1.Il y a ce qui n’est pas un paradoxe : l’art de se montrer “classe” à partir de choses, de personnages, de situations qui ne le sont pas. Juste revanche sur ce qui ne cesse de proliférer un peu partout et nous pourrit l’existence : ces choses qui prétendent être porteuses d’une certaine distinction et qui, en réalité, sont d’une vulgarité sans nom. Retournement bienvenu ! Peut-être qu’au fond, seuls les “déclassés” ont encore la classe en ce monde où les fausses élégances ne manquent pas d’arbitres emperruqués pour en faire l’éloge.

« Il y a qui on est. Là dans l’univers », écrivait Charly Delwart dans L’Homme de profil même de face (2010). Mais comment définir ce « qui on est », la somme de « il y a » qui constitue cet être au monde ? Peut-on se dire et dire l’univers, la place d’un « je » dans cet univers, depuis des données brutes et des statistiques ?

Celles et ceux qui sont nés dans les années 1950 forment une génération de précoces. Il est vrai que l’air du temps, dans l’immédiat après-mai-68 (et jusque vers la fin des années 1970), incitait nos aînés à ouvrir des espaces de création – publics ou privés – à des auteurs & artistes en herbe, encore mineurs, les plus hardis d’entre eux ne se privant pas de saisir ces occasions rêvées.

On aurait voulu dire que la fiction française pouvait s’enorgueillir d’une nouvelle réussite avec la mini-série réalisée par Rebecca Zlotowski pour Canal +. On aurait voulu y croire après un premier épisode plutôt réussi et des prémisses courageuses (la France élit un président issu de l’immigration), on aurait souhaité que Les Sauvages nous emporte. Récit d’une déception, autopsie d’une création originale qu’on aurait aimé aimer.

Flammarion publie, dans sa collection « Climats », le Manifeste des espèces compagnes de Donna Haraway, des espèces englobant « chiens, humains et autres partenaires », comme le souligne le sous-titre, soit riz, tulipes, abeilles, flore intestinale, etc. Ce livre, « scandaleusement révolutionnaire » selon sa préfacière Vinciane Despret, n’a pas pris une ride depuis sa publication originale en 2003.

Dans Extension du domaine de la lutte paru en 1994, Michel Houellebecq assimilait cette extension à l’existence d’un marché sexuel en surplomb du marché économique ordinaire. C’était il y a 25 ans et, pour le romancier, ladite extension était d’abord affaire personnelle en ce que certains êtres manquant de sex-appeal et d’audace dans les stratégies amoureuses se retrouvaient puceaux ou vierges à trente ans. Soit une relation où le facteur économique ne jouait pas de rôle visible dans l’exemple pris par le romancier.

Petites putes, petits culs, grosses salopes et pédales

Imaginez que vous êtes dans votre salon. La sonnette retentit. Vous ouvrez la porte. Un homme entre, s’installe en face de vous, vous raconte sa vie. Il vous raconte qu’il a eu des relations sexuelles avec des « petits culs » dont « un petit cul de black » qui s’appelle « Tam » (p. 182). Ensuite, il vous raconte qu’il a rencontré aussi dans sa vie quelques « grosses salopes » (pp. 23, 33, 250, 259).

Jeune professeur de philo à l’Université de Chicago et par ailleurs française, Manon Garcia nous donne un livre magnifique et surprenant. Magnifique parce qu’il nous rend proche un problème peu identifié jusqu’ici comme philosophique, à savoir le destin des femmes comme soumises. Surprenant parce qu’il ose une relecture hardie du Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir. Et cela en changeant un seul mot dans une formule fameuse.

Nul en France n’est censé désormais ignorer que, depuis ces derniers jours, Christine Angot a publié un nouveau roman intitulé : Un tournant de la vie. Entre rires frénétiques et applaudissements nourris, les articles abondent, se déchirent sinon se défient dans une respectueuse distance tant il s’agit pour les uns de multiplier les moqueries, pour les autres de déployer les éloges.

Prague, 1942, « opération Anthropoïde », initiée depuis Londres : deux parachutistes tchèques sont chargés d’assassiner Heydrich, chef de la Gestapo et des services secrets nazis, planificateur de la Solution finale et « bourreau de Prague », bras droit d’Himmler. Chez les SS, on dit « HHhH », Himmlers Hirn heißt Heydrich (le cerveau d’Himmler s’appelle Heydrich). L’assassinat du Reichsprotektor de Bohême-Moravie, le SS Reinhard Heydrich, « la bête blonde », doit avoir lieu à Prague, le 27 mai 1942.