Les mains dans les poches : les sorties de la semaine

Diacritik Les Mains dans les poches

Ces livres, nous les avons évoqués dans Diacritik lors de leur sortie en grand format. Les voici disponibles en collection de poche.
Panorama critique et sélectif avec, pour cette livraison, Intérieur de Thomas Clerc, Défaite des maîtres et possesseurs de Vincent Message, Mort d’un homme heureux de Giorgio Fontana et La couleur de l’eau de Kerry Hudson.

Thomas Clerc Intérieur FolioComme autrefois Xavier de Maistre avait entrepris de faire le tour de sa chambre, Thomas Clerc s’est lancé dans une infinie odyssée de son Intérieur. Lui qui avait arpenté de manière systématique le Xè arrondissement de Paris a cette fois réduit la lentille de sa focale pour décrire son appartement, pièce après pièce, selon une entreprise qui tient aussi de la tentative perecquienne de l’épuisement d’un lieu.
Son récit tient du jeu sérieux, de la bravade comme d’une forme de contrainte, devenu pour nous un principe diacritique : inspiré par son exemple, rendre compte de son livre pièce après pièce, tentative d’épuisement d’un livre lui-même épuisement d’un lieu.

Visite guidée en suivant ces liens, huit stations dans son Intérieur :
l’entrée,
la salle de bains,
le petit coin,
la cuisine,
le salon,
le bureau,
et enfin La Chambre Clerc.

Thomas Clerc, Intérieur, Folio, 416 p., 7 € 70 — Lire un extrait

« Un jour, entre les hommes et nous qui sommes stellaires, il y a eu rencontre » : il est difficile de parler en quelques phrases du magnifique second roman de Vincent Message, Défaite des Vincent Message Défaite des maître et possesseurs éditions Pointsmaîtres et possesseurs sinon via cette phrase, présente deux fois dans le cours du livre, mettant l’accent sur sa dimension de fable. Et fable, cette Défaite l’est, même si les animaux qui en partie la composent n’ont pas la place qui leur est traditionnellement réservée ; même si le livre tend aussi vers la dystopie ; même si son intrigue ne peut être résumée en quelques traits (c’est le cas de tous les grands romans), pour ne pas mettre à mal sa montée en puissance, ce crescendo vers la révélation d’une inconnue qui porte la lecture comme son sens.
Disons simplement que dans un futur proche, dans un monde qui n’est plus tout à fait le nôtre, qui serait celui que nos erreurs et aveuglements ont construit, Iris, « sans papiers », attend de pouvoir être opérée, après un accident. Malo Claeyes tente tout pour régulariser sa situation, alors même que leur vie commune relève de l’interdit, de la clandestinité, que Malo a « transgressé la loi de séparation » entre deux « catégories d’êtres ».

Lire ici l’article de Johan Faerber consacré au roman

Lire ici l’entretien de Christine Marcandier avec Vincent Message

Vincent Message, Défaite des maîtres et possesseurs, Points, 240 p., 7 € 10

Giacomo Colnaghi est juge, nous sommes au tout début des années 80, celles des Brigades rouges et d’une justice italienne qui a fort à faire avec le terrorisme et la lutte armée. Si le personnage est fictionnel, il a été en grande partie inspiré par deux magistrats attestés, Emilio Alessandrini et Guido Galli, assassinés l’un comme l’autre par le groupe autonome Prima Linea.
Giorgio Fontana, Mort d’un homme heureuxLe roman de Giorgio Fontana s’appuie sur un arrière-plan historique et un grand nombre de documents et recherches ingérés et magnifiés par la fiction, dans un récit qui montre comment la grande Histoire brise et broie les trajectoires individuelles. C’est bien ici le « petit fait vrai » qui est à même de dire la trajectoire d’un pays...

Lire ici la suite de l’article

Giorgio Fontana, Mort d’un homme heureux (Morte di un uomo felice, 2014), traduit de l’italien par François Bouchard, Points, 264 p., 6 € 90

De Tony Hogan, son premier roman, à La Couleur de l’eau, couronné par le prix Femina, un même ton : Kerry Hudson excelle à apparier portrait social et histoire d’amour moderne. Ses personnages sont issus de classes sociales trop souvent délaissées par la littérature, ce sont les cités, les marges, les exclus. Aucun cynisme, le réel dans sa crudité et sa cruauté : Kerry Hudson ne connaît pas la guimauve.

La couleur de l'eau 10/18Dans La Couleur de l’eau, Dave est vigile dans un magasin de luxe de Londres, sur Bond Street. Il pince Alena qui s’apprêtait à voler une paire de chaussures. Mais il finit par la laisser partir, tout chez cette jeune femme le fascine, « les hauts et les bas de l’accent de la fille lui faisaient penser à des mouettes piquant vers des restes ». Le soir, Alena attend Dave, elle est à la rue, sans papiers, dans une situation de vulnérabilité terrible. Dave l’héberge et ce sont deux solitudes qui se rencontrent, tentent de s’apprivoiser, luttent contre leurs peurs, un passé trop lourd qui les a cabossés. « Ils étaient étrangers l’un à l’autre et le resteraient probablement, ayant tous deux trop peur de s’égarer sur le chemin tortueux de l’autre ».

Kerry Hudson contourne les attendus du roman social comme du roman d’amour pour faire de ce récit celui d’un avènement au langage : peu à peu Dave comme Alena se confient l’un à l’autre, parviennent à dire ce qui les a conduit .

Lire ici la suite de l’article (doublé d’un entretien avec Kerry Hudson)

Kerry Hudson, La Couleur de l’eau, traduit de l’anglais (Écosse) par Florence Lévy-Paoloni, 10/18, 384 p., 8 € 10

 

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