui dans le monde.

Emmanuel Lascoux est allé à la rencontre de la Muse homérique afin de nous offrir une nouvelle prodigieuse traduction de L’Odyssée. Il a choisi de restituer le souffle d’une oralité vive et expressive, sonore et multi-vocale. Diacritk s’est entretenu avec lui afin de découvrir les secrets d’une langue qui trouve son phrasé entre la parole et la musique.

Splendide : tel est le mot qui vient à l’esprit après avoir lu le nouveau livre de Stéphane Bouquet, Sappho en collaboration plastique avec Rosaire Appel dans la jeune collection « Supersoniques » des éditions de la Philharmonie de Paris. Déjà évoquée dans Un peuple, Sappho devient ici le lieu d’un nom poétique qui permet à Bouquet de s’interroger sur ce que constitue le poème, la parole poétique au regard de ce qui a été perdu ou retrouvé des Grecs, de l’intime lien d’alors avec la cité qui suscitait le poème et combien toute politique est une érotique dont le désir est porté par l’aveu du poème lui-même. Après Le Fait de vivre paru ce printemps, l’un de ses plus beaux recueils, Stéphane Bouquet offre avec Sappho une théorie sensible du monde et du vers qui suscite un certain nombre de questions que Diacritik ne pouvait manquer d’aller poser au poète le temps d’un grand entretien.

À l’heure où le pronom neutre « iel » entre avec fracas dans Le Robert, c’est à une réflexion importante, neuve et profondément originale qu’invite dans Lila Braunschweig dans son essai, Neutriser : emancipation(s) par le neutre qui vient de paraître dans la remarquable collection « Trans » aux Liens qui libèrent. Fondant son propos depuis Blanchot et Barthes, Braunschweig offre, par le neutre, un verbe nouveau qui, à son tour, pourrait entrer dans les dictionnaires : neutriser, verbe qui cherche à suspendre toutes les assignations identitaires, défaire la tyrannie sociale de la binarité et proposer le neutre comme voie émancipatrice. Le neutre n’y est pas une théorie molle : il est une proposition d’action pour métamorphoser le réel, lutter contre ce qui identifie sans retour. Au moment où Brigitte Macron ou Jean-Michel Blanquer attaquent « iel », Diacritik ne pouvait manquer de donner la parole le temps d’un grand entretien à Lila Braunschweig sur ce neutre qui peut tout changer.

Quelles que soient ses variations, il n’est pas exclu qu’en une œuvre ne s’écrive finalement jamais qu’un seul et même livre. Reste dans ce cas à se demander ce que peut bien envelopper pareille obstination. Pour celles et ceux qui connaissent les ouvrages de Jacques-Henri Michot, notamment Un ABC de la barbarie ou Comme un fracas (Al Dante, 1998 et 2009), il n’est pas très difficile de se prononcer.

Nécessaire et stimulant : tels sont les deux termes qui viennent immanquablement à l’esprit après avoir achevé la lecture du nouvel essai de Laurent Demanze, Pierre Michon : l’envers de l’histoire qui vient de paraître chez Corti. Le spécialiste de Pierre Michon reprend en effet ici à nouveaux frais l’œuvre même de Michon en l’interrogeant depuis son effet de réception, sa classicisation immédiate depuis Vies minuscules dans le champ contemporain en cherchant à lui rendre sa puissance de disruption. Loin de souscrire à la figure du Grand écrivain, Michon en défait avec force le mythe et se pose comme l’intempestif de notre temps lui-même. Autant de nouvelles pistes de lecture sur la voix barbare de l’écrire que Diacritik ne pouvait manquer d’évoquer le temps d’un grand entretien avec Laurent Demanze.

Jeudi 11 novembre 2021, le Forum des Images recevait Art Spiegelman pour évoquer la sortie de The Parade de Si Lewen et de Street Cop de Robert Coover aux éditions Flammarion dont il a respectivement assuré l’édition et réalisé les illustrations. La rencontre était animée par David Rey (Atout Livre) et Dominique Bry (Diacritik) tandis que Marguerite Capelle assurait la traduction simultanée. La venue d’Art Spiegelman en France est toujours un événement et le public ne s’y est pas trompé, venu en nombre pour assister à cet échange où l’on a parlé d’art, d’édition, d’illustration, d’histoire, de mémoire, de BD underground et d’underwears…

Récit politique, enquête, affolement de la narration et de sa possibilité, Des îles, de Marie Cosnay, est également un témoignage fondamental : témoignage pluriel de celles et ceux qui, du fait d’être immigré.e.s, exilé.e.s, « clandestin.e.s », du fait de chercher une vie ailleurs que là où les traités internationaux et les politiques racistes leur assignent une place, subissent un traitement indigne, inhumain ; témoignage de celle qui, écrivant, écoutant, regardant, est emportée dans un mouvement général qui la dépasse : mouvement de mort, mouvement de vie. Rencontre et entretien entre Mathieu Potte-Bonneville et Marie Cosnay.

« Personne ne peut dire d’où vient un livre et encore moins celui qui l’a écrit. Les livres naissent de l’ignorance, et s’ils continuent à vivre après avoir été écrits, ce n’est que dans la mesure où on ne peut les comprendre », soulignait Paul Auster dans Leviathan (1993), via son personnage Aaron.