Jeanne Dielman, 23, quai du Commerce, 1080 Bruxelles (1975) de Chantal Akerman vient d’être élu meilleur film de tous les temps — classement « Les 100 meilleurs films de l’histoire » dévoilé le 1er décembre par la revue britannique de cinéma Sight and Sound. À cette occasion, Benoît Peeters nous fait l’amitié d’un texte, accompagné de cette note introductive : « Cet article est paru pour la première fois il y a quarante ans dans le volume collectif (dirigé par Jacqueline Aubenas) Chantal Akerman, Actes du Colloque de Bruxelles, Ateliers des Arts, Cahier n° 1, 1982. Même si le texte est à bien des égards daté, je n’ai corrigé que des détails ».
Auteur : Benoît Peeters
Publié en 1981, La Menthe sauvage de Mohammed Kenzi est longtemps demeuré épuisé jusqu’à sa réédition en 2022 aux éditions Grevis. Témoignage d’une immigration en France pendant la guerre d’Algérie et d’une adolescence dans les bidonvilles autour de Paris, La Menthe sauvage est également un livre d’apprentissage politique. En même temps que les violences racistes et policières subies quotidiennement dans le bidonville, Kenzi raconte sa participation aux luttes étudiantes. Entretien de Patrick Lyons avec l’auteur, sur l’origine de son livre comme autour ses expériences qu’il raconte.
Larvatus prodeo. En français : je m’avance masqué. Cette devise, prêtée à Descartes, pourrait être aussi celle de Chechu Álava. Pourtant la philosophie cartésienne n’est pas la meilleure porte d’entrée dans l’univers pictural de cette artiste espagnole vivant désormais à Paris. Il faudrait aussi ajouter un « e » à la fin de l’adjectif. Ajouter des « e », mettre au féminin, c’est d’ailleurs ce à quoi elle s’emploie depuis vingt ans.
Ce dimanche 27 novembre, à La Pop, s’est achevé « Titanic, hélas », d’Yves-Noël Genod. Celui-ci y fait ses adieux : « Ce sont mes adieux ! J’espère vous faire pleurer. Je suis en pleine forme mais, depuis quelque temps, plus assez de commandes et surtout pas assez de public pour continuer », dit-il. La cinéaste Vivianne Perelmuter dessine dans ce texte une trace de ce spectacle, de ces adieux.
J’aimerais être une souris au Palais Bourbon pour, sous les sièges, voir les jambes des politiques, le squelette de la loi, la silhouette des amendements. Avec mes petits yeux, VOIR et enregistrer toutes les lois, la nuit, le jour, entendre chaque voix sans perdre une miette. Une miette de rongeur.
Livre de photographies, livre politique, Vous fermez les yeux sur notre colère est aussi un livre poétique. Retour, dans cet entretien avec Jean-Philippe Cazier, sur les partis-pris et enjeux de ce livre.
« C’est un livre et puis c’est tout ». C’est ainsi qu’Alice Zeniter conclut le « préliminaire » de Toute une moitié du monde après avoir annoncé que ce ne serait ni un essai ni une « rêverie », terme qui sans renvoyer à un genre codifié comme l’essai, ne convient pas plus à ce qu’elle nous propose. De même, Sylvia P. d’Ananda Devi n’est ni une biographie, ni un roman, ni un essai sur la poétesse Sylvia Plath mais tout cela à la fois. Bref, ce sont deux livres et puis « c’est tout ». C’est effectivement « tout », tout ce qui concerne la littérature : la lecture et l’écriture, le réel et la fiction. Ces deux lectrices-écrivaines, écrivaines-lectrices nous offrent deux livres hybrides tout aussi passionnants l’un que l’autre.
Livre polymorphe, L’Expe(r)dition se présente comme la chronique d’une exploration, un récit de voyage, la mise en abyme d’un récit de voyage, un traité de navigation, une confession intime (épistolaire). Il est question de l’exploration de V.J. Béring qui découvrit le point de rupture territorial entre la Sibérie orientale et l’Alaska, là où l’Est et l’Ouest se séparent en se retrouvant.
Tout seul, il étire ses rayons dans le ciel bleu-gris, le soleil. Il y a des gens qui parlent et des gens qui ne parlent pas, des gens qui marchent, et des gens qui font exprès de ne rien faire. La rue sent le fût vide, la cigarette, les rats. L’été a rempli la ville de groupes de gens qui parlaient fort, qui filmaient tout, qui cassaient les verres, vidaient les supermarchés et remplissaient les bus. Depuis, les pavés qui entourent le port sont : noirs. La ville semble : vide.
Incantation pour nous toutes. Voilà un titre qui provoque en moi une curiosité et un impérieux désir de lecture. Entre mes mains, le livre semble petit, fragile, secret et il me vient à son égard un curieux sentiment de possessivité. La couverture sombre teintée à la façon des tableaux de Soulages d’une subtile nuance de violet me le rend encore plus précieux.
Le pouvoir est peut-être la seule chose dans ce monde qui ne gagne pas à être aimée.
Antoine de Saint-Exupéry, Carnets
Dans un crépuscule de feu digne de Gone with the Wind/Autant en emporte de Victor Fleming (1939), mais orchestré là par Dame Nature, un ponton entre ciel et mer. L’ombre chinoise d’un homme en costume entre dans un plan fixe par la droite, avance au centre de l’image, s’accoude au ponton. Le poids de son corps entraîne le spectateur dans la profondeur de sa réflexion. L’homme se redresse, quitte le plan d’un pas lent par la gauche.
Samson Teofilovitch et Nadedja Trofimovna s’aiment, c’est une évidence dès leur première rencontre. Mais c’est bien la seule chose qui coule de source dans ce roman policier historique des plus rythmés, lorgnant vers les domaines du paranormal et de l’absurde.
Les mains de Marina, habitante de Kharkiv, qui a fui la guerre et est maintenant réfugiée en Allemagne. En juillet, elle est revenue à Kharkiv durant plusieurs jours pour régler quelques affaires et voir sa mère qui a refusé de quitter l’Ukraine.
Un homme d’Irpen, Alexeï, visite sa maison dont il ne reste rien après que la bombe l’a frappée. Seules les briques et les pièces en fer demeurent après l’incendie – quelque chose qui a survécu au feu. Le chien d’Alexeï est mort et gît dans la cour. Dans sa cave souterraine, il a trouvé plusieurs boîtes de chocolats et des pots de tomates.
Le jour de l’évacuation d’Irpen. Toutes les personnes, lors de l’évacuation, transportaient les objets les plus précieux pour elles. L’homme sur la photo évacue sa basse. La photo a été prise à travers une voiture couchée à l’envers sous le pont détruit.