« Si Kafka vraiment a écrit, alors quelque chose résistera toujours aux identifications qu’on tentera de faire à son endroit. » Voici comment l’écrivain Frédéric Berthet, alors seulement âgé de 24 ans, envisage l’œuvre du praguois en 1978 dans un texte de dix pages qu’il confie à l’émission Les Nuits magnétiques de France Culture.
Editions Gallimard
Le rire de la Méduse a traversé bien des décennies avant de nous parvenir, franchi le col du XXIème siècle, erré dans des régions inconnues avant de nous revenir en 2024, près de cinquante ans après son apparition. Initialement paru en 1975 dans le numéro 61 de la revue L’Arc consacré à Simone de Beauvoir et la lutte des femmes, le texte-manifeste d’Hélène Cixous a déraciné le confort de la pensée féministe, décoiffé la figure de Simone de Beauvoir, livré une pensée radicalement neuve de l’écriture-corps féminine.
Alors que, depuis octobre 2023, ce qui se présente sous les allures d’une riposte contre le Hamas se révèle être une entreprise de nettoyage ethnique, voire génocidaire, que les États et institutions internationales ne prennent aucune mesure efficace, que certains gouvernements participent en livrant des armes, en criminalisant toute dénonciation de la politique de l’État israélien, Elias Sanbar, dans La dernière guerre ?, explicite ce qui se déroule sous nos yeux, détermine les responsabilités, clarifie les termes, esquisse les lignes possibles d’un futur peut-être commun.
27 secondes et 15 coups de couteau ont, le 12 août 2022, changé la vie d’un homme et d’un auteur. Comme l’ont déclaré les écrivains mobilisés du PEN club, ils ont aussi fait basculer le monde. Salman Rushdie, visé depuis 1989 par une fatwa a été attaqué par A., à Chautauqua (État de New York). « C’est donc toi. Te voilà », écrit Salman Rushdie, miraculé (un terme qu’il récuse et commente), dans Le Couteau qui vient de paraître chez Gallimard.
Quand Bastien François rencontre Estelle Moufflarge, elle est morte depuis 70 ans et il ne l’a jamais connue. Il vient de croiser son visage et son nom sur le site internet conçu par Serge Klarsfeld et Jean-Luc Pinol, permettant de localiser les lieux où des enfants juifs ont été arrêtés avant d’être déportés. Bastien François y avait entré sa propre adresse. Au 89 rue Caulaincourt, à quelques immeubles du sien, vivait Estelle. Ne demeurent qu’un nom, un visage, une date de naissance. « Je suis parti à sa recherche. Cela m’a pris des années ».
Le 4 décembre dernier, La Maison de l’Amérique latine a accueilli une soirée « Coïncidences Maurice Olender » autour de Georges Perec. Sylvia Richardson y présentait Jeux (Seuil, 2023) et Claude Burgelin sa biographie critique Georges Perec (Gallimard, 2023). Ils étaient interrogés par Christine Marcandier qui dirige désormais « La Librairie du XXIe siècle », collection fondée par Maurice Olender en 1989, qu’il dirigea jusqu’en 2022, et qui accueille nombre de posthumes et inédits de Georges Perec. Diacritik, partenaire de l’évènement, vous propose une captation vidéo de la soirée.
Incendire. Le livre d’Hélène Cixous effectue ce que le titre annonce, il incendie-incendit le réel, la littérature, il propage un brasier verbal qui élève la langue au rang de phénix, de création immunisée contre son devenir cendres.
Formulons l’hypothèse de départ : un livre représentatif de l’avant-garde réputée illisible des années 60-70 nous permettrait de parler d’intelligence artificielle autrement.
