Alors qu’il y a deux jours le Conseil des droits de l’Homme de l’ONU s’est déclaré préoccupé par le manque de transparence de la procédure dans l’enquête au sujet de la mort, en 2016, d’Adama Traoré, le « Comité Justice pour Adama » organisait aujourd’hui, à Paris, un rassemblement et une marche contre le racisme, les discriminations, l’injustice sociale qui réduisent les individus et divisent le peuple. Reportage photo de Jean-Philippe Cazier.

Les sans-papiers, contrairement aux représentations fortement véhiculées actuellement par les discours politiques et médiatiques, ne sont évidemment pas réductibles à une réalité statistique, à une abstraction fantasmée, à une masse anonyme. Les sans-papiers sont des individus, ce sont des parcours de vie singuliers. Ils et elles sont porteurs de luttes politiques, sociales : des luttes pour survivre, des luttes pour des vies dignes. Militant au sein de collectifs de sans-papiers, Youssef parle ici de ses engagements, des objectifs sociaux et politiques de ces collectifs, de son itinéraire subjectif. Rencontre et entretien.

Prière pour les voyageurs, le premier roman de l’auteure américaine Ruchika Tomar, a comme lieu le Nevada, une zone située quelque part dans cet Etat désertique des USA et dont la ville la plus célèbre, Las Vegas, n’est qu’un ensemble d’illusions grâce auxquelles tuer le temps en dépensant l’argent que l’on n’a pas. Le roman ne se situe pas à Las Vegas mais, loin du kitsch et du clinquant, dans une zone à part, déconnectée, une sorte d’anti-rêve américain, encore plus désertique.

Si Ordure, d’Eugene Marten, est un livre étrange, très étrange, ce n’est pas parce qu’il inventerait un univers fantastique, un récit qui permettrait de s’évader dans un monde qui ne serait pas le nôtre. Ordure est au contraire ancré dans notre monde de la façon la plus banale, la plus terre à terre – la plus matérielle – mais cet ancrage est lié à un point de vue qui fait émerger ici, parmi nous, peut-être en nous, un monde que nous n’avions pas vu.

Ailleurs, partout, de Vivianne Perelmuter et Isabelle Ingold, serait une sorte de documentaire : « une sorte » car le film sort des cadres attendus du documentaire, comme il tend à sortir des cadres du récit, des cadres de la fiction, des cadres du visible cinématographique – comme il tend à sortir de tout cadre. Dans ce film, la traversée des frontières n’est pas seulement le thème, elle est aussi un principe esthétique et politique : traversée du discours, de l’image – un nomadisme qui emporte le cinéma, le dérègle, le réarrange pour une création particulièrement puissante, enthousiasmante.

Si Josef Albers est mondialement connu en tant que plasticien, son œuvre poétique n’est sans doute pas encore suffisamment considérée. Dans l’essai qu’il lui consacre, Vincent Broqua met en évidence les rapports que la poésie d’Albers entretient avec son œuvre plastique mais aussi, et surtout, sa singularité, ses parti pris, ses enjeux.

Avec Des îles, Marie Cosnay réalise une des possibilités de l’écriture littéraire, à savoir produire un contre-discours. Non pas simplement un discours contre mais un discours qui affirme ce que le discours dominant (celui des dominants, en fonction de leurs seuls intérêts, justifiant leur domination) masque et efface. Ce qui ici est masqué, effacé, ce sont les vies des migrant.e.s, vies assassinées chaque jour, sous nos yeux, devant nos portes. Ce qui est ici affirmé, montré et valorisé, ce sont les vies des migrant.e.s, vies tendues vers la vie, la leur comme celle de tous et toutes.

Le 38e bis Marché de la Poésie a débuté ce mercredi 20 octobre et se terminera ce dimanche 24. Comme pour chaque édition, en plus des stands présentés par de nombreuses maisons d’édition de poésie, sont organisés des rencontres avec des auteur.e.s, des lectures, des signatures, des hommages, des événements autour des livres, des revues, des formes diverses de poésie. Les détails du programme ici.

Le 17 octobre 1961, pour protester contre le couvre-feu imposé aux seuls immigrés maghrébins, en particulier Algériens, une manifestation est organisée à Paris. L’Etat français réprime cette manifestation par la violence et dans le sang : arrestations, coups, meurtres perpétrés par la police française. Le slogan le plus scandé lors de la commémoration de cet après-midi qui a eu lieu à Paris est : « ouvrez les archives! ». Reportage photo de Jean-Philippe Cazier.

Danseurs sur le rivage est un recueil de nouvelles, de micro-récits parfois reliés entre eux par des échos, le retour de certains personnages, de certains noms, en tout cas de situations similaires qui dessinent le diagramme de relations de pouvoir, de domination, comme le plan d’une prison à l’air libre.

Le roman d’Alain Guiraudie est un flux mental et temporel qui s’écoule sur plus de 1000 pages – flux qui est aussi celui du monde, du discours, du désir. Il est souvent question de liquides dans Rabalaïre (sperme, cyprine, élixir, boissons…), mais surtout, de manière plus générale, tout y coule, s’écoule, se répand en des formes qui se déforment, en des identités provisoires, contredites, aqueuses plus que granitiques, en des strates – vagues ou divagations – du monde extérieur et intérieur qui se mélangent – le flux principal, celui qui emporte tout, qui fait et défait tout, étant le temps, ou plutôt la durée, ou plutôt le désir…