Les Éditions 2024 : « La seule ligne qu’on a jamais formulée, c’est la fiction » (Le grand entretien)

Cela fera bientôt neuf ans que le premier titre des Éditions 2024, Les Derniers dinosaures de Didier de Calan et Donatien Mary, est sorti en librairie. Comme toujours, quand une ouverture se produit dans un territoire aussi saturé que celui de la bande dessinée, on est surpris, même si l’attente de l’inattendu est le propre des lecteurs, des regardeurs, des auditeurs – des veilleurs. Il convient alors de faire passer au plus vite la nouvelle pour que cette ouverture puisse devenir l’origine d’un nouveau monde.

Depuis cet étonnant premier titre, les livres sont arrivés, toujours par surprise et à chaque fois réalisés avec soin : on trouve, d’un ouvrage à l’autre, des formats, des volumes, des modes de fabrication différents, toujours bien accordés aux projets des auteurs. Pas de formatage, juste ce qu’il faut pour créer une identité (on reconnait, me semble-t-il, le travail de cette maison d’édition rien qu’au toucher, ou disons en ayant matériellement les livres en main). L’été 2012, soit deux ans après le premier coup de gong, cinq ouvrages avaient paru, tandis que deux ou trois autres étaient sous presse, ou en gestation. C’était peu, quantitativement, mais suffisant pour nous donner envie de rencontrer les deux responsables des Éditions 2024, Olivier Bron et Simon Liberman (ce premier entretien a été publié en septembre 2012 sur le site du9)

Sept ans plus tard, on ne peut que relever les signes attestant la bonne santé de cette encore jeune maison d’édition. On constate notamment une accélération des publications, certes très relative, mais suffisante pour que le rayon 2024 dans la bibliothèque approche les 65 centimètres linéaires (l’étagère les contenant devant faire au moins 38 centimètres de haut), ce qui n’est pas rien. De plus, comme ces livres ne s’épuisent pas à la première lecture, ils ne dorment pas sur les planches, certains d’entre eux semblant même inépuisables – notamment cette “prise de guerre” magnifique que sont les livres de Tom Gauld, que ce soient ses récits dessinés, Vers la ville et Police Lunaire, ou ses strips réunis sous les titres Vous êtes tous jaloux de mon Jetpack et En cuisine avec Kafka qui en font un des plus formidables auteurs de formes brèves d’aujourd’hui, un des rares toujours drôle et intelligent depuis la disparition prématurée de Mix & Remix.

En cuisine avec Kafka. Tom Gauld

En attendant des nouvelles des “auteurs maison”, souvent issus de l’École des Arts Décoratifs de Strasbourg (siège de 2024), l’heure est venue de faire un nouveau point – toujours en compagnie de Olivier Bron et Simon Liberman, répondant cette fois d’une seule voix –, afin de prendre le pouls de ce travail en plein essor, questionnant ce qui, de leur projet initial, a changé – ou non. Il sera bien entendu impossible de nous attarder sur tout ce qui a été accompli entre l’automne 2010 (dinosaurien) et le printemps 2019 (cosmique). Mais comme aucun des quarante et quelques opus publiés chez 2024 ne nous aura laissé indifférent, il m’est particulièrement agréable de considérer ce corpus en expansion en tant que constellation où, dans un ciel d’orage favorable aux coups de foudre, la suite d’ouvrages qui la compose est mise en tension.