« Je deviens sans doute un peu folle
Perdue dans ma lignée »
(Pauline Delabroy-Allard, Maison-Tanière, L’iconoclaste, 2021)
Que dit un prénom de soi comme de ses origines ? Avant d’être enceinte, Pauline ne s’était jamais demandé pourquoi « Jeanne, Jérôme, Ysé » accompagnent son prénom principal. Mais là, alors que la narratrice entreprend des démarches administratives pour obtenir une carte d’identité, sa première, elle s’étonne : pourquoi ces quatre prénoms dont un masculin ? « Ce n’est pas anodin, tout de même, d’être ainsi escortée dans l’existence par trois inconnus ».
Vendredi 7 octobre dernier, Yannick Haenel s’entretenait avec Arnaud Jamin autour de son nouveau roman Le Trésorier-payeur à la Maison de la poésie. Dépense, crise, histoire du capitalisme, charité, amour… dans cette vidéo de la soirée, l’écrivain parle longuement du livre que nous avons chroniqué à sa sortie au mois d’août dans la collection l’Infini de Gallimard. Retrouvez ci-dessous la captation vidéo de la rencontre.
L’année du singe est l’année du chaos : une forme de désordre envahit le monde – à moins que ce désordre ne soit l’état réel du monde ainsi révélé. Le désordre n’est pas ici la simple absence d’ordre, son opposé, il correspond à un effacement des limites habituelles qui servent à penser et à instaurer un certain ordre que l’on appelle d’ordinaire « réalité ». Le chaos qui traverse le livre de Patti Smith n’est-il pas une réalité plus profonde ? Les nouveaux rapports qui apparaissent entre les vivants et les morts, entre le rêve et la réalité, entre la pensée et le monde, ne sont-ils pas, plutôt qu’une négation de l’ordre du monde, la révélation de son chaos essentiel ?
Maître Susane, 42 ans, est une avocate qui vient de s’installer à son compte à Bordeaux lorsqu’elle reçoit Gilles Principaux, le 5 janvier 2019 : sa femme Marlyne a tué leurs trois enfants et il souhaite que Me Susane la défende. Ce pourrait être l’Affaire permettant à l’avocate de sauver son cabinet, ce sera surtout le début d’une descente aux enfers pour la jeune femme, persuadée de reconnaître Gilles Principaux mais ne parvenant pas à démêler le souvenir qui lui est associé. Que s’est-il passé dans la chambre du jeune garçon il y a des années de cela ? Elle avait 10 ans, lui 14, pourquoi ne semble-t-il pas s’en souvenir ? Et quelle sera cette vengeance annoncée par le titre énigmatique du livre de Marie NDiaye ?
« À Tammisaari, un sentiment de désastre planait partout. Il faisait toujours sombre et froid, même quand le soleil brillait dans un ciel dégagé.
En septembre 2021, Anne Terrier a publié La Malédiction de l’Indien. Mémoires d’une catastrophe. Roman biographique (Gallimard). Le titre éveille notre curiosité et la quatrième de couverture nous transporte dans l’événement mémorable pour la Martinique et pour la volcanologie : la destruction de la ville de Saint-Pierre par l’éruption de la Montagne Pelée, le 8 mai 1902, catastrophe naturelle qui s’est étalée sur plusieurs mois ; il y aura 120 ans cette année.
1933. Moins de deux ans après la parution de Voyage au bout de la nuit qui lui procura un grand succès, Louis-Ferdinand Céline écrit les deux-cent cinquante feuillets du premier jet de Guerre, le seul connu à ce jour. Son destin jusqu’en 2022 fut aussi chaotique que mystérieux : volé à la Libération puis objet de tractations et de rétentions aux contours sombres durant des décennies, il finit par être enfin restitué aux ayant droits de l’écrivain. Il est aujourd’hui à la disposition des lecteurs, aux éditions Gallimard. Céline y revient sur son expérience durant le premier conflit mondial sur le front des Flandres où il est gravement blessé. En célinien éclairé, l’écrivain et essayiste Thomas A. Ravier évoque dans un grand entretien la question d’un « grand Céline ».