Lucie Taïeb, génération 77, écrivaine, traductrice et enseignante-chercheuse, publie cette année un essai (Freshkills, recycler la terre, éd. Varia), un recueil de poèmes (Peuplié, Lanskine) et un roman (Les échappées, L’ogre). C’est une excellente occasion pour explorer son univers d’écriture d’une manière condensée et approfondie.
Lundi : tout seul
Cette année encore, mais plus que d’habitude on a voulu couper : le portable, les mails, les photos, le travail, les amis. On a voulu disparaitre des radars, revenir bronzé et sec comme un pruneau, les bras plein de cadeaux faits à la main par quelqu’un là-bas.
La critique abuse parfois du terme « jubilatoire » pour exprimer la joie expansive procurée par la lecture d’une œuvre ou pour décrire l’atmosphère régnant dans celle-ci. On n’osera donc pas recourir à cet adjectif souvent galvaudé (mais pourtant bien pratique) pour parler de La fin du monde en trinquant de Jean-Paul Krassinsky. Même si ce n’est pas l’envie qui manque…
Après l’Anthropocène des géologues, le Plantationocène de l’anthropologue Anna Tsing, le Chthulucène de la biologiste Donna Haraway, voici le Narratocène annoncé par l’écrivain Léo Henry. L’idée même d’un « Narratocène » est extrêmement séduisante et mystérieuse, comme une promesse de relire la crise actuelle à l’aune de la réalité humaine liée à sa capacité de créer des fictions, de se sauver par les récits, de se transformer par l’imaginaire – et quoi d’autre encore ?
Après leur disque commun autour de la poésie d’Artaud, les Soundwalk Collective et Patti Smith se retrouvent pour un nouvel opus centré sur l’œuvre de Rimbaud. Mummer Love sortira début novembre, mais un premier extrait déjà proposé à l’écoute, exaltant le poème « Eternité », mêle la voix de Patti Smith et la composition des Soundwalk à l’art du Sufi group of Sheikh Ibrahim.
Comme un véritable cadeau enchanteur, Chemins, le film que Martine Rousset réalise en 2014, fut offert aux spectateurices en épilogue à la dernière édition des États généraux du film documentaire de Lussas. La projection contrariée par des problèmes techniques l’an passé eut finalement lieu ce soir-là. Un événement. Car les projections sont aussi uniques que l’œuvre d’une cinéaste travaillant depuis 1977 la pellicule et les expérimentations.
Avec l’anthologie Écrits stupéfiants qui rassemble aux éditions Robert Laffont dans la collection « Bouquins » des textes croisant littérature et drogues, Cécile Guilbert dévoile une somme mondialement inédite. Lumineusement érudite, l’écrivaine qui est aussi essayiste, critique et préfacière donne à lire une histoire fascinante et quasi secrète de la littérature. La description précise des substances, les textes et notices de grands comme d’inconnus auteurs forment un kaléidoscope littéraire original et incroyablement précieux. Elle nous a accordé un grand entretien.
En cette rentrée littéraire, Patrick Autréaux livre un splendide et bouleversant récit : Quand la parole attend la nuit qui paraît ces jours-ci aux éditions Verdier. Deux ans après la puissante Voix écrite, Patrick Autréaux rebat les cartes narratives pour livrer ici l’histoire aussi sombre que nue de Solal, étudiant en médecine emporté par un premier amour. Plus que jamais, Autréaux tisse ici une phrase où le biographique ne cesse de s’excéder pour s’élever à une rare force de revie. Autant de raisons pour Diacritik d’aller à la rencontre du romancier le temps d’un grand entretien autour d’une œuvre clef de notre contemporain.
« Il ne reste rien » : tabula rasa initiale. L’homme qui brûle, dernier roman d’Alban Lefranc qui vient de paraître chez Rivages, s’écrit sur des ruines, celles d’un monde au bord du « désastre des désastres » : « nous ne vivons plus dans une époque mais dans un délai » (Anders cité par le narrateur).
Fassbinder – La mort en fanfare, n’est pas une cathédrale mais un squat. Il s’agirait de faire effraction, détruire et recomposer, composer et détruire, les deux indissociables : « On s’est introduit d’abord par effraction, la nuit, en forçant une porte de derrière (…), on a cassé des murs, fermé des fenêtres pour en ouvrir de nouvelles, creusé une cave pour y faire tourner un casino clandestin, tracé des signes au-dessus des portes ».
Jolie l’idée que celle de ces jeunes filles jouant à cache-cache aux Champs-Élysées alors que ceux-ci tiennent encore du terrain vague.
La parution en édition de poche de Qui a tué mon père est l’occasion de revenir sur un des fils rouges des livres d’Edouard Louis, à savoir la question de la violence.
Plébiscitée par les lecteurs et par les nombreux prix qu’elle a reçus depuis son premier roman Contours du jour qui vient (2005), Léonora Miano ne cesse de nous surprendre par la diversité de ses thématiques et par ses choix romanesques, prouvant encore que le roman est l’écrin d’un imaginaire et l’espace même où peuvent se déployer fables significatives, écriture maîtrisée dans la diversité de ses ancrages, plaidoyer intransigeant dans sa lucidité et ses exigences pour une Afrique du passé, du présent et de l’avenir.
Parfois, le ronronnement cesse. La machine à enquiller les films, de mercredi en mercredi, s’enraye, et un film est là qui s’impose, impose silence au bavardage distrayant du cinéma comme il va. Ne croyez surtout pas que je hurle est de cette teneur-là.