Quelques mots sur les derniers titres, avant de passer à ce jeu d’échange : certains révèlent de nouveaux “auteurs 2024” comme Clément Paurd (déjà repéré pour sa participation au fanzine Belles Illustrations) avec La Traversée, projet assez impressionnant, muri sur une dizaine d’années, où l’on relève, métamorphosés, quelques souvenirs des univers fictionnels de Samuel Beckett et de Dino Buzzati ; ou Anouk Ricard, associée à Étienne Chaize, pour Boule de feu, véritable objet graphique non identifié où s’opère une sorte d’alchimie des contraires. À noter la poursuite tranquille de ces somptueuses rééditions d’ouvrages du XIXe siècle d’auteurs parfois mythiques comme Gustave Doré (dont certaines des œuvres de jeunesse méritaient d’être sorties d’un relatif oubli), ou quasiment inconnus, du moins du profane, comme J. Rostaing & Tellory (Le Mirliton merveilleux, en coédition avec la BnF). On découvre aussi, en bonne place dans le catalogue, Reprise, un dialogue dessiné entre Anne-Margot Ramstein et Blutch (coédité par Central Vapeur) à l’occasion d’une exposition au “Skadok – Fabrique du numérique” de Strasbourg dont nous avons rendu compte ici-même. Et pour conclure ce survol bien trop rapide, les derniers ouvrages d’auteurs maison, déjà bien repérés depuis quelques années, comme Simon Roussin qui avec Xibalba donne corps à un de ses plus ambitieux projets où l’invention graphique se frotte avec bonheur à ses souvenirs de cinéphile ; ou encore Clément Vuillier qui fait monter la sève – de son trait, de son sens de la couleur – en grand format, tout en se passant de mots (en dehors de ceux qui en composent le titre) avec L’Année de la comète.

Selon vous, quels sont les signes qui forment l’identité des livres publiés par 2024 ? Si on masquait le nom de la maison d’édition, qu’est qui ferait qu’on reconnaîtrait d’emblée que tel ou tel livre y a été publié ?

La seule ligne qu’on a jamais formulée, c’est la fiction ; et, dans une certaine mesure, l’idée d’éviter l’ancrage au réel. Pour le reste on s’autorise encore à peu près ce qu’on veut, dans la mesure où on est tous les deux sincèrement convaincus. En général, quand on a un emballement, on le confronte à la réaction de l’autre, et ça remet les idées en place ; mais quand on s’emballe tous les deux, on sait qu’on tient quelque chose… le catalogue se construit donc au croisement de nos goûts et envies.

C’est peut-être un peu léger pour les rendre identifiables au premier regard, mais j’ai quand même l’impression qu’un esprit assez cohérent se dégage du catalogue… On aime bien quand on en prend plein la vue — que ce soit par la qualité d’un lavis, la précision d’un décor ou la virtuosité d’une épure, —, on aime bien quand l’histoire est drôle et enthousiasmante… globalement on aime publier des livres qui font plaisir ; je ne crois pas qu’on serait très forts pour accompagner un livre des frères Dardenne, même si on aime leur travail.

Évidemment, on trouvera dans le catalogue des pas de côté, mais ça pourrait définir le centre de gravité du catalogue, non ? Après, formellement, même si les formats et façonnages varient, l’attention qu’on porte à l’objet est constante. Je pense que ça se remarque, aussi, et que ça forge une partie de notre identité.

En 2012, soit deux ans après vos débuts, vous disiez vouloir publier environ deux livres par an, ce qui aurait fait au total moins de trente en 2024. Mais aujourd’hui, en 2019, vous avez déjà dépassé les quarante. Qu’est-ce qui vous a fait accélérer ?

Le projet 2024 a pas mal évolué depuis la création : au départ, l’idée était de sortir 2/3 livres par an effectivement, pour nous laisser le temps de travailler sur nos propres projets en parallèle — on a fait les arts décos de Strasbourg tous les deux avec, d’abord, l’envie d’être auteurs… Les livres 2024 étaient supposés se rembourser plus ou moins, sans plus, autorisant une grande liberté éditoriale, à condition qu’on puisse gagner nos vies ailleurs. Ceci étant, on s’est rapidement retrouvés à bosser à plein temps pour la maison d’édition — à partir de Lemon Jefferson (Simon Roussin) et Canne de fer (Léon Maret), à vue de nez (fin-2012 début 2013) : les livres marchaient un peu plus que ce qu’on avait pensé, on était assez sollicités par leur accompagnement, et il faut bien dire qu’on apprenait tout ce métier en même temps qu’on le découvrait : tout ça nous demandait une énergie folle ! À partir du moment où l’on s’est dit qu’on s’y consacrait pleinement, le projet devait nécessairement évoluer ; dans les faits, il nous aura fallu bosser encore trois ou quatre ans avant de nous rémunérer (on gardait un jour/semaine pour qqs charges d’enseignement ou des commandes), et on est à peine, aujourd’hui, à l’équilibre, alors qu’on va fêter nos dix ans l’an prochain. Les années passant, on est quand même de mieux en mieux formés au suivi d’un livre, ce qui nous permet d’assumer plus de nouveautés par an sans perdre complètement pied. Vis-à-vis du système de diffusion, c’est également plus facile d’exister, et donc, de mieux défendre l’ensemble des livres, en ayant une existence plus visible en librairie.

L’autre principal moteur qui nous a poussé à accélérer, c’est tout simplement les auteurs avec qui l’on travaille : à moins de refuser leurs projets — ce qui n’aurait souvent aucun sens éditorialement : on travaille avec des autrices et auteurs qu’on a envie d’accompagner sur la durée — on n’a pas eu vraiment d’autre choix que de proposer plus de dates de sorties sur l’année !

Et ce n’est pas un souci en soi : avec 8/10 livres par an, on est encore loin d’être responsables de la surproduction qui étouffe le système ; l’équipe s’est agrandie pour continuer à les porter du mieux qu’on peut, et on continue de ne publier que des livres dans lesquels on croit sincèrement. Le projet de base a certes évolué, mais on se reconnait encore complètement dedans, on aime le catalogue qu’on construit et les auteurs avec qui on travaille, donc…

La fermeture de la maison d’édition en 2024, sous prétexte que vous serez “des vieux”, “un bel éditeur installé” avec “des beaux bureaux, avec des fauteuils en cuir” qui “se fera balayer par des nouvelles structures”, est-elle toujours programmée ? Il y a sept ans, vous disiez qu’en 2024, il “sera temps de se retirer, de faire un bûcher de tous nos stocks, de s’en aller vers le cimetière des éditeurs”. Humour ou lucidité (les deux n’étant pas incompatibles) ?

La vérité c’est que 2024 nous paraissait réellement très hors de portée quand on a lancé la structure ; on venait de la micro-édition, où les projets tiennent quelques années en général… on imaginait mal avoir encore de l’énergie quatorze ans après…

Le problème, c’est que 2024 arrive beaucoup plus vite que prévu ! À l’heure où on se parle, on a déjà une idée assez claire des bouquins qu’on publiera jusqu’à la fin 2021… alors, tout stopper en 2024, ce sera sûrement trop frustrant. Les auteurs avec qui on a démarré le catalogue sont encore loin d’avoir achevé leur Grand Œuvre… et de nouvelles têtes enthousiasmantes nous rejoignent, repoussant d’autant l’échéance ! Et de toutes façons, on est encore loin des beaux bureaux avec les fauteuils en cuir… Louis a fait couler du nuoc-mam au milieu du bureau et ça fait deux semaines qu’on se colle les pieds dessus, parce qu’il faudrait ranger un peu autour pour nettoyer et, crois-moi, ça paraît insurmontable.

S’arrêter le jour où l’on s’ennuie, où l’on croit moins aux projets sur le feu : j’espère qu’on aura la lucidité de le faire ; mais vu d’ici, ce sera toujours aussi excitant en 2024… j’ai bien peur qu’il nous faille trouver d’ici là une pirouette pour continuer un peu.

Des trois chantiers en cours chez 2024 – éditer vos compagnons de route, souvent anciens élèves des Arts-déco de Strasbourg ; rechercher des complices potentiels à l’extérieur, comme Tom Gauld ; rééditer le patrimoine, parfois en coédition avec la BnF – le premier reste le plus actif, et conséquent en ce qui concerne le nombre de volumes publiés. Recherchez-vous de nouvelles ouvertures, avez-vous des emballements ponctuels (j’ai cru comprendre que vous avez failli rééditer Sotf City de Pushwagner) ?

On est arrivé bien après la bataille concernant Soft City, c’est vrai qu’on aurait aimé travailler dessus. Le patrimoine —dans une acception très large, d’ailleurs, on ne parle pas forcément de livres forcément très anciens, mais simplement d’un livre terminé et indisponible — c’est un travail hyper enrichissant. On est seuls moteurs sur ces projets, c’est assez gratifiant, mais le cœur de notre catalogue doit rester la création contemporaine. On est ravis d’avoir encore des emballements, oui ; ça peut autant être pour une vieille image mystérieuse qui nous pousse à creuser autour pour découvrir un auteur ou une œuvre oubliée, que pour un travail d’étudiant qu’on voir passer sur internet… S’engager avec un nouvel auteur, dans la mesure où on se projette en général sur plus qu’un seul livre (et qu’on ne veut pas non plus grossir plus que de raison), doit quand même se réfléchir assez mûrement. En général on essaye de laisser reposer un peu l’emballement avant de prendre une décision.

