Jean-Baptiste Del Amo

Le sous-titre de Règne animal de Jean-Baptiste Del Amo pourrait avoir des accents balzaciens (Grandeur et décadence d’une exploitation agricole) ou zoliens (Histoire naturelle et sociale d’une famille), sur un siècle de 1898 à 1981 : dans le Gers, à Puy-Larroque, tout semble d’abord un « perpétuel recommencement », dans une ferme qui suit le rythme des saisons et cycles naturels, avant que la petite exploitation familiale ne devienne un élevage de porcs industrialisé et intensif, selon un double mouvement d’accélération et de chute, jusqu’à « l’effondrement ».
Le magnifique et très dur roman de Jean-Baptiste Del Amo, au-delà de ses qualités littéraires, épouse la course folle qu’est devenu l’élevage, au mépris de tout respect de la nature comme des animaux, tout en dévoilant jusqu’à l’insoutenable une violence et une cruauté qui s’exercent aussi bien sur les hommes que sur les bêtes. Déjà couronné par le Prix des libraires de Nancy, il vient de recevoir par le prix du Livre Inter 2017.

Chimamanda Ngozi Adichie

We should all be feminist, proclamait la Nigériane Chimamanda Ngozi Adichie dans un manifeste paru l’an dernier chez Gallimard sous le titre français très programmatique (ou optimiste) de Nous sommes tous féministes… Il n’est donc pas étonnant qu’une amie s’adresse à elle pour lui demander comment donner une éducation féministe à sa petite fille qui vient de naître. Ce n’est pas Rousseau et son roboratif Émile ou l’éducation mais un texte court, percutant, écrit depuis une expérience, destiné à être lu par tous, facilement.

Nina Leger
Nina Leger

Comment écrire le sexe ? Non pas l’acte sexuel, ou pas seulement, non pas la pornographie, ou pas seulement, mais le sexe masculin, exhibé, fétichisé, débarrassé de tous les oripeaux des récits conventionnels ou déjà écrits, trop lus, des discours qui le narrativisent, l’érotisent, le réduisent ? Tel serait le propos de Nina Leger dans son dernier livre, « romance », dit-elle, mais d’aujourd’hui, Mise en pièces comme on démantèle un attendu, comme « elle construit un palais de mémoire qui, à mesure qu’il se peuple de sexes nouveaux, se complique de couloirs, d’annexes et de dépendances ».

La Grande Arche

Un monument iconique, lumineux, spectaculaire et méconnu aux portes de Paris : La Grande Arche. Un architecte danois, épris de pureté qui mourra sans l’avoir vue achevée. Un Président de la République visionnaire, possessif et vénéneux. Et un puissant roman, une épopée, une enquête minutieuse, sur la tragédie noire d’un bâtiment de marbre blanc. Laurence Cossé, grand prix de l’Académie Française pour l’ensemble de son œuvre, livre La Grande Arche chez Gallimard.

Marielle Macé
Spécialiste du genre essai, Marielle Macé nous donne avec Styles un ouvrage ébouriffant autant qu’insolite. Ébouriffant : l’auteure circule avec une aisance souveraine parmi un grand nombre de textes qui ont marqué le dernier siècle ou les derniers temps en référence à un point de vue partagé par leurs auteurs — auteurs dans lesquels on se reconnait autant qu’elle. Insolite : ce faisant, Macé fonde une discipline multiforme, dont elle finira par dire qu’elle est une anthropologie mais une anthropologie sans équivalent.

Guibert lettres à Eugène

Parues, chez Gallimard en 2013, des Lettres à Eugène (Savitzkaya) d’Hervé Guibert, seul volume de correspondance dont l’écrivain a autorisé la publication dans la dernière ligne de son testament littéraire, le 3 novembre 1991. Ainsi s’achève « la publication des œuvres inédites posthumes d’Hervé Guibert, telle qu’il en avait fixé le plan, avant sa disparition », comme le précise une note liminaire.

Josyane Savigneau
Josyane Savigneau

Josyane Savigneau publie un recueil de rencontres et portraits, sous le signe de La Passion des écrivains, quand bien même tous les textes ici rassemblés ne concernent pas des auteurs stricto sensu : 29 articles donc, présentés comme des « exercices d’admiration », dessinant la cartographie d’« un paysage qui aujourd’hui commence à s’éloigner », une vue en coupe du champ littéraire de ces trois dernières décennies, Robbe-Grillet, Patricia Highsmith, Simone de Beauvoir, Toni Morrison, Dominique Rolin, Jérôme Lindon, Joyce Carol Oates, etc.

Henrietta Rose-Innes
Henrietta Rose-Innes

Chère Henrietta,

C’est dans un petit café du Cap, assez bruyant et qui sentait le beignet frit, que vous m’aviez parlé de votre Green Lion ; le roman était encore à l’état d’ébauche. La Table Mountain, qui domine la ville et la baie, se dressait tout près, derrière nous, invisible et puissante. Elle habitait votre esprit et votre travail.

Michel Butor

« Il me semble que le voyage nous apporte une aide sensible, surtout le voyage lointain ; il ne s’agit pas là d’une distance en kilomètres, il s’agit de trouver des hommes différents : de trouver l’envers. » : tels sont, dans le bref et concis dialogue de Vanité, les quelques mots généreux et clairs d’œuvre lancés par Michel Butor au seuil des années 1980 qui pourraient, au lendemain de sa désormais mort à nous parvenue, venir se tenir à la lisière de son écriture comme pour en tracer l’intime parcours, comme pour s’en dresser comme l’indéfectible épigraphe et dire le projet de l’homme Butor et l’écrivain tout entier écriture : trouver l’envers.