« Quelque grief qu’on ait contre le mariage, on ne saurait lui refuser d’être une expérience. » Oscar Wilde

65 rue du Faubourg-Saint-Honoré, à deux pas du palais de l’Élysée, Loris Azzaro établit en 1970 sa boutique-atelier. Le styliste sicilien né à Tunis, célèbre pour ses robes, mix de la sensualité méditerranéenne et du chic parisien, habille pour le soir Claudia Cardinale, Raquel Welch, Jane Birkin, Marisa Berenson, Dalida, Romy Schneider et… Sheila. Mince, musclée, tout en jambes, elle chante chez Guy Lux en combinaison pailletée bleu électrique style Avenger, danse chez les Carpentier en robes de jersey de soie vert jade ou rose shocking qui fluidifient ses déhanchements. Sur son site officiel, l’idole yéyé publie un livre de ses tenues de scène, soit 60 ans de show mode.

On parle presque toujours des œuvres que l’on voit, que l’on lit, que l’on écoute, dans une sorte de relation unique avec elles, comme si on vivait dans une « mono-réalité », comme s’il n’y avait d’un coup que le livre, le film, la pièce, et soi, comme suspendus dans le vide, sans même le temps qui passe, ou l’espace.

Se promener dans les livres – enregistrant au passage certaines lignes, certains enchaînements ; faisant des pauses ; oubliant momentanément ce qui vient d’être enregistré ; reprenant le parcours, en attente d’on ne sait quel surgissement – me rappelle ce que j’ai accompli quasi-quotidiennement durant des décennies pour une chaîne de radio nommée France Culture.

C’est sûrement le mouvement de caméra le plus raté de Steven Spielberg et probablement le plus beau… Le jeune héros s’en va au loin, au milieu des studios comme Chaplin au milieu de la route, la ligne d’horizon est au centre. Alors un mouvement aussi brutal que voyant réaxe la caméra, comme une maladresse de cadreur. La ligne d’horizon n’est plus au centre, et l’on comprend : un réalisateur est né, celui qui incarnera le mieux le cinéma aux yeux du grand public, à travers le monde…

Pour tenter de contrer une domination masculine évidente non pas seulement sur le terrain de la politique et de l’économie mais aussi sur celui de la culture, le désir de constituer un matrimoine a récemment fait l’objet de mobilisations actives dans des domaines aussi divers que scientifiques, artistiques ou littéraires. Il s’agit de tirer de l’anonymat des savantes, des créatrices ou des femmes de lettres en invitant à considérer la valeur de leur travail, trop souvent négligée, voire masquée, par une société patriarcale condescendante.

Le festival « Effractions » de la BPI du Centre Pompidou souffle déjà sa 4e bougie avec, pour cette nouvelle édition en partenariat avec Diacritik, une passionnante programmation. Dès le mercredi 8 mars et jusqu’au 12 mars, plus de 40 autrices et auteurs se succèderont au cours de cet événement gratuit qui, en à peine quelques années, est devenu l’un des rendez-vous incontournables de la vie littéraire au cœur de l’hiver.

« Black Is Beautiful » : le Musée Picasso consacre une exposition à l’artiste afro-américaine Faith Ringgold. Si elle transmet la force esthétique et politique de son travail, elle pose frontalement la question de la capacité du musée à exposer des artistes minoritaires, à prendre réellement en charge et à défendre leur travail artistique eu égard aux rapports de domination qu’ils ont dû et doivent affronter. Peut-on exposer des artistes minoritaires, sans les trahir ni les dominer une seconde fois, en occultant les processus sociaux qui les ont assujettis ? En tout cas, l’exposition réussit un singulier exploit : être muette sur les batailles menées par Ringgold, ne rien dire du racisme et du sexisme dans l’art lui-même.

De 1960 à 1965, dans le journal communiste Vie Nuove, Pasolini publie ses réponses à des lettres qui lui sont adressées par des lecteurs et lectrices. Dialogues en public réunit un ensemble de ces échanges entre les lecteurs/lectrices et Pasolini, celui-ci répondant aux interrogations très diverses qui lui sont faites autant sur son propre travail que sur des faits d’actualité, sur la politique italienne, sur tel fait divers, sur l’Église et la croyance, sur la littérature, etc.

Si vous n’avez pas lu Alexander Kluge, précipitez-vous toute affaire cessante sur les deux tomes de Chronique des sentiments parus chez P.O.L. Ces deux passionnants volumes constituent l’une des œuvres maîtresses de notre contemporain, à l’égal d’un Sebald ou d’un Bernhard. Écrivain singulier, cinéaste hors norme et acteur flamboyant, Alexander Kluge incarne à lui seul le cœur poétique d’une réflexion permanente sur l’histoire, qu’elle soit collective et privée qui a traversé les siècles et les hommes.

« Je pourrais acheter aux puces des albums de famille d’inconnus » Édouard Levé, Dictionnaire (« Photographie »), Inédits, P.O.L, 2022

Christophe Boltanski est le romancier de vies réelles passées sous silence, des strates et documents qui gardent leurs traces. L’écrivain les exhume pour retrouver un récit souterrain et oublié pourtant articulé à la grande histoire et aux scansions sociales et politiques de nos présents.