Jim Curious. Mathias Picard

La principale ouverture nouvelle sur laquelle on travaille, c’est la création d’une collection plus ouvertement jeunesse : 4048 ; dans les faits, certains livres 2024 sont déjà très accessibles pour de jeunes lecteurs, mais encore une fois, le système de diffusion a ses règles, et c’est, selon, nous, une meilleure façon de défendre ces bouquins que de créer un label identifié. Du coup, certains livres du catalogue vont se voir intégrés dans cette nouvelle collection et, dans le même temps, le fait d’ouvrir cette porte déclenche aussi de nouveaux projets. Plusieurs des auteurs du catalogue avaient des envies d’albums jeunesse, nous aussi… donc allons-y !

Pour se donner le beau rôle, on pourrait dire que nous sommes les showrunners du programme 2024, diffusé par notre fidèle et valeureux distributeur : les Belles Lettres. Dans ce scénario choral, les protagonistes / auteurs poursuivent chacun un but distinct. Et ces arcs narratifs se croisent parfois (Anouk Ricard avec Etienne Chaize), tel auteur influencé par tel autre du catalogue. Les aspirations de nos auteurs évoluant de saison en saison, le spectre de 2024 s’agrandit ainsi (jeunesse, bd érotique, recueil de dessins). Il est plus intéressant de notre point de vue d’orchestrer ce joyeux bordel, de nous laisser embarquer dans les pérégrinations graphiques et narratives de nos auteurs que de (trop) borner le catalogue.

Parmi les nouveautés 2024, on trouve de plus en plus souvent des livres faits à quatre mains ou en collaboration. Êtes-vous les commanditaires de ces ouvrages (tels des entremetteurs – des “marieurs”) ? Croyez-vous à l’idée du collectif – de l’émergence d’un “nous” ?

Il n’y a pas de règles. Donatien Mary vient de terminer son troisième livre pour nous, et ce sera sa troisième collaboration : après Didier de Calan et Sophie Dutertre, il co-signe le Roi de la Lune avec Bérengère Cournut (sept.2019). Dans le cas de Donatien, il s’agit à chaque fois de collaborations menées à son initiative. Donatien travaille avec fougue et enthousiasme, se laisse embarquer dans des projets collectifs facilement et ce n’est pas un hasard si c’est avec lui que nous avons démarré, avec Les Derniers dinosaures. Ceci dit, on n’a pas trop vocation à faire les marieurs a priori ; l’idée est de suivre la démarche des auteurs, de construire à partir de leur impulsion plutôt que de se figurer un livre et de trouver ensuite les auteurs pour le faire. Donc quand le livre se construit à quatre mains de façon organique : super, aucun problème. J’ai l’impression qu’avec les albums jeunesse ceci-dit, on va rencontrer une demande plus forte, de la part des dessinateurs que l’on sollicite, pour être mis en relation avec un écrivain… on va bien voir.

Les Derniers dinosaures. Didier de Calan & Donatien Mary

Mais jusqu’ici, les seuls livres dont on a été un peu « commanditaires », ce sont les grands formats (Prisonnier des Glaces, Helios, lAnnée de la Comète…). Ce sont les seuls livres réellement pensés comme une collection au sein du catalogue — même si, de temps à autre, il nous arrive de reprendre un même façonnage pour deux livres qui nous semblent se répondre d’une façon ou d’une autre. On avait envie de ces grands livres, et c’est avec une idée précise de format/pagination qu’on a proposé à Simon, Etienne et Clément d’y réfléchir. Mais ça ne va pas plus loin, libre à eux ensuite d’investir le truc ou pas ; de notre point de vue, leur travail se prêtait super bien à ces objets, et on avait envie qu’ils s’y collent, mais ça n’a abouti que parce que l’envie s’est avérée réciproque.

