Premier roman nucléaire, La Centrale d’Elisabeth Filhol est un procès verbal dans tous les sens du terme : récit clinique comme aventure du verbe. De ces textes qui happent et hantent, d’une séduction étrange, tout autant romanesque que politique, sociale, de ces objets littéraires qui semblent des évidences, stylistiques, structurelles.

Comment écrire le sexe ? Non pas l’acte sexuel, ou pas seulement, non pas la pornographie, ou pas seulement, mais le sexe masculin, exhibé, fétichisé, débarrassé de tous les oripeaux des récits conventionnels ou déjà écrits, trop lus, des discours qui le narrativisent, l’érotisent, le réduisent ? Tel serait le propos de Nina Leger dans son dernier livre, « romance », dit-elle, mais d’aujourd’hui, Mise en pièces comme on démantèle un attendu, comme « elle construit un palais de mémoire qui, à mesure qu’il se peuple de sexes nouveaux, se complique de couloirs, d’annexes et de dépendances ».

Voici une robinsonnade postmoderne en quelque sorte. C’est que Robinson, le héros, est un jeune autiste (10 ans) et que son île n’est autre que sa personne même, celle que raconte par petits tableaux son père en bon Vendredi qu’il est, protecteur et infatigable. Comme on voit, les rôles langagiers sont ici inversés : Robinson n’a pas la parole ou plus justement est sans parole (hormis ses rires, ses pleurs, ses colères) tandis que le père ne cesse guère de s’adresser à lui, veilleur attentif et toujours en alerte.

Tropique de la violence de Nathacha Appanah paraît en poche, chez Folio. L’occasion pour Diacritik de republier l’article consacré à son livre et l’entretien qui l’accompagnait, dans lequel elle évoquait pour nous Mayotte, la violence, les migrations et ses fantômes et ceux de cette île, département français trop oublié.

Dans Le Plus et le moins, Erri de Luca rassemble des récits et des histoires. Il nous avait expliqué, dans l’entretien qu’il nous avait accordé en 2016, avoir été contraint à cette forme par l’épisode judiciaire qu’il a traversé : son opposition au projet de TGV Lyon-Turin lui ayant valu une accusation d’« incitation au sabotage », avant sa relaxe en octobre 2015, il ne pouvait plus écrire que des textes courts, il ne pouvait se permettre l’ampleur du roman.

Le sous-titre de Règne animal de Jean-Baptiste Del Amo pourrait avoir des accents balzaciens (Grandeur et décadence d’une exploitation agricole) ou zoliens (Histoire naturelle et sociale d’une famille), sur un siècle de 1898 à 1981 : dans le Gers, à Puy-Larroque, tout semble d’abord un « perpétuel recommencement », dans une ferme qui suit le rythme des saisons et cycles naturels, avant que la petite exploitation familiale ne devienne un élevage de porcs industrialisé et intensif, selon un double mouvement d’accélération et de chute, jusqu’à « l’effondrement ».

Affaire-leroux
Pascale Robert-Diard fait de La Déposition, qui paraît en poche chez Folio, le récit d’une saga judiciaire et intime, la fameuse affaire Agnelet, qui a tenu le public en haleine pendant près de quarante ans, de la disparition d’Agnès le Roux, en 1977, au dernier rebondissement de l’affaire, en 2014.

Manhattan, mars à novembre 2001. Trois amis trentenaires sont déchirés entre leurs rêves, leurs illusions et le dur contact avec la réalité : Marina, écrasée par le modèle de son père, Murray Thwaite, journaliste qui règne sur l’intelligentsia new-yorkaise ; Danielle, qui travaille dans le cinéma, en plein désarroi amoureux et professionnel ; Julius et la confusion des sentiments. Leurs rapports sont singulièrement compliqués par l’entrée dans leur vie de deux personnages diamétralement opposés : Ludovic Seeley, séduisant Australien qui veut révolutionner New York en créant un journal indépendant, The Monitor, et Frederick Tubb, « Bootie », cousin de Marina.