Ailton Krenak est l’un des plus importants leaders autochtones au Brésil. Engagé dans la lutte écologiