Qui était Karim ? Comment est-il mort ? Des questions qui restent, insistent.
Jean-Philippe Cazier
Karim avait une trentaine d’années. Il a quitté le Soudan, il est venu en France. Sans doute pensait-il que la France était un pays qui lui permettrait de vivre, qui l’aiderait à vivre. C’est l’idée qu’il devait avoir de la France. Mais cette France est imaginaire, l’idée de ce pays est fausse. Karim est mort le 8 mars 2018. Il est mort à Paris, Porte de la Chapelle, dans la rue.
Cette nuit ou après-midi je pleus, fouettant les rayons chromés des bicyclettes le long des autoroutes
Goudronnées les terres aux abords de ville transformant asphalte ou blockhaus
Si le titre du livre de Marie de Quatrebarbes, Gommage de tête, est emprunté à Eraserhead, le film de David Lynch, ce titre est en français plus polysémique : le gommage comme effacement mais aussi comme élimination des peaux mortes – un gommage pour supprimer, effacer de l’existence, autant que pour vivifier, rendre plus vivant : ôter ce qui est mort ou faire disparaître de l’existence. Dans les deux cas, il s’agit d’enlever, soustraire.
Stéphane Vanderhaeghe et Adrien Girault ont publié presque simultanément deux romans différents dans leur forme et leur contenu mais qui se rejoignent dans ce qu’ils mettent en scène de l’écriture.
A tous les airs, de Stéphane Vanderhaeghe, et Rabot, d’Adrien Girault, sont des romans du secret, des livres dont le point focal est un secret qui n’est pas réellement exprimé et qui rayonne pourtant à travers chacun des deux romans. L’important ici n’est pas du tout le secret en lui-même, le secret comme contenu dicible d’un discours. Ce qui importe serait plutôt le secret comme forme, ce que cette forme fait à l’écriture et ce qu’elle en dit, la pratique et le sens de l’écriture qui sont alors en jeu.
Horses, sorti en 1975, est le premier album studio de Patti Smith. En consacrant un livre à celui-ci, Véronique Bergen célèbre ce que cet album contient et signifie : un événement de la culture rock mais aussi la révolte, la volonté de rupture, l’exaltation de la poésie, de l’art, la tension vers un dépassement des limites de l’époque, une libération dans tous les domaines de l’existence.
Une excellente année pour l’industrie du cinéma nous déclare-t-on. La troisième meilleure depuis 50 ans. Pour l’industrie, les chiffres, certes. Et il ne faut pas se mentir, c’est une bonne chose lorsque l’on connaît le modèle de répartition qui profite à la création.
Dans l’exposition qui lui est actuellement consacrée à Paris, le photographe Rémy Soubanère présente ce que l’on pourrait appeler des nocturnographies, tant la nuit, ses ombres, les potentialités qu’elle porte sont au cœur de sa recherche. Entretien où il est donc question de la nuit mais aussi de la ville, de Deleuze et Guattari, de Nuit debout, d’hétérotopies ou d’imaginaire.
Que dire lorsqu’un écrivain meurt ? L’écrivain est ses livres et les livres ne meurent pas. Ils peuvent être oubliés, ne plus être lus, mais ils ne meurent pas. Que dire sinon, peut-être, le silence, se taire ? Et lire les livres.
Mathieu Riboulet vient de décéder, lisons ses livres.
En hommage, nous republions un article écrit lors de la parution des Œuvres de miséricorde, en 2012.
nous voulons dire de ne pas pleurer
tout le monde meurt
l’heure vient pour tout le monde
nous ne sommes pas les personnes malveillantes que vous pensez
nous sommes des enfants dans un monde d’adultes
il faut que vous trouviez un moyen de vous débarrasser de la haine
nous tuer ne vous donnera pas la paix
le meurtre n’est pas une bonne chose
toute forme de meurtre n’est pas une bonne chose
Le titre du livre de Nadine Agostini, Histoire d’Io, de Pasiphaé, par conséquent du Minotaure, peut résonner avec Histoire d’O de Pauline Réage/Dominique Aury, comme il peut être phonétiquement entendu comme « histoire d’Yo », « histoire de Je » (Yo en espagnol). D’Histoire d’O, on pourrait retrouver le personnage féminin, soumise à un désir masculin hétérosexuel et désireuse de ce désir, autant esclave que jouissant. Ainsi Io, objet sexuel de Zeus, trouve son double chez Pasiphaé affirmant un désir brut, non médiatisé par les convenances, la morale, l’humain – désir pour un taureau dont elle veut le sexe en elle pour jouir.
Écrire depuis l’étrange — ce qui nous échappe, nous demeure étranger, présence irréductible et riche.
Écrire depuis le multiple — ces univers qui nous bordent, nous dépassent et nous constituent, leur présence plurielle.
Écrire depuis la parole de l’autre — celle du monde, celle d’autres artistes et écrivains qui nous sont voix, langage et représentation, chacune plurielle.
Tels pourraient être les principes de la Théorie des MultiRêves, cette enquête que Jean-Philippe Cazier publie aux éditions Dis Voir, conte cosmo-onirique déployant les multivers d’Aurélien Barrau comme les fictions de la science de Lovecraft, mais aussi les cartes postales de nos identités fictionnelles chez Derrida ou l’idée deleuzienne que le multiple est une féconde hétérogénéité.
Comme elle l’avait fait en 2016 en se focalisant sur « Touche pas à mon poste », l’Association des journalistes lesbiennes, gays, bi.e.s et trans (AJL), s’est concentrée en 2017 sur d’autres talk-shows, cinq émissions télévisées de grande écoute qui ont été analysées durant une période d’un mois. Il ne s’agit pas pour l’AJL de jouer les censeurs ni de vouloir imposer à la TV la fameuse « bien-pensance » – notion absurde et bête, que l’on invoque lorsque l’on n’a rien d’autre à dire – exprimant davantage un vide de la pensée qu’une réalité objective.