Amaury da Cunha — Amaury — m’a envoyé par courriel quatre de ses photographies. C’est toujours flatteur une photographie vue sur un moniteur avec sa lumière, cela donne du relief qui, sans doute, nous trompe. J’aurais aimé les voir dans la réalité, apprécier le papier choisi par Amaury da Cunha — Amaury —, considérer les rendus, jauger le format pour, enfin, sentir l’émanation de l’énergie issue de ses photographies — il s’agit bien de cela.

J’ai très peu de souvenirs d’enfance. Quasiment aucun. Et ils sont très confus. Mais je sais avec certitude que parmi mes premières images se trouvent des images de télévision. Plus précisément je ne crois pas me rappeler de quoi que ce soit d’autre antérieur à la séquence post-générique de la série Les Champions. L’histoire de ma mémoire commence en 1977 par la démonstration d’un super pouvoir : le sauvetage in extremis d’une camionnette.

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« Génie du lieu », « inventeur d’Amérique » et « découvreur d’écriture : de La Modification à Transit, en passant par Mobile et Matière de rêves, Michel Butor auquel Frédéric-Yves Jeannet adressait la semaine dernière sa lettre anthume, n’a cessé, au gré de ses voyages au Japon, aux États-Unis, en Australie, de faire bouger l’écriture, de la mener, elle aussi, aux antipodes. Cet entretien a eu lieu à Lucinges, dans sa maison si justement nommé « à l’écart », en août 1993, pour la revue Eden’Art. Rencontre avec un explorateur du continent Écriture, Michel Butor, si imposant dans un étonnant bleu de travail aux multiples poches, dans lesquelles il a rangé stylos et crayons, ses outils de travail. Michel Butor, qui, en 1993, voyait déjà dans la série télé l’avenir du roman…

à Michel Butor

Tu es mon dernier père vivant. Tu sais peut-être que David Bowie vient de mourir, en ce début d’année, deux jours après son soixante-neuvième anniversaire, mais il n’était pas vraiment pour moi un père, plutôt un grand frère & demi-dieu lointain, inaccessible dans une sorte d’Olympe. Il ne me reste que toi.

L’art de faire des photographies est-il si éloigné de celui qui consiste à mesurer le poids des choses ? Enregistrer non seulement la masse et le volume mais donner à ressentir le poids, transférer la sensation de ce qui pèse sur un corps — ou de ce qu’un corps pèse — en une forme visuelle, avec ses tonalités, ses contours…. La photographie est une des formes de l’acrobatie, un défi lancé aux principes de la gravité : un exercice de trapèze.

L’exposition de Dorothée Smith à la galerie Les Filles du calvaire, à Paris, (jusqu’au 27 février), qui comporte deux volets, TRAUM et Spectrographies, est traversée par le thème des fantômes. On avait laissé Smith, né-e en 1985, avec la série Löyly, présentée aux Rencontres d’Arles en 2012, qui comportait un aspect bio-documentaire, et qui n’était pas sans évoquer Nan Goldin. On la retrouve armé-e d’une caméra thermique et proposant une fiction multidisciplinaire et fragmentaire. Entretien avec Dorothée Smith, par Charlotte Redler et Isabelle Zribi.

Laura Vasquez
Laura Vazquez

Si, je suis constamment choqué. Lisez donc mes livres, c’est un amoncellement de millions de chocs. C’est un alignement non seulement de phrases, mais d’impressions de choc, Thomas Bernhard.

Le matin je ne suis pas de bonne humeur, au début de l’après-midi je n’ai pas assez de force, vers la fin de la journée je peux écrire un peu parfois, dans mon appartement, dans mon bar vide préféré. Quand une lecture est programmée, j’écris la veille le texte. Je ne veux pas savoir ce que j’ai fait. Je me sens sombre et mal à l’aise quand on me parle de mes textes je dois disparaître du temps.

Avant d’être cinéaste, Chantal Akerman voulait être écrivain. Pour autant son cinéma est-il littéraire ? S’il l’est, il reste pur cinéma, pur mouvement, pur écoulement du temps, sensible au corps et à la voix, à la matière des corps autant qu’à celle des mots. Et attaché à la vérité. Littéraire comme celui de deux autres cinéastes, Marguerite Duras et R. W. Fassbinder : auteurs d’une œuvre écrite considérable d’où découlent parfois leurs films. Rien de tel chez Chantal Akerman : deux récits publiés : Une famille à Bruxelles, (1998, L’Arche Éditeur), Ma mère rit (2013, Mercure de France) et un unique texte dramatique : Hall de nuit (1992, L’Arche Éditeur).