À l’occasion de la réédition, aux éditions Gospel, des Carnets de l’Underground, centrés désormais sur les seuls textes de Gabriel Cholette, retour sur cette œuvre remarquable de la littérature LGBT+ actuelle, au style épuré et intense (paru initialement aux éditions Triptyque et illustrée par Jacob Pyne).
« Elle ajuste la position de sa capuche. Ses bracelets tintent. Pour qui les porte-t-elle, se pare-t-elle aussi quand elle est seule ? Je ne lui ai pas connu de relation. Je suis avide de savoir si elle aime, si elle est aimée, mais je ne sais pas parler d’amour et tout ce que j’ose lui demander c’est :
-Tu ne t’ennuies pas trop à Périgueux ? » (Le Vieil Incendie).
À trente ans, en Suisse romande, maintenant en France, et pas seulement au sein de l’espace francophone puisqu’un National Book Award lui a été attribué en 2021, Elisa Shua Dusapin connaît le succès. Son quatrième roman, Le Vieil Incendie est salué par toute la presse française, depuis Le Figaro jusqu’à L’Humanité, en passant par le feuilleton littéraire de Tiphaine Samoyault dans Le Monde (déjà, en 2020, dans ces mêmes colonnes, Camille Laurens n’avait pas tari d’éloges pour Vladivostok Circus).
Quand nous nous sommes rencontrés en Dordogne, début 2023, lors de la résidence d’écriture que vous avez effectuée à La Maison du Goupillou, vous disiez à vos hôtes et à vos interlocutrices et interlocuteurs, que votre roman en chantier (c’était Le Vieil Incendie) concernait l’aphasie et deux sœurs, et que vous l’aviez situé dans la région. Pouvez-vous nous préciser comment vous est venue « l’idée » de ce livre, comment elle s’est imposée à vous ?
2 extraits de l’album « Prestige » (Moshi Moshi Records, 2023)
La façon la plus certaine de situer Franck Venaille consiste à dire ce qu’il n’est pas, à dire le monde auquel il n’appartient pas et à quel régime de sensibilité il se refuse. Ici il n’y a pas de mondanité, pas de pose d’artiste, il n’y a ni égoïsme, ni arrivisme ou carriérisme, il n’y a pas ces faussaires qui batifolent d’un air faussement pénétré comme convaincus eux-mêmes de leur propre personne. Non. C’est une autre manière d’être que sa poésie démontre : aiguë, sourde, viscérale, sanguine ; écorchée, froide, réfléchie, heurtée. Un art comme il en existe peu, car il existe peu d’œuvres qui refusent autant les concessions, concessions qui n’empêchent pas l’art mais qui limitent, adoucissent et tempèrent l’extrémisme dont il peut faire preuve.
Une métaphore privilégiée de l’esprit moderne. C’est ainsi que l’essayiste et romancier Malek Abbou caractérise le labyrinthe dont il donne aujourd’hui une vue d’ensemble aussi extraordinaire qu’inédite à travers un ouvrage-somme paraissant aux éditions Bouquins sous sa direction. Dans un grand entretien, il nous conduit à travers les subtilités d’un symbole protéiforme puissamment humain et hautement ancien.
En allant voir le nouveau film d’Hayao Miyazaki, on ne peut s’empêcher de remarquer combien l’œuvre rend la salle perplexe. Force est de constater que Le Garçon et le Héron ne suit pas la même logique que ses prédécesseurs. De films aux mondes merveilleux, aux personnages pleins de vie, accompagnés par la musique vivifiante d’Hisaishi, Miyazaki réalise cette fois-ci un film économe en mots, aux personnages souvent silencieux voire taiseux et à la musique discrète, mélancolique et proche de Satie. À bien des égards donc, ce film peut laisser interloqué ou décevoir un spectateur vorace de valses tonitruantes, de pouvoirs magiques et d’actions spectaculaires. Et pourtant, le film noue un étonnant dialogue avec son spectateur. Mieux encore, Miyazaki nous parle plus que jamais de son œuvre, de celle que nous sommes tant à aimer, et dont il nous invite à se détacher joyeusement, non sans peine, ni larme à l’œil.
« Comme si, enfant, vous aviez écrit le scénario pour votre vie et n’aviez accepté ensuite que les rôles qui y correspondaient. Comme si, tenant des fils invisibles, c’était vous qui aviez toujours assuré la mise en scène. »Yoko Tawa – L’œil nu
Ce mois d’octobre 2023 est « deneuvien » ou n’est pas. L’affiche rose tapisserie de Bernadette prolonge le pink des posters Barbie, propose une autre vengeance de blonde. Pseudo biopic, sous Potiche à la mise en scène de tortue qui accorde un capital empathie douteux à une ex-première dame vacharde, voire roublarde, aveuglée d’amour pour son Chichi de Jacques, le Super Menteur des Guignols de l’info. Saut à l’élastique scénaristique qui aurait nécessité plus de vitriol pour aborder ce parangon de droite et de conservatisme, aujourd’hui estampillé… féministe !?
Comme déjà dit en ouverture de telle brocante de saison, il n’est pas si simple de reprendre le chemin du Terrain Vague, après une coupure. Dans l’attente d’un déclic, je me rends au marché, découvrant en bonne place, dans la vitrine du marchand de tabac journaux, un nouvel opus de Modiano. Je l’acquiers aussi sec. Force de l’habitude ? Non. Avant le confinement de 2020, il ne me serait jamais venu à l’idée de mordre aussi rapidement à l’hameçon.
À gauche juste avant le Soleil, le théâtre de La Tempête ouvre sa saison sous des auspices pop, dans des déhanchés langoureux et des refrains poético-caustiques de haute volée. C’est l’autrice Emmanuelle Bayamack-Tam, dont la très puissante Arcadie a remporté le prix du livre Inter en 2018, qui lance le bal, au rythme d’un texte décapant, généreux et loufoque dont les protagonistes improbables sont les (déjà) poussiéreuses idoles du star système des années 2000. Sa nouvelle collaboration avec le metteur en scène et directeur de La Tempête, Clément Poirée confirme leurs deux talents.
Les concepts sont vivants et non immuables. Pour la philosophe Mara Montanaro, ils prennent corps dans la chair et dans les expériences vécues, ils sont agis par elles et doivent nous permettent d’avoir une prise sur le réel et non seulement le décrire. Entretien avec la philosophe, militante et autrice des Théories Féministes Voyageuses.
Le livre de Frank Smith concerne des faits qui ont eu lieu en Syrie durant l’année 2013 : massacres, bombardements, tortures, emprisonnements, violations des droits humains. Le livre se base sur des rapports rédigés par une commission d’enquête internationale de l’ONU.
Et soudain, au cœur de l’Oklahoma, le pétrole jaillit. Le flot noir souille la plaine indienne, les Osage dansent sous cette pluie noire, ils ne savent pas qu’ils se baignent dans leur propre sang.
Soirée Coïncidences Maurice Olender : Edwy Plenel (Se tenir droit)
Mardi 17 octobre dernier, Edwy Plenel était l’invité des « soirées Coïncidences Maurice Olender » à la Maison de […]