Première station : Une chorale s’installe sur scène et la parole commence à jouer. Modulée par la gestuelle d’un chef d’orchestre installé parmi le public, la parole fait entendre sa pulsation. Les voix se croisent, se superposent, se multiplient. Indistinctes, elles offrent les possibilités du dire de plusieurs singularités qui prennent un sens dans le collectif, comme à vouloir souligner la force de ce souffle, sa mobilité, sa diversité, sa vivacité et en même temps la précarité de l’un face au multiple. Ce mouvement se propage dans La Maison de la Poésie, s’élève, retentit dans le public, devient murmure, se tait.

Ils sont nombreux à prétendre à la reprise du flambeau des chanteurs dandies, ces mélodistes nouveaux romantiques. En attendant leurs prochains disques (sous des formes différentes : Perez actuellement, Séverin début février, Alex Beaupain en mars, Lafayette pour bientôt), on peut replonger dans l’œuvre d’un des plus fameux d’entre eux, toujours en exercice, via une nouvelle compilation qui vient tout juste de paraitre, nommée sobrement et de manière éponyme Le Meilleur d’Alain Chamfort.

Dans son ultime vidéo au terrible titre de « Lazarus », qui portait déjà sans le savoir pour nous la nouvelle inouïe de sa mort, dont le spectral décorum fut à peine révélé la semaine dernière, David Bowie, plus lynchien que jamais, de sa maigreur toute aristocratique mais déjà aux traits émaciés de mort, nous lançait un appel et nous prévenait : « Regarde-moi, je suis au paradis / Je porte sur moi des cicatrices que l’on ne saurait voir ».

Interview d’Alban Lefranc à propos de son livre L’Amour la gueule ouverte : Hypothèses sur Maurice Pialat.

Il est des films comme des bourrasques : ceux de Maurice Pialat (1925-2003), l’impétueux, le colérique, le polémique, le sublime Pialat, en font partie. Nous nous souviendrons de la scène finale d’À nos amours comme d’une claque monumentale, nous laissant ébaubie comme on ressortirait d’un flash halluciné : sans bien comprendre ce qu’il vient de se passer, émue aux larmes comme par surprise. Sandrine Bonnaire, dont Suzanne fut le premier rôle, y est à chaque visionnage plus époustouflante.

En 20 ans et 9 albums, les Suédois de Club 8 se sont affranchis de toute étiquette. Le duo (Karolina Komstedt et Johan Angergård) s’est affairé à faire la musique qui lui plaisait, sans trajectoire définie, sans se laisser distraire par divers succès ponctuels — sur les radios US (Strangely Beautiful, 2003) ou dans les charts de leur propre pays — variant d’un style à l’autre pour y mieux revenir quelques années plus tard après d’autres digressions.

Denis Roche parle des fenêtres. Est-ce que cela signifie que ses mots sont des fenêtres ? Il écrit : Échapper à l’enchaînement obligatoire. Il écrit aussi : L’instant de folie qu’abrite le déclenchement de la photo. Écrit-il que la folie de la photo est cette échappée hors de la rationalité obligatoire ? Que la photo elle-même est cette échappée, la folie au centre du regard ? Au centre du monde ? Au centre du monde après le monde, là où il n’y a pas de centre ? Denis Roche dit qu’il vit dans un monde de fenêtres. Qu’il s’est construit un monde de fenêtres et de verrières. Les miroirs aussi sont des fenêtres. Comme les photos. Et les mots.