Après l’épique Autour du monde qui interrogeait en 14 voyages et autant d’histoires le tsunami de 2011, Laurent Mauvignier était revenu, en 2016, avec sans doute l’un de ses plus beaux romans : Continuer qui vient de paraître en poche.Racontant l’histoire de Sibylle cherchant à sauver son fils Samuel depuis un voyage à cheval au cœur du Kirghizistan, Mauvignier offre une puissante fable politique sur la France contemporaine jetée dans un temps troublé et déchiré de haines.
Diacritik avait rencontré Laurent Mauvignier le temps d’un grand entretien pour évoquer avec lui ce roman. Retour.

Brigitte/Barbara (Jeanne Balibar)

Pour son troisième long-métrage (Le Stade de Wimbledon, 2000 ; Tournée, 2009 ; La Chambre Bleue, 2013), Mathieu Amalric prend une nouvelle fois le spectateur à revers. Son ami, Pierre Léon, se déclarant vaincu par l’adaptation de la vie de Barbara, sur laquelle il travaillait depuis quelques années avec Jeanne Balibar, la lui propose. Après quelques impasses menaçant le projet, Mathieu Amalric trouve avec son co-scénariste Philippe Di Folco une forme adéquate, en détournant les codes du genre du biopic. Ainsi, mieux qu’une adaptation stricto sensu de la vie de la chanteuse disparue il y a vingt ans, ce film interroge et renouvelle le genre, plus que figé dans ses conventions, pour ne pas dire fatigué, à travers une variation malicieuse du procédé de la mise en abyme.

J’ai avalé avec bonheur Made in China de Jean-Philippe Toussaint, un récit où l’auteur témoigne de son attachement pour la Chine, notamment à travers la relation qu’il entretient avec Chen Tong, son éditeur chinois (également producteur de plusieurs de ses courts métrages).
Le livre, qui se voulait au départ — peut-être avec une feinte innocence — le journal de tournage de The Honey Dress, son nouveau film, devient rapidement le prétexte à tout autre chose.

Camille de Toledo

« Ce qui attire le lecteur vers le roman, c’est l’espérance de réchauffer sa vie transie à la flamme d’une mort dont il lit le récit » avance, au tremblement de son existence bientôt dérobée, Walter Benjamin afin de dessiner du conteur cet art du récit qui, en offrant aux hommes la vive chaleur d’un destin couronné de mort, finit par leur révéler le sens de la vie. Où se donne, après toutes les morts, la vie qui se peut vivre ? Comment surseoir aux morts qui surnombrent le réel ? Comment se relever des cadavres qui trament tout récit et le Récit majuscule du monde ? Autant d’ardentes questions qui, en flagrant écho à la figure du conteur de Benjamin toujours appelée à revenir des morts et des désastres, rejoignent l’intime projet et l’éclatante réussite de l’épique et furieux de vitalité Livre de la Faim et de la Soif de Camille de Toledo, paraissant demain chez Gallimard.