C’est l’intelligence d’une époque qui, progressivement, nous quitte : ce fut d’abord, de trop loin, Barthes puis ce fut Jean Rousset, ensuite Eco, ensuite Doubrovsky, bientôt Genette et à quelques jours de distance maintenant, Jean Starobinski et Jean-Pierre Richard. Cette intelligence d’une époque, c’est avant tout et surtout l’intelligible d’un temps qui a su trouver de la parole critique son destin sensible, celui d’accompagner le présent.

La solitude Caravage qui vient de paraître chez Fayard est un livre qui fera date dans la connaissance et la portée de l’œuvre du génie italien. Comme dans ses romans, Yannick Haenel dévoile une suite prodigieuse de précisions, de scènes et d’illuminations qui se lisent par bonds. C’est un tour de force : ces toiles si connues, si commentées et qui ont quatre siècles se posent devant nos yeux comme si c’était la première fois. Voici le Caravage vivant, miraculeusement là. L’auteur nous a accordé un grand entretien.

Après l’épique Autour du monde qui interrogeait en 14 voyages et autant d’histoires le tsunami de 2011, Laurent Mauvignier était revenu, en 2016, avec sans doute l’un de ses plus beaux romans : Continuer qui vient de paraître en poche.Racontant l’histoire de Sibylle cherchant à sauver son fils Samuel depuis un voyage à cheval au cœur du Kirghizistan, Mauvignier offre une puissante fable politique sur la France contemporaine jetée dans un temps troublé et déchiré de haines.
Diacritik avait rencontré Laurent Mauvignier le temps d’un grand entretien pour évoquer avec lui ce roman. Retour.

J’ai avalé avec bonheur Made in China de Jean-Philippe Toussaint, un récit où l’auteur témoigne de son attachement pour la Chine, notamment à travers la relation qu’il entretient avec Chen Tong, son éditeur chinois (également producteur de plusieurs de ses courts métrages).
Le livre, qui se voulait au départ — peut-être avec une feinte innocence — le journal de tournage de The Honey Dress, son nouveau film, devient rapidement le prétexte à tout autre chose.

Camille de Toledo

« Ce qui attire le lecteur vers le roman, c’est l’espérance de réchauffer sa vie transie à la flamme d’une mort dont il lit le récit » avance, au tremblement de son existence bientôt dérobée, Walter Benjamin afin de dessiner du conteur cet art du récit qui, en offrant aux hommes la vive chaleur d’un destin couronné de mort, finit par leur révéler le sens de la vie. Où se donne, après toutes les morts, la vie qui se peut vivre ? Comment surseoir aux morts qui surnombrent le réel ? Comment se relever des cadavres qui trament tout récit et le Récit majuscule du monde ? Autant d’ardentes questions qui, en flagrant écho à la figure du conteur de Benjamin toujours appelée à revenir des morts et des désastres, rejoignent l’intime projet et l’éclatante réussite de l’épique et furieux de vitalité Livre de la Faim et de la Soif de Camille de Toledo, paraissant demain chez Gallimard.

Édouard Louis © Jean-Luc Bertini
Édouard Louis © Jean-Luc Bertini

Après le juste succès de son premier roman En finir avec Eddy Bellegueule, Édouard Louis est revenu en 2016 avec Histoire de la violence, âpre et magistral roman, qui évoque cette terrible nuit de Noël 2012 où il rencontre Reda avec qui la douceur des premiers instants va tourner à la violence la plus nue et la plus sombre. Diacritik avait rencontré Édouard Louis en janvier 2016 pour évoquer avec lui ce roman, nous republions cet entretien alors qu’Histoire de la violence sort en poche aujourd’hui, chez Points.

Sans doute notre contemporain est-il taraudé, secrètement, soudainement, par l’idée, impossible mais toujours vive, d’un contre-livre, d’un Livre nu et comme noir qui aurait compris dans l’envers négatif et comme néantisé de toute Littérature, qu’écrire, ce serait désormais écrire après tous les livres, bien après les bibliothèques, quand la dernière page du dernier livre a été tournée depuis longtemps et que tous les livres sont à présent refermés et rangés, irrémédiablement.

Evariste Galois

Évariste de François-Henri Désérable tient du roman comme de la biographie, de la vie imaginaire comme du double portrait en miroir : François-Henri Désérable, citant Pierre Michon en exergue de son livre, fait d’Évariste Galois le « Rimbaud des mathématiques ».  Son roman vient de paraître en poche, chez Folio, retour.