Le roman d’Amelia Gray, Menaces, peut être présenté comme une intrigue policière. Quelqu’un est mort dans des conditions suspectes, et il s’agit de déterminer ce qui a eu lieu, de connaître les circonstances de la mort et ses causes. Quelque chose est arrivé et ce qui est arrivé est l’objet d’une enquête ayant pour finalité l’élucidation qui expliquerait et donnerait du sens. Or, le livre s’engage moins dans l’éclaircissement de la chose, du fait, que dans les méandres d’un monde mental producteur d’une errance, d’une obscurité, d’un dédale dans lequel se perdre.
Jean-Philippe Cazier
La 12e édition du Festival Jerk Off se tiendra dans divers lieux parisiens du 4 au 15 septembre 2019.
Du 7 septembre 2019 au 31 juillet 2020, la Halle Saint Pierre présente une exposition exceptionnelle de Roger Ballen – exceptionnelle du fait de sa durée mais aussi parce qu’il s’agit d’un des photographes sans doute les plus puissants. A cette occasion, seront exposées des installations, un ensemble important de photographies en noir et blanc ainsi que, pour la première fois, une série de photographies en couleurs. Rencontre et entretien avec Roger Ballen.
Né à New York en 1950, vivant en Afrique du sud depuis des dizaines d’années, Roger Ballen est un photographe parmi les plus puissants. De ses premières séries photographiques jusqu’à son travail actuel, qui inclut la vidéo et l’installation, il déploie et explore un monde peuplé d’êtres et lieux en marge des normes, des relations connues, des existences communes.
Carola Rackete a été arrêtée par la police italienne. Les policiers italiens n’ont pas refusé d’obéir à l’ordre qu’ils avaient reçu de l’interpeller. Carola Rackete a été arrêtée parce qu’elle a refusé d’obéir. Une autre femme, toujours en Italie, est également emprisonnée et accusée pour le même motif : Pia Klemp risque vingt ans de prison et 15000 euros d’amende pour chaque vie qu’elle a pu préserver. Carola Rackete et Pia Klemp ont été arrêtées pour avoir dit « Non », pour avoir refusé de participer à la souffrance et à la mise à mort d’autres êtres humains, pour avoir exercé le pouvoir fondamental et irrévocable des peuples : refuser d’obéir.
Si Pour tenir debout on invente est un livre écrit à deux, il pose fondamentalement la question de savoir ce que signifie écrire à deux, ou plutôt ce que ça fait : ce que ça fait à soi, à chacune de celles qui écrivent, ce que ça fait à la langue et au monde, ce que ça fait à l’écriture.
L‘artiste et écrivain Anael Chadli crée une oeuvre qui ouvre un espace très singulier entre la peinture et l’écriture. Dans cet espace entre, des rencontres se produisent, des frontières se déplacent, un champ nouveau se développe par lequel l’écriture devient visible et par lequel le visible est envahi par l’écriture. Rencontre et entretien.
Jean-Philippe Cazier et Frank Smith : Silences that matter (Vingt-quatre états du corps par seconde)
« Lire un livre c’est faire un livre »
Vingt-quatre états du corps par seconde est des Champs magnétiques écrit par Jean-Philippe Cazier et Frank Smith, où le silence sert de force hypnotique pour dire ces corps disparus, tués, massacrés, oubliés.
Si l’on voulait avoir un fil rouge pour lire les textes de Juliette Mézenc, on pourrait d’abord penser à la notion de « frontière ». Juliette Mézenc écrit au sujet des frontières, elle les obscurcit, elle écrit en se situant sur la frontière.
Placée sous le signe d’Hermès, l’œuvre de Michel Serres privilégie le mouvement, le déplacement, attentive aux carrefours, aux intersections, et surtout à l’invention.
Si, dans Pour parler, Frank Smith reprend la forme du sonnet, ce n’est pourtant pas pour en respecter les règles. Il ne s’agit pas non plus de simplement transgresser celles-ci car, dans ce cas, le choix d’autres formes aurait été plus pertinent. Il s’agit de se donner une contrainte pour en dépasser – et donc en exhiber – les limites, de signifier que ces limites, plus largement, valent pour celles de la langue, mais également de les utiliser comme une machine dont la logique serait créatrice et libératrice de ses propres limites.
Les Queen Zee & The Sasstones ne sont pas du genre à être sensibles aux injonctions de Palmade (émoji doigt d’honneur) à la discrétion et au « placard ». Ce serait plutôt l’inverse : être le plus visibles, faire le plus de bruit, laisser déborder l’énergie qui anime ce que l’on est et ce que l’on veut être. De fait, queerness et décibels électriques débordent de tous les titres qui composent le premier album des Queen Zee, adoubé par Iggy Pop lui-même (émoji orgasme).
Le livre de Marie de Quatrebarbes, Voguer, se réfère au voguing. On y retrouve Venus Xtravaganza ou Pepper LaBeija qui apparaissaient dans le beau film de Jennie Livingston, Paris is Burning. Sont également présents Ninetto, l’amant de celui qui fut « assassiné dans la nuit du 1er au 2 novembre 1975 sur la plage d’Ostie » (Pasolini), ou encore « les amants qui ne se rencontrèrent pas à Winkel, au mois de juin 1804 ».
Le titre du film de Christophe Pellet, Aujourd’hui, rien, peut s’entendre comme l’énoncé d’un parti-pris qui est celui de la banalité : aujourd’hui, rien de spécial, rien de particulier, de notable, de nouveau.