« Ce qu’il annonce comme la suite de son récit commence par une description de la mer, qui semblait étale, mais l’altitude inchangée de l’appareil ne permettait toujours pas de discerner l’ondulation des vagues.
François Hartog, directeur d’études à l’EHESS, historien et en quelque sorte spécialiste du Temps, a écrit avec Chronos une espèce de roman qui narre les péripéties de l’Occident du début de l’ère chrétienne à notre très étrange aujourd’hui.
Vrac : le titre lapidaire du nouveau livre de Bertrand Belin ouvre sur un espace déroutant, qui ne ressemble guère à celui de ses trois romans précédents, déjà parus aux éditions P.O.L : à chaque page, le blanc l’emporte largement sur les mots. L’écriture éminemment fragmentaire prend l’allure tantôt de poèmes en vers libres, tantôt de sentences plus ou moins sentencieuses, pastiches d’aphorismes ou de définitions de dictionnaire.
E
« Dans le béton qu’ils poussent, les enfants. Ils grandissent et lui ressemblent, à ce béton sec et froid. Ils sont secs et froids aussi, durs, apparemment indestructibles, mais il y a aussi des fissures dans le béton. Quand il pleut, on les distingue mieux, c’est comme les larmes qui coulent sur les jours pâles d’un petit à qui on a taxé ses billes et qui n’a pas le grand frère pour le défendre ».
Le Thé au harem d’Archi Ahmed, 1983.
Le dernier récit de Mehdi Charef, Vivants, est l’occasion de revenir sur le parcours de cet artiste, dont le précédent livre, Rue des pâquerettes, a reçu le Prix littéraire de la Porte Dorée 2020 ; il est désormais disponible en poche. Ces deux récits ont été publiés par les éditions Hors d’atteinte.
Les deux premiers volets de l’autobiographie vivante de Deborah Levy, tout juste parus aux éditions du Sous-Sol dans une traduction magistrale de Céline Leroy — Ce que je ne veux pas savoir et Le Coût de la vie — viennent de remporter le Prix Femina étranger 2020. Un prix plus que mérité, récompensant une œuvre majeure et une autrice que, nous l’espérons, les éditions du Sous-Sol contribueront à faire découvrir, plus largement encore, au lectorat français. Diacritik republie la critique que Christine Marcandier avait consacré aux livres il y a quelques semaines.
Thésée est celui qui porte l’énigme et la refuse. Thésée est celui qui se déplace et dérange les nappes de mots et les murs de silence. Thésée est celui qui peut révéler toutes les histoires et les tresser en un « récit archaïque ». « Archaïque » c’est-à-dire, comme l’écrivait Baudelaire, né d’un secret douloureux que son unique soin est d’approfondir. Pour qu’il y ait Vie nouvelle, il doit y avoir eu « vie antérieure ».
Après Simenon en Pléiade, bientôt rejoint par Tolkien, Philip K. Dick s’invite en Quarto. Les malfaiteurs de la littérature seraient-ils en passe d’être des individus de bonne fréquentation ? Les sous-genres romanesques seraient-ils bientôt légitimes ? N’aurait-on plus à rougir d’avoir dans sa poche, son sac, sa bibliothèque, la couverture bariolée d’un vieux bouquin de science-fiction ou de fantasy ? La question se pose encore dans la mesure où l’idée qu’on se fait d’une littérature l’occulte et parfois même la remplace. Le genre catégorise une œuvre et l’enferme ; mais on peut toujours s’évader, même des plus sûres prisons.
1. Pour la troisième fois – après Vous êtes tous jaloux de mon jetpack en 2014 et En cuisine avec Kafka en 2017 –, les éditions 2024 publient la version française d’un recueil de strips de Tom Gauld.
« Je n’ai pas le souvenir d’avoir vu un seul bananier, rue des Bananiers. Je regrette que la rue ait perdu son nom aujourd’hui, qu’elle ait troqué un nom d’arbre pour un nom propre, Bouchareb » : la subtilité de la topobiographie de Béatrice Commengé est peut-être tout entière concentrée dans cette phrase qui n’est pas seulement le commentaire du titre du livre mais bien le soulignement de la place des mots dans notre manière d’habiter le monde, de la présence/absence à soi d’un lieu, et plus largement de l’Histoire, des histoires, quand « c’est fini », derniers mots de ce texte magnifique.
« Étais-je devenue un monstre ? Étais-je une créature malsaine ? Une goule, qui volait les souvenirs de ses victimes comme je dérobais ceux de ma mère ? Un vampire volant à travers les jardins, la nuit ? Un être au sang caillé, souffrant et sans but, condamné à la solitude ?
La Demoiselle à cœur ouvert, troisième roman chez P.O.L de Lise Charles après La Cattiva (2013) et Comme Ulysse (2015) — et deux romans jeunesse, La princesse Caméléon et Le Murmure des sorcières —, s’offre comme un roman épistolaire 2.0., des liaisons dangereuses contemporaines. Octave Milton, écrivain en panne d’inspiration et pensionnaire de la villa Medicis, ingère et recycle tout ce que lui confient ses correspondantes. Entre manipulation et perversité, il (se) joue jusqu’au drame des désirs de l’autre et construit une ample machinerie fictionnelle aux effets bien réels.
Depuis le 22 octobre dernier, l’interdiction quasi absolue de l’avortement a été prononcée en Pologne par le Tribunal Constitutionnel. Cette décision privilégie la morale catholique sur le droit. Après des attaques, depuis des mois, contre les personnes LGBT, les femmes jouent de nouveau le rôle de l’ennemi de l’Etat qui, faute de pouvoir faire passer ses lois liberticides par la voie parlementaire, les impose à l’aide d’une cour suprême aux mains d’alliés du PiS, parti conservateur au pouvoir. Un rassemblement avait lieu à Paris ce dimanche 25 octobre en solidarité avec les femmes polonaises. Reportage photo de Jean-Philippe Cazier.