Il y a deux manières d’aborder la lecture des Écœurés de Gérard Delteil qui paraît au Seuil le 9 mai : en réprimant un mouvement de recul devant le bandeau promotionnel jaune qui proclame qu’un gilet de la même couleur est mort ou, piqué par la curiosité, en espérant que ce roman noir n’est pas que le fruit d’un opportunisme éditorial en 25 actes de manifestations hebdomadaires en chasubles de haute visibilité.
« À quoi ça pourrait ressembler, un roman du XXIe siècle ? En quoi ça serait différent d’un roman du XIXe, par exemple ? », se demande Pierre Ducrozet dans la note d’intention qui accompagne L’Invention des corps, son dernier roman, couronné du Prix de Flore, qui paraît en poche chez Babel.
Bonnard est un artiste toujours trop méconnu. Si ses œuvres sont éparpillées dans les plus grands musées du monde et dans de prestigieuses collections privées, une compréhension totale de son génie pictural est encore à venir. C’est l’intérêt de la première publication scientifique des agendas intimes du peintre couvrant les vingt dernières années de sa longue vie (1867-1947) en coédition entre l’Atelier contemporain, la Bibliothèque de France et le Musée Bonnard qui propose une exposition temporaire où ils peuvent être vus jusqu’au 9 juin au Cannet.
A l’occasion de la parution récente de Portraits-Robots ainsi que de La poésie en trois dimensions, livre qui propose une exploration collective de son œuvre, Michèle Métail parle dans cet entretien de son rapport à la langue et aux langues, de ses procédés de création, de la musique, de la photographie, et bien sûr de la poésie dont elle est une représentante contemporaine parmi les plus originales et reconnues.
Depuis trente-deux ans, Jean tient Bricomonge, une quincaillerie située à Paris dans le quartier latin, appréciée des employés et des clients pour l’atmosphère singulières qui y règne. À l’annonce de la fermeture définitive, son fils Samuel Bigiaoui décide de documenter les derniers mois avant la liquidation, mais surtout d’interroger Jean sur son passé d’activiste de gauche après 68 et dont il ne parle jamais.
Il y a ce poème de Roberto Juarroz – poète tutélaire de Roselyne Sibille qui savait qu’on meurt de trop vivre et qu’il n’y a aucune réponse qui pût être satisfaisante à la question du silence – ce poème de Juarroz parle de la vie dessinant un arbre et de la mort en dessinant un autre. À la fin, le poème se penche sur un nid dans l’arbre de la vie qui ne contient plus qu’un seul oiseau et dont on ne sait pas s’il a été dessiné par la vie ou par la mort.
East Village Blues de Chantal Thomas est tout ensemble une ballade et une balade, pérégrination dans un quartier de New York que la romancière hanta dans les années 70 et chant d’une « vie étrange » au croisement de Rimbaud et de la Beat Generation, célébration d’un « monde (qui) bénit les poètes ». Le livre prend doublement « la forme d’une ville », en ce qu’il est un véritable « poème en marche » et une ode inspirée à la liberté qu’inspire la vie new-yorkaise.
Tout récit de soi revient à sertir le « je » dans une époque. Quand il est celui d’un historien qui fut adolescent dans les années 80, le faire revient à enter une branche nouvelle sur le grand tronc autobiographique : une forme d’« ego-histoire » pour reprendre le terme qu’emploie Ivan Jablonka dans les dernières pages d’En Camping-car.
À l’occasion de la sortie de Sophia Antipolis en DVD, Diacritik republie la critique de Joffrey Speno et son l’entretien avec Virgil Vernier. Ainsi se clôt un accompagnement critique du film et du partenariat construit autour du cycle « Société sécrète » avec le cinéma L’archipel. À noter : Mercuriales, le précédent et non moins sidérant long-métrage du cinéaste bénéficie à cette occasion d’une nouvelle édition.
Aussi intrigante que politique : telle est la disparition au cœur d’Un matin d’hiver de Philippe Vilain, son nouveau roman et son meilleur à ce jour. D’Atlanta à Paris, la narratrice erre à la recherche mate et impossible de son mari, sociologue qui, en disparaissant, commet un suicide social. C’est entre Trouville et Naples que Diacritik est allé interroger Philippe Vilain pour discuter avec lui de son romantisme politique, de sa voix classique et des Gilets Jaunes.
Le livre de Marie de Quatrebarbes, Voguer, se réfère au voguing. On y retrouve Venus Xtravaganza ou Pepper LaBeija qui apparaissaient dans le beau film de Jennie Livingston, Paris is Burning. Sont également présents Ninetto, l’amant de celui qui fut « assassiné dans la nuit du 1er au 2 novembre 1975 sur la plage d’Ostie » (Pasolini), ou encore « les amants qui ne se rencontrèrent pas à Winkel, au mois de juin 1804 ».
Le titre du roman de Lola Lafon, Mercy Mary Patty, qui vient de paraître en poche (Actes Sud, Babel), décline trois prénoms féminins en colonnes. Le dernier est celui de Patricia Hearst, centre opaque d’un fait divers qui a déchaîné l’Amérique des années 70, devenue Tania lorsqu’elle a rejoint le combat politique des membres du SLA, groupe terroriste qui l’avait enlevée.
Écriture et lecture sont affaire de tempi – ces derniers variant selon ce que nous tenons en main (et ce qui nous trotte dans la tête). Ce n’est pas question de “genre”. Le diariste critique est en ce moment-même, comme toujours, sur plusieurs lectures ô combien différentes, à partir desquelles il s’est forgé le projet de tremper sa meilleure plume dans l’encre de Chine pour calligraphier quelques notes – plutôt interrogatives qu’affirmatives – à leur sujet.