White de Bret Easton Ellis est désormais disponible en poche chez 10/18. White est un essai ou plutôt un laboratoire, le commentaire de son œuvre comme de son époque rongée par un politiquement correct devenu une forme de totalitarisme. Bien-pensance, puritanisme, instrumentalisation idéologique de l’art, tout passe au white spirit de BEE.

Hannah Arendt, analysant la Condition de l’homme moderne l’écrivait : les marchandises ont supplanté les paroles, la bourse a détrôné l’agora, le marché est devenu le lien du collectif. La destinée des Frères Lehman, telle que Stefano Massini en retrace l’épopée, en est l’illustration parfaite, du départ de Bavière d’Heyum Lehmann (avec deux n), le 11 septembre 1844 à la faillite aux répercussions planétaires de Lehman Brothers, le 15 septembre 2008 : à travers l’histoire d’une dynastie c’est toute l’Amérique dans sa grandeur et ses décadences que saisit l’auteur italien, en une fresque singulière et sidérante.

Chinelo Okparanta, née en 1981 au Nigeria, vivant aux USA depuis l’âge de dix ans, était jusqu’ici connue pour ses nouvelles (Le Bonheur comme l’eau, Zoé, 2014). Les éditions 10/18 publient en poche son premier roman, Sous les branches de l’udala, dans une traduction française de Carine Chichereau. La sortie en grand format du livre (Belfond) avait été l’occasion pour Diacritik d’un grand entretien croisant les voix de la romancière et de sa traductrice.

Mona, 24 ans, est femme de ménage et fait du bénévolat dans un centre qui distribue des kits aux drogués. Mona fantasme sur M. en passant l’aspirateur : « ne sachant rien de lui en dehors de son goût pour la drogue et les livres de la bibliothèque, elle pouvait laisser libre cours à sa rêverie ». Sur cette trame en apparence mince, Jen Beagin compose un premier roman qui explose toutes les catégories romanesques, de la love story au coming of age novel : le mantra de Mona pourrait être celui de Jen, « la franchise craignos, j’adore ».

Viv Albertine, guitariste des Slits, groupe punk qui marqua les scènes anglaises et du monde, publie un « album de souvenirs », au sens aussi bien musical que photographique ou littéraire du terme puisque son livre, De fringues, de musique et de mecs, a la structure duelle d’un vinyle ou d’un double album (Face A, Face B) : chaque court chapitre est comme une piste musicale, centrée sur un moment qui a laissé en elle « une empreinte indélébile », l’a « façonnée, scarifiée ».

Jonathan Dee poursuit sa fresque de l’Amérique contemporaine avec Ceux d’ici, qui paraît aujourd’hui en poche chez 10/18 : prenant pour cadre une petite ville du Massachusetts, Howland, il raconte l’ascension politique d’un homme richissime qui n’est pas sans rappeler celle du locataire actuel de la Maison Blanche. 

Cookie Mueller, née en 1949 dans la banlieue de Baltimore, morte du sida en novembre 1989, est une égérie underground, une figure de l’avant-garde new-yorkaise des années 70-80. Elle échappe aux cadres, a été actrice (dans les films de John Waters), gogo-danseuse, écrivain, critique, autant d’activités que l’on retrouve dans les scènes qui composent cette Traversée en eau claire dans une piscine peinte en noir, portrait kaléidoscopique d’une femme libre, une « fille de feu », pour reprendre le terme nervalien par lequel Gary Indiana la définit :

Nicolaia Rips a choisi, comme décor et personnage de son premier roman, l’hôtel de légende dans lequel elle a passé son enfance : le Chelsea. Elle y narre des scènes, entre choses vues (et vécues) et imaginées, à l’image d’un hôtel réel devenu sinon une fiction, du moins un mythe, tant son image est faite de ceux qui l’ont habité — Patti Smith avec Robert Mapplethorpe mais aussi Monroe et Miller, Kerouac, Dylan, William Burroughs, Leonard Cohen etc. — ou l’ont immortalisé (comme Warhol et ses Chelsea Girls en 1966).

Le capitalisme est-il un cancer ? Telle est la question que pose abruptement le roman de Richard Powers, Gains. Publié en 1998 aux USA, en 2012 dans sa traduction française, désormais disponible en poche chez 10/18, il est toujours d’une actualité aiguë, mieux encore : les quelques quinze années écoulées entre sa parution originale et sa traduction ont rendu toujours plus pertinente cette fresque de l’Amérique entrepreneuriale.

The Parisianer 2050

Ne cherchez pas The Parisianer dans un kiosque : le projet graphique collectif prend la forme d’un journal fictionnel, aux unes en hommage au grand aîné bien réel américain, The New Yorker.
Un livre, aux éditions 10/18, rassemble 53 couvertures imaginant notre monde en 2050 en un panorama qui obéit à la double perspective de toute uchronie, fictive et critique.

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Après six romans, un Pulitzer et un Pen-Faulkner Award, Michael Cunningham a surpris en publiant un recueil de contes, Ils vécurent heureux, eurent beaucoup d’enfants et puisEt puis le pire arrive, mais aussi la littérature qui, toujours, s’articule sur l’adversatif.
Diacritik avait rencontré l’écrivain au Salon du livre lors de la parution du recueil en grand format chez Belfond. Flashback, alors que paraît le volume en poche chez 10/18.

Ces livres, nous les avons évoqués dans Diacritik lors de leur sortie en grand format. Les voici disponibles en collection de poche.
Panorama critique et sélectif avec, pour cette livraison, Intérieur de Thomas Clerc, Défaite des maîtres et possesseurs de Vincent Message, Mort d’un homme heureux de Giorgio Fontana et La couleur de l’eau de Kerry Hudson.