Daniel Challe est photographe, il s’agit par conséquent avant tout de l’hommage d’un photographe, d’un livre écrit par un photographe qui se place sous le signe de cet artiste majeur qu’est August Sander, comme on a pu le constater de nouveau lors de l’exposition au Centre Pompidou, Allemagne, années 1920, la Nouvelle Objectivité (11 mai–5 sept. 2022). Une espèce d’art poétique ou de profession de foi.
Auteur : Jean-Pierre Ferrini
À première vue c’est un texte d’un seul jet, le plus souvent sans majuscule ni point, qui s’offre à nous tambour battant de la première à la dernière page. Sous cette forme élégiaque, rythmée comme une prière, le propos alterne les points de vue civil et militaire pour évoquer la sinistre Conquête de l’Algérie par la République française, une période historique qui s’étend de 1830 à 1847. Mais aucune date n’est citée ici, car les personnages sont nos seuls repères.
Le Discours des autres rassemble des textes du critique d’art états-unien Craig Owens, théoricien du postmodernisme et des politiques de la représentation, en particulier féministes, gay et postcoloniales. Publié par les éditions Même pas l’hiver, l’élégant recueil rouvre un chapitre méconnu mais fondamental de l’histoire de l’art et de la critique d’art, en même temps qu’il fournit des jalons essentiels pour penser les politiques de l’art.
« Des mots pour s’élever au-dessus du cri […] pour faire œuvre au clair »
Les éditions Project’îles s’attachent à faire découvrir les écritures insulaires francophones de l’Océan Indien. Loin d’alimenter les stéréotypes exotisants de l’île tropicale, elles donnent la parole à ceux qui connaissent intimement ces îles. Les écritures du local, comme le disait Alejo Carpentier, qui donnent à voir une réalité pour en détisser la complexité, mettre les failles en lumière, atteignent une portée universelle. Elles nous donnent à penser le monde. C’est le cas de ces écritures insulaires qui cristallisent notamment les questions contemporaines du métissage et de l’altérité.
Retour sur Les corps caverneux, recueil poétique majeur paru cette année aux éditions Lanskine, via un entretien entretien de Pierre Drogi avec Laure Gauthier.
Dans cette période agitée de rentrée littéraire avec près de cinq cents titres à se mettre sous la dent, le roman plus ou moins autobiographique d’Alexander Grothendieck (Berlin 1928 – Saint Lizier 1914), Récoltes et semailles, paru chez Gallimard début 2022, mais écrit entre 1983 et 1986, devrait être pris en considération pour recevoir non seulement tous les prix prestigieux existants, Goncourt et compagnie, mais aussi tous ceux qui n’existent pas. Après tout, Irène Némirovsky a bien reçu, elle, le prix Renaudot 2004 pour sa belle Suite française, écrite entre 1940 et 1942. Soyons fous ! Belote, rebelote et dix de der !
« La mer [est] trop grande pour mes yeux habitués à naviguer les écritures » écrivait Pierre Perrault au milieu des années 1950. « J’en ai assez de vivre dans le fiction » complètera-t-il trente ans plus tard. Bien souvent, l’auteur et réalisateur québécois s’est plaint d’une même tare, celle de fréquenter les livres plus que ce monde qui les environne. Il en est allé de même dans les eaux de la baie de Baffin, au début des années 1990 et à l’embouchure du Saint-Laurent trois décennies plus tôt. Ce constat, cependant, il s’est échiné sa vie durant à le conjurer. En témoignent deux rééditions chez Lux qui forment comme les bornes extrêmes de sa vie de poète et de documentariste.
Notre journal inaugure aujourd’hui une nouvelle série critique en compagnie de Siryne Z. qui, à intervalles réguliers, proposera ses peintures d’expo : rendre compte d’une exposition, d’une visite de musée non par écrit mais au moyen d’une peinture : la critique par l’image.
Juin sur avril – un titre comme un enlacement sensuel et des poèmes qui tout au long demandent, réclament, supplient parfois : ton corps sur le mien, stp ton corps sur le mien, stp. Stp ou « je t’en prie ». « Enchevêtrant juin, avril » : la virgule sépare mais elle sépare aussi peu que possible.
L’intrigue se déploie au sein d’un village des Alpes françaises, à l’atmosphère kitsch. Joanne, ex-miss Rhône-Alpes, est mariée à Jimmy et mère de la petite Vicky. Tout semblait aller bien dans le quotidien de cette professeure d’aquagym jusqu’à l’arrivée de Julia, la sœur de son mari Jimmy.
Depuis vingt-cinq ans, Philippe Vilain, éternel jeune homme de la littérature, écrit une œuvre romanesque d’une remarquable cohérence qui explore inlassablement, avec exigence, profondeur et une lucidité d’entomologiste, la conscience de l’amour, ses euphories et ses déboires, ses illusions et ses désillusions, ses grandeurs et ses mesquineries, ses doutes et ses questionnements.
Dans le cadre de leur projet de fin d’études, les étudiant.es du Master Écopoétique et création d’Aix-Marseille Université se sont lancé.es dans l’aventure d’une revue, L’Éconaute, certains côté graphisme et rédaction en chef, la majorité en choisissant un texte écrit durant leurs années de formation. « Bruxelles avec vue » de Geneviève de Bueger figure parmi ces textes publiés, elle nous en offre ici la version originale.
Inaugurée le 18 juin dernier dans la petite ville allemande de Kassel, la documenta 15 s’est fait le théâtre d’un enchaînement de gestes étranges et inquiétants, dont la violence symbolique, politique et morale ne sera sans doute pas sans laisser de traces.
Il est difficile de détacher son regard d’une œuvre de Cécile Cornet. Tantôt attiré, tantôt révolté, le spectateur fait face à des scènes dont la force ne peut laisser indemne. Chacune de ses représentations est une explosion de sens et de couleurs, toutes ancrées dans des expériences intimes, qu’il s’agisse de souvenirs, de réminiscences ou de sentiments de révolte représentés par des objets devenus symboles. Chaque image est longuement pensée, imprégnée par la sensibilité d’une artiste soucieuse de mettre en lumière les inégalités sociales, entre féminisme et lutte des classes.
Il s’agit d’abord, grâce au travail des éditions Quidam, d’un très bel objet. Sur le fond écarlate de la couverture du livre se dresse l’image de Karl Marx, pointant son index vers les lecteurs, de manière à leur rappeler, plus que jamais, la nécessité de reprendre la lutte des classes, à une époque où celle-ci semble globalement frappée d’obsolescence. Dans un premier temps, ce mouvement peut surprendre, de la part d’un écrivain contemporain essentiel qui, depuis Charøgnards (Quidam, 2015), misait essentiellement sur la recherche ludique et formelle, dans la continuité des travaux de l’Oulipo, pour élargir notre appréhension du réel.