C’est le début vague, ça ressemble aussi au roman de Perec tout autant qu’un gribouillis ou un point de couture V c’est le calligramme des victoires qui volent aussi le sismographe régulier et l’encéphalogramme c’est mathématiquement impossible (V+V = X et non VV) c’est le tremblement les vaguelettes et le refus de la ligne droite c’est la queer volute du zig-zag

Seul sur son chemin, chaque pas mesuré, Emmanuel Macron marche dans son nouveau costume de Président au milieu de la cour du Louvre. Un souverain maîtrise le temps : le défilé solitaire va durer quatre longues minutes, il se termine par un dernier petit geste de la main vers la foule avant de gagner la tribune et de prononcer le discours inaugural du premier quinquennat. Les experts commentent le « moment solennel », « la France des Rois », « des Capétiens », « de François Mitterrand ». Dans l’enthousiasme débridé, on concède que c’est bien sûr une mise en scène dont on admire l’efficacité : le décor est planté.

« L’intérieur du corps n’est pas beau. Nous n’avons pas une vision esthétique totale dans la mesure où nous n’assumons pas l’intérieur de nos corps et la compréhension des organes et de leur fonctionnement. C’est donc de l’humour noir, mais c’est aussi très sérieux : pourquoi ne pas faire un concours de beauté pour le plus beau rein, l’estomac le plus joliment formé, le foie le plus exquis ? » (David Cronenberg, entretiens avec Serge Gründberg, Éditions des Cahiers du Cinéma)

Le 21 avril, Dead Ringers, remake au féminin du film de David Cronenberg, arrive en série sur Prime Vidéo. Au tour de Rachel Weisz, nommée Eliott et Beverly Mantle, comme hier Jeremy Irons, de se dédoubler en jumelles gynécologues. Deux Rachel pour le prix d’une qui, Dieu ou Frankenstein, tord(ent) sans vergogne les règles de l’éthique médicale, en « créant la vie à partir de rien… », promet le pitch.

Koenig déserte la Légion étrangère. Débarqué à Toulon, il traverse la France jusqu’au bocage normand. Sensible aux variations de couleurs, il a le regard d’un peintre : « Le règne vert éclatait, avec une fraîcheur, une franchise d’attaque qu’il ne soupçonnait pas à ces coloris de verdure » ; « Les yeux, s’ils l’avaient pu, se seraient écrié : du vert, du vert ! encore du vert ! Et du plus éclatant ! Herbe, gazon, pelouse, le mot juste fuyait de cette couleur vive, de soleil et de pluie ».

Indéniablement, livre après livre, Pierre Vinclair s’est imposé comme l’un des poètes français contemporains majeurs. Preuve en est encore avec son nouveau recueil de textes, Idées arrachées qui vient de paraître aux éditions Lurlure, dont le poète s’entretient ici le temps d’un grand entretien pour Diacritik avec Fabien Aviet et Nicolas Poirier.

Le rideau se lève à la Comédie de Reims, la salle se tait et la musique commence. On comprend dès les premiers instants la gravité de ce qui va être dit. Le deuil est rarement joyeux. Malgré tout, Sinzo Aanza manie bien le sarcasme et la cacophonie brûlante des villageois, admirablement rapportée par la mise en scène d’Aristide Tarnagda, et montre la force de la vie, toujours triomphante des plus grands malheurs. Artiste, romancier et dramaturge congolais, Sinzo Aanza dépeint dans son travail les réalités crues de la République Démocratique du Congo. Qu’il s’agisse des ébauches de démocratie ou des conditions de l’exploitation minière depuis la colonisation, dans Plaidoirie pour vendre le Congo, il s’interroge sur la dignité avec cette phrase terrible : « Comment continuer à être un homme dans la mort ? ».

Longtemps attendue, espérée, désirée, longuement mûrie, La Petite Beune, suite magnifique à la non moins magnifique Grande Beune, parue il y a maintenant un quart de siècle (très précisément en 1996), sera donc venue, comme le roi, quand elle l’aura voulu, à son heure, l’heure juste de ce midi du désir qui constitue, du récit, le foyer et le thème. Venue à temps, mais un temps sien, et de ce fait à plus d’un titre intempestive.

Ce sont des projectiles. Ils sont massifs, pleins, ils font des choses, il leur arrive des choses, et pas que des belles. Un corps peut sortir dans le jardin et regarder une fleur jusqu’à l’extinction du soleil, mais il peut aussi rentrer en lui à coup de crosse sur le crâne. Tu n’as jamais été violé(e) et tu as un droit imprescriptible au planning familial parce qu’à ton corps on ne touche pas si tu ne veux pas, parce que ton corps consentant on suit ta décision

L’association Coup de Soleil a organisé à Lyon, le 4 mars 2023, un hommage à Assia Djebar avec des interventions (celle d’Afifa Bererhi est publiée ci-dessous) et la projection du film, La Nouba des femmes du Mont Chenoua. Décédée le 7 février 2015, cette écrivaine algérienne a vu sa renommée franchir les frontières jusqu’aux Etats-Unis d’Amérique où elle enseigna dans les prestigieuses universités de la Louisiane et de New York. Les traductions de ses romans sont nombreuses comme en rend compte Traduire Assia Djebar de Amal Chaouati, en 2018.

La silhouette frêle à la chevelure rousse ardente de Nan Goldin déambule nerveusement dans le hall du Guggenheim de New York. À son bras, une militante de son collectif, PAIN (Prescription Addiction Intervention Now), la rassure et lui donne le tempo. Une pluie de prescriptions d’OxyContin se déverse soudain depuis les étages circulaires ; des banderoles rouge sang se déploient et les cris de protestations, contagieux, résonnent dans la spirale monumentale du musée. Nan Goldin lève les yeux en scandant le slogan que les militants reprennent à l’unisson. Au cœur de ce cyclone de papiers et de lutte, fascinant, se niche l’émotion instantanée, presque photographique, d’une action déjà réussie : la performance politique fait comme effraction dans un temple autoproclamé de l’art, et soutient le combat de l’artiste et des gens qui se sont agglomérés autour d’elle depuis cinq ans au sein de son association.