nous voulons dire de ne pas pleurer

tout le monde meurt

l’heure vient pour tout le monde

nous ne sommes pas les personnes malveillantes que vous pensez

nous sommes des enfants dans un monde d’adultes

il faut que vous trouviez un moyen de vous débarrasser de la haine

nous tuer ne vous donnera pas la paix

le meurtre n’est pas une bonne chose

toute forme de meurtre n’est pas une bonne chose

Les conflits ne manquent pas. Les causes d’indignation sont légion. La violence est omniprésente. Et force est de constater que les prises de paroles, dans la très grande majorité des cas, visent à marquer le bienfondé de la vision de la communauté de celui qui s’exprime et à souligner l’ignominie de celle de ses adversaires. Que cette communauté soit ethnique, religieuse, intellectuelle, politique, nationale, professionnelle ou qu’elle se constitue comme intersection ou réunion de communautés éparses n’importe pas ici fondamentalement.

Le quotidien britannique The Guardian a établi, avant que 2017 ne se termine, un classement (loin être exhaustif) de ce qu’il considère être les meilleures fictions publiées en 2017. En tête de ce hit-parade arrive, sans surprise pour les lecteurs de Diacritik, le Booker Prize, dûment considéré comme magistral, Lincoln in the Bardo de George Saunders. Lequel est suivi par la toujours surprenante Arundhati Roy (second roman vingt ans après The God of Small Things), The Ministry of Utmost Happiness.

Vue de sa partie la plus occidentale, l’Union Européenne semble parfois composée de méchants et de gentils. Les évocations de la Pologne ou de la Hongrie s’accompagnent en particulier de subites poussées colériques et d’indignations. Il en va alors des valeurs démocratiques, du respect de l’État de droit, du progrès mis à mal par des régimes indignes de l’héritage commun. On se lamente qu’au cœur d’un ensemble déjà si fragilisé, refluent des politiques peu conformes avec l’idéal du moi européen. Pendant ce temps là, les rapports sévères et glacés du défenseur des droits à l’encontre de la France, comme les actions juridiques émanant d’associations comptent pour du beurre. Toute comparaison au sujet des libertés, du respect des conventions internationales ou de la dégradation partielle de nos droits se voit, soit écartée, soit reléguée à des différences de nature, sinon de degrés éloignés.

Je suis sans voix. Comme des milliers de lecteurs, et comme tant d’autres auteurs. Puisque le temps a choisi de s’arrêter aujourd’hui, avec la cruauté que l’on sait, je prends sans attendre le parti d’écrire, incapable d’agir autrement, et impatient déjà de retrouver les mots qui me liaient à lui.

« J’entretiens un rapport assez distant à la mélancolie » confiait, il y a quelques semaines, Paul Otchakovsky-Laurens à la sortie de son film Éditeur, alors considéré comme reviviscence d’un homme et désormais, depuis cet accident de voiture qui lui ôté la vie en Guadeloupe cette nuit, à tenir comme son lumineux et confiant testament.