Le seul autre cas où l’on a un peu déclenché le mariage, c’est pour Boule de feu : Anouk Ricard et Etienne Chaize, qui ne se connaissaient pas vraiment. Anouk avait posté quelques images sur Facebook de son fidèle moustachu, qu’elle intégrait dans des genres de tableaux kitschissimes d’Heroïc fantasy qu’elle piochait ici ou là. On en a discuté avec Anouk, pour lui dire qu’Etienne savait tout à fait faire ce genre de décors, on avait très envie de voir ce qu’ils pourraient faire en bossant ensemble, et ils ont carrément bien rebondit sur l’idée ! Etienne avait un titre en tête : « Boule de feu », et ils sont partis de ça pour construire le livre. Etienne avait déjà l’expérience de tels projets : dans Quasar contre Pulsar, il avait déjà travaillé en s’associant pour le dessin avec Alexis Beauclair (sur un scénario de Mathieu Lefèvre) : Alexis proposait le découpage et le dessin au trait, puis Etienne les lumières, décors, et autres « effets spéciaux ».

L’idée du collectif est plaisante. On a bien démarré sur les ruines fumantes du Collectif Troglodyte (de la micro-édition) : Donatien Mary, Matthias Picard… de gens desquels nous sommes proches (on passe encore régulièrement nos vacances ensemble). Mais on en peut pas construire 2024 uniquement là-dessus. Le risque à n’éditer que le cercle des copains (nos camarades de promo essentiellement), c’est de tourner en rond à un moment, d’être un peu largués. Bon, on est encore curieux de lire de nouvelles choses, donc on espère que ça nous préservera qqs temps de la sclérose. Ça rejoint ce qu’on disait tout à l’heure : si, à un moment, ça sent le moisi chez 2024, ce serait bien qu’on arrive à s’en rendre compte…

Après, pour revenir à l’idée de collectif et l’existence d’un « nous », je crois qu’on travaille encore nettement dans cet esprit ; en tous cas les échanges avec les autrices et auteurs sont plus que strictement professionnels, et ils se connaissent tous aussi, sont souvent proches. Autant pour eux que pour nous, toute cette aventure requiert pas mal de détermination et des choix forts : il peut y avoir de l’orage, mais on est tous là, avant tout, parce qu’on a envie de bosser ensemble, sinon à quoi bon…

Alors qu’une sévère crise de l’édition s’installe, vous semblez ne pas être touchés, publiant de plus en plus de très beaux livres, impeccablement façonnés, pour des prix plus que corrects. Illusion ou réalité d’une très belle réussite ? Est-ce une chance de vivre et travailler dans une grande ville de province, qui plus est traditionnellement portée vers les arts graphiques, comme Strasbourg ?

Nous commençons tout juste à nous payer et, pour les 18 prochains mois, les perspectives semblent assez bonnes ; en tous cas on a confiance dans les projets prévus. Vu qu’on fait plus de livres, on a besoin de plus de bras, donc l’équipe s’est aussi pas mal agrandie (on va bientôt être l’équivalent de 4 plein-temps). Nous sommes plus efficaces qu’au début en ce qui concerne la charge de travail, les projets que nous sommes capables de porte. Et nos auteurs commencent pour certains à rencontrer leur public, ou plutôt un public. On grandit en même temps que nos auteurs s’installent, et inversement.

Et clairement, le fait de travailler à Strasbourg nous est favorable : l’illustration et la bande dessinée est bien soutenue par la ville ; le milieu est vivant et dynamique : Central-Vapeur, la HEAR (anciennement : École des Arts Décoratifs), le musée Ungerer… Grâce à Central Vapeur, on va rejoindre une friche industrielle qui est en train d’être réhabilitée, et qui devrait devenir un lieu culturel vivant ; les conditions de travail là-bas font très envie ! Nous sommes également bien soutenus par la Région, ce qui n’était pas le cas à nos débuts. Disons qu’à Paris, ce serait probablement impensable de devenir un maillon identifié du tissu culturel ; ici, le paysage est plus ouvert — et la vie bien moins chère…

(Propos recueillis par e-mail entre avril et juin 2019)

On pourra lire une recension de Capitaine Mulet de Sophie Guerrive en suivant ce lien () et de Le premier bal d’Emma de Sophie Dutertre & Donatien Mary en suivant ce lien.