Anna Tsinng l’écrit dans Le Champignon de la fin du monde, sans doute le capitalisme est-t-il, d’abord et essentiellement, le règne de la précarité. Tout lui est ressource et matière première, qu’il s’agisse des vivants (humains et non-humains) ou de la nature : « La précarité est la condition de notre temps », ce que montrait, en 2009, l’enquête de Florence Aubenas sur Le Quai de Ouistreham, récit de crise, dans toutes les acceptions de ce terme.

«Nage libre » : l’expression est utilisée pour désigner les épreuves de natation dans lesquelles, autorisés à pratiquer la nage de leur choix, les compétiteurs optent unanimement pour le crawl en raison de sa vitesse de propulsion. Un crawl encore largement nouveau à l’époque où commence à le pratiquer, dans Souvenirs de la marée basse, la mère de la narratrice – au contraire de sa fille qui, pour sa part, préfère la brasse, la brasse coulée ou l’indienne.

La jeune Ninon Moise, raconte Joy Sorman, est aujourd’hui la descendante d’une longue succession, celle des aînées d’une famille remontant au XVIe siècle et qui toutes ont été frappées d’un mal étrange et cruel, à chaque fois différent. Enfant unique, donc aînée à sa façon, et alors qu’elle prépare le bac, Ninon est atteinte du mal à son tour, sous les espèces d’une maladie de la peau que les médecins ont peine à identifier : la peau lui brûle atrocement et en particulier celle des bras. Or, aucun stimulus n’est la cause apparente de cette douleur.

« En toute simplicité et en toute impossibilité » : si l’univers d’un écrivain est tout entier contenu dans les mots qui ouvrent son premier livre, nul doute que l’œuvre de Jonathan Safran Foer doive être lue sous le signe de la disjonction, celle dont témoigne cette dédicace de Tout est illuminé (Everything is illuminated, 2002). Elle énonce un paradoxe, de ceux que les livres suivants n’auront de cesse d’explorer, comme ce troisième roman, Me voici (Here I am) qui vient de paraître en poche aux éditions Points.

Frères migrants de Patrick Chamoiseau paraît en poche, chez Points : l’occasion, pour Diacritik de republier le grand entretien de l’écrivain avec Jean-Philippe Cazier. Chamoiseau y évoque la mondialisation déshumanisante, le « Tout-Monde », la créolité, la littérature et un monde qui pourra se construire « non pas selon les modalités de la communauté, mais sur la base de solidarités multidimensionnelles, évolutives, et de fraternités imprévisibles et transversales ».

En 1994, les éditions de l’Olivier publiaient Ma mère de Richard Ford. Le texte, d’une pudeur qui n’avait d’égale que sa sobriété bouleversante, était un questionnement de la filiation, entre identité et altérité. L’hommage à la mère tout juste disparue devient diptyque avec Entre eux, traduit en France en 2017 et qui vient de paraître en poche chez Points.