Dans son dernier livre, Jean-Clet Martin propose une lecture de l’oeuvre de Giraud/Moebius qui est en même temps une analyse de ce qui appartient en propre à l’image de la BD. Ce livre est un livre de philosophie autant qu’il travaille la perception, permettant de penser ce que l’on ne pensait pas et que la BD nous conduit à penser, permettant de percevoir autrement la BD et par la BD, à partir d’elle. Entretien avec Jean-Clet Martin.

Les éditions Dargaud viennent d’annoncer la disparition du dessinateur Jean-Claude Mézières dans la nuit du samedi 22 au dimanche 23 janvier 2022 à l’âge de 83 ans. Celui dont la carrière est indissociable des personnages de Valérian et Laureline qu’il a créés avec son ami d’enfance Pierre Christin fut un acteur majeur la bande dessinée : illustrateur et créateur à l’imaginaire foisonnant, un pionnier dont l’influence s’est étendue bien au-delà du 9ème art aujourd’hui en deuil.

C’est une joie et une souffrance. Un de ces moments où l’on se dit que la vie est à la fois bien faite et un peu cruelle aussi quand on a en mains le premier épisode d’un nouveau diptyque des aventures de Largo Winch. On s’empresse de se le procurer, on le dévore plus qu’on ne le lit et on le referme avec un sentiment de manque immédiat mêlé de satisfaction. L’arrivée de La frontière de la nuit en librairie ne déroge pas à la règle.

Encore la bande dessinée ? Ce n’est pas fini, cette histoire ? On veut bien croire qu’il y a eu, récemment – enfin, il y a environ un demi-siècle – une explosion salutaire, suivie par quelques tentatives, de restauration tout d’abord, puis surtout de récupération, qui auront à leur tour provoqué quelques crises où se seront affirmées une, deux, et même trois générations d’auteurs et d’autrices que l’on aurait pu croire à première vue sans attaches, même si, pour une part non négligeable d’entre elles et d’entre eux, plus que respectueux des grandes figures de l’histoire du genre, ou disons du champ (de ruines) où se dressent encore fièrement quelques pierres à l’effigie de héros increvables, à peine érodées par le vent souvent mauvais de l’air du temps.

Dans le langage courant et dans le jargon technico-commercial, le service après-vente (SAV) est un service qu’une entreprise propose à ses clients pour la mise en marche, l’entretien et la réparation d’un bien que cette entreprise a vendu ou pas. Que se passerait-il si la grande entreprise de Dieu, père et fils avait sous-traité la prestation à des techniciens nommés Gandhi, La Callas, Victor Hugo ou Michel Audiard ?

Corto Maltese : héros, légende, symbole d’un certain âge d’or de la bande dessinée. Grâce à Martin Quenehen au scénario et Bastien Vivès au dessin, la création d’Hugo Pratt renaît pour la deuxième fois avec Océan Noir, roman graphique inspiré qui fait entrer le mythe Corto dans la modernité sans abîmer l’héritage du maître.

Avec la disparition de Benoît Sokal, ce sont deux communautés et plusieurs générations qui sont en deuil. Les bédéphiles qui ont lu et aimé Canardo, des Premières enquêtes à Un Con en hiver ; les gamers qui ont salué en lui le créateur d’univers, l’auteur de jeux à succès dès L’Amerzone jusqu’à sa trilogie Syberia. Benoît Sokal est décédé le 28 mai 2021 à Reims.

Une nouvelle collection d’essais a vu le jour aux Impressions Nouvelles (Bruxelles). Elle a pour vocation de mieux faire connaître les héros des littératures populaires et donne à lire 4 à 6 titres par an, chacun consacré à un personnage plus ou moins mythique et désormais célèbre. Huit volumes existent déjà, chacun confié à une signature et comptant 128 pages.

Florence Cestac est une immense artiste. Son humour, sa vision du monde, son talent pour mettre l’intime en images et raconter des histoires drôles, douces-amères et touchantes n’ont d’égal que la constance de ses combats. Un papa, une maman – sous-titré Une famille formidable (la mienne !) –  paru chez Dargaud le 29 janvier dernier est une nouvelle preuve de l’importance de la scénariste et dessinatrice dans le monde très masculin de la bande dessinée.

Au sortir d’un bref moment d’absence – entre léthargie et repos forcé – que l’inconscient a aussitôt transformé en temps de méditation (car des bribes de pensées s’y seraient développées avant d’être épinglées comme des papillons dans des cadres étranges : fenêtres ouvrant sur le dehors ; miroirs reflétant le monde intérieur de qui s’y projette), le diariste critique reprend ses lectures. Cette fois, la petite pile qui s’est progressivement accumulée sur sa table de chevet est composée de bandes dessinées.

Manu Larcenet va bien. Enfin… mieux. Ou pas plus mal que si c’était pire. La preuve ? Alors qu’on l’avait laissé en pleine Thérapie de groupe en train de danser avec les étoiles, convaincu que le chaos en soi « c’est pas marrant tous les jours », revoilà Manu Larcenet dans un tome où tout se conçoit bien depuis les couloirs de la clinique des petits oiseaux « où si on met de côté quelques suicidaires, en général tout se finit bien. »

« Vous ne faites plus dans le cocu ? »
Non. Fort de sa réussite dans le mystère des bijoux de la Bégum, Atom Vercorian a décidé de ne plus prendre que des affaires dans lesquelles le détective n’aurait pas à traquer l’adultère. En attendant des clients prestigieux, les héros de Yann et Schwartz en sont réduits à courir après un boucher indélicat tandis que s’annonce une enquête qui conduira le lecteur de détails méconnus de la seconde guerre mondiale en personnalités du cinéma des années 50, jusqu’à l’arrestation de René la Canne.

La parution de Confinements en œuvre de Manu Larcenet invite aux re-lectures de deux ouvrages d’importance : Peu de gens savent et Nombreux sont ceux qui ignorent, deux sommes graphiques presque encyclopédiques fortes de « révélations fondamentales permettant aux imbéciles d’appréhender le monde avec un minimum de sérieux ».