L’ultime livre de Philippe Sollers, court roman inachevé intitulé La Deuxième Vie, paraît chez Gallimard et c’est un éblouissement. Une note en introduction souligne que l’écrivain, disparu le 5 mai dernier, en a dicté, relu et corrigé le manuscrit saisi par Sophie Zhang et Georgi Galabov, mais qu’il n’a pas participé à la fabrication du livre final. Cependant, le texte publié est fidèle à Sollers et toute son incisivité intellectuelle se tient droite dans ces quelques dizaines de pages qui constituent donc les dernières lignes de son corpus romanesque.

Est-il possible de lire aujourd’hui les fameux Cahiers Noirs de Heidegger en traversant les polémiques sans qu’elles ne s’imposent comme des impasses ? Comment plonger dans l’étude de ces notes intimes écrites la nuit dans les intervalles du sommeil par le philosophe allemand, depuis le cœur de sa pensée, vers le cœur de son sombre temps ? Étienne Pinat, déjà auteur aux éditions Kimé de Heidegger et Kierkegaard : la résolution et l’éthique en 2018 et éditeur dans la même maison des Notes sur Heidegger de Maurice Blanchot l’année dernière, propose un ouvrage dense et érudit qui suit pas à pas ces textes couvrant la période 1931-1941 et parus en France en trois volumes chez Gallimard depuis 2018.

« Les intellectuels ne se promènent pas torse nu, ils meublent leur appartement avec soin et se battent pour le pouvoir ; lui semblait flotter comme un ange à l’intérieur du monde des idées. » Tout Yannick Haenel se tient dans cette description du Trésorier-payeur, le prodigieux personnage qui donne son titre à un roman qui transcende la rentrée littéraire.

Entre ici, Jean Siméon Chardin ! Le tableau Le panier de fraises va-t-il retrouver définitivement le Musée du Louvre après y avoir été exposé durant le Salon de 1761 ? Cette sublime nature morte ostensiblement signée par un artiste phare du XVIIIe siècle peut quitter le pays en succombant au rapacier marché de l’art mondial. Cependant, elle a été salutairement classée Trésor national le 22 avril 2022 et fait désormais l’objet d’une opération enthousiasmante : un appel au don, lancé par le musée, auquel de grands donateurs ont déjà répondu, et qui pourrait permettre au chef d’œuvre d’être acquis et d’entrer définitivement dans ses collections permanentes. Intitulée Tous Mécènes ! et donc ouverte à tout un chacun selon ses moyens, notamment via l’excellente Société des Amis du Louvre, la campagne prendra fin le 28 février prochain. Mais d’ici là, l’œuvre est à voir dans l’Aile Richelieu.

Ce qui est en train d’arriver au groupe de rock shoegaze anglais Slowdive (qui se produira en concert mercredi 17 janvier à La Cigale à Paris) tient du miracle : leur cinquième album Everything is alive a atteint le top 10 anglais, des festivals veulent les accrocher à leur programmation partout dans le monde et des adolescents postent même sur TikTok des vidéos déclarant leur amour pour certaines de leurs chansons sorties il y a… 30 ans.

Une métaphore privilégiée de l’esprit moderne. C’est ainsi que l’essayiste et romancier Malek Abbou caractérise le labyrinthe dont il donne aujourd’hui une vue d’ensemble aussi extraordinaire qu’inédite à travers un ouvrage-somme paraissant aux éditions Bouquins sous sa direction. Dans un grand entretien, il nous conduit à travers  les subtilités d’un symbole protéiforme puissamment humain et hautement ancien.

Est-il « loisible à un être humain de posséder la vérité dans une âme et un corps » ? La bibliothèque de la Pléiade des éditions Gallimard, qui propose un volume sous étui spécial à l’occasion du 150ème anniversaire de la publication d’Une saison en enfer, répond positivement, texte sur table, à cette opération rimbaldienne. Exercice de plongée dans l’onde temporelle ouverte par un classique absolu.

Eliot Royer est un comédien sacrément talentueux. La critique, plagiant habilement Lautréamont, est formelle : « Chaque fois que Royer est sur scène, c’est comme si on y déchiquetait la cervelle d’un jaguar. » Le personnage du nouveau roman de Thomas A. Ravier est en tous points fantasque et ne souhaite pas se poser ni même vous imposer la question éculée de la différence entre fiction et réalité.

C’est une vue inouïe sur l’ensemble des écoles de la peinture italienne classique que le Louvre propose à ses visiteurs avec cette éblouissante exposition / immersion de plus de soixante-dix œuvres du musée de Capodimonte réparties dans la Grande Galerie, la salle de la Chapelle et celle de l’Horloge, comme si le stock des plus belles pièces du musée napolitain avait lui-même trouvé sa place dans les collections permanentes parisiennes. Un tour de force muséal pensé par les commissaires généraux Sébastien Allard, directeur du département des Peintures du musée du Louvre et Sylvain Bellenger, directeur du musée de Capodimonte. 

Elle a un cerveau érotique. Ce sont les mots du peintre Francis Picabia (1879-1953) au sujet de celle qui va devenir sa femme, Gabriële Buffet (1881-1985), la musicienne et théoricienne avec qui il vécut une quinzaine d’années et eût quatre enfants. Les éditions Seghers publient aujourd’hui grâce à leurs arrière-petites-filles Anne et Claire Berest – aussi préfacières de l’ouvrage – la correspondance inédite de Francis avec Gabriële, lettres et poèmes couvrant une dizaine d’années, entre les prémices de la deuxième guerre mondiale et le début des années 1950.