À peine relu et corrigé, et, avant même d’avoir été mis en ligne, déjà en route vers l’oubli (seul moyen de ne pas se laisser miner par les regrets), le dernier épisode de ce feuilleton critique à la frontière est devenu avant-dernier, un peu comme le dernier verre dont parlait Deleuze. Pas de pause : la pile n’est pas épuisée (elle ne cesse de se recharger).

Quelle part de nous meurt avec et quelle part de nous survit aux lieux que nous habitons, quand le désordre climatique en périme les habitudes  ?

Dans le cadre du Festival de la Terre (Correns, Cotignac, Le Val), le master écopoétique et création d’Aix-Marseille Université a présenté L’ÉTÉ OÙ LA RIVIÈRE A TARI, une proposition d’écriture de Loréna Bur (Confiances), Maud Grunenwald (Perdre les eaux) et Camille Ruiz (Canoës). Les trois textes ont été lus par Clément Amézieux sur le bord de l’Argens à Correns, devant la fontaine de la mairie à Cotignac et au vieux lavoir du Val.

La Battue, du journaliste et photographe Louis Witter, expose des faits, les questionne, les analyse, informe et met en perspective. Le livre dénonce la politique policière et donc violente que l’État français théorise et pratique à l’encontre des exilé.e.s sans papiers à Calais depuis des années (mais aussi ailleurs sur le territoire). Si cette politique vaut contre les exilé.e.s, elle vaut sans doute de même, finalement, contre la population en général. La Battue est un livre qui met au jour le fait que la politique française, depuis des années, s’appuie sur des pratiques policières hostiles aux populations.

Début mars 2023, est sorti dans la collection d’Actes Sud, « Un endroit où aller » qui réserve, la plupart du temps, de belles surprises, un premier roman attachant et séduisant, signé Florian Préclaire, Le Cavalier de Saumur. Tout a son importance dans les informations de la couverture : le nom de l’auteur, la fonction et le lieu du personnage supposé du titre, l’icône représentant Pégase.

Indéniablement, livre après livre, Pierre Vinclair s’est imposé comme l’un des poètes français contemporains majeurs. Preuve en est encore avec son nouveau recueil de textes, Idées arrachées qui vient de paraître aux éditions Lurlure, dont le poète s’entretient ici le temps d’un grand entretien pour Diacritik avec Fabien Aviet et Nicolas Poirier.

Le rideau se lève à la Comédie de Reims, la salle se tait et la musique commence. On comprend dès les premiers instants la gravité de ce qui va être dit. Le deuil est rarement joyeux. Malgré tout, Sinzo Aanza manie bien le sarcasme et la cacophonie brûlante des villageois, admirablement rapportée par la mise en scène d’Aristide Tarnagda, et montre la force de la vie, toujours triomphante des plus grands malheurs. Artiste, romancier et dramaturge congolais, Sinzo Aanza dépeint dans son travail les réalités crues de la République Démocratique du Congo. Qu’il s’agisse des ébauches de démocratie ou des conditions de l’exploitation minière depuis la colonisation, dans Plaidoirie pour vendre le Congo, il s’interroge sur la dignité avec cette phrase terrible : « Comment continuer à être un homme dans la mort ? ».

Longtemps attendue, espérée, désirée, longuement mûrie, La Petite Beune, suite magnifique à la non moins magnifique Grande Beune, parue il y a maintenant un quart de siècle (très précisément en 1996), sera donc venue, comme le roi, quand elle l’aura voulu, à son heure, l’heure juste de ce midi du désir qui constitue, du récit, le foyer et le thème. Venue à temps, mais un temps sien, et de ce fait à plus d’un titre intempestive.

Ce sont des projectiles. Ils sont massifs, pleins, ils font des choses, il leur arrive des choses, et pas que des belles. Un corps peut sortir dans le jardin et regarder une fleur jusqu’à l’extinction du soleil, mais il peut aussi rentrer en lui à coup de crosse sur le crâne. Tu n’as jamais été violé(e) et tu as un droit imprescriptible au planning familial parce qu’à ton corps on ne touche pas si tu ne veux pas, parce que ton corps consentant on suit ta décision

L’association Coup de Soleil a organisé à Lyon, le 4 mars 2023, un hommage à Assia Djebar avec des interventions (celle d’Afifa Bererhi est publiée ci-dessous) et la projection du film, La Nouba des femmes du Mont Chenoua. Décédée le 7 février 2015, cette écrivaine algérienne a vu sa renommée franchir les frontières jusqu’aux Etats-Unis d’Amérique où elle enseigna dans les prestigieuses universités de la Louisiane et de New York. Les traductions de ses romans sont nombreuses comme en rend compte Traduire Assia Djebar de Amal Chaouati, en 2018.

La silhouette frêle à la chevelure rousse ardente de Nan Goldin déambule nerveusement dans le hall du Guggenheim de New York. À son bras, une militante de son collectif, PAIN (Prescription Addiction Intervention Now), la rassure et lui donne le tempo. Une pluie de prescriptions d’OxyContin se déverse soudain depuis les étages circulaires ; des banderoles rouge sang se déploient et les cris de protestations, contagieux, résonnent dans la spirale monumentale du musée. Nan Goldin lève les yeux en scandant le slogan que les militants reprennent à l’unisson. Au cœur de ce cyclone de papiers et de lutte, fascinant, se niche l’émotion instantanée, presque photographique, d’une action déjà réussie : la performance politique fait comme effraction dans un temple autoproclamé de l’art, et soutient le combat de l’artiste et des gens qui se sont agglomérés autour d’elle depuis cinq ans au sein de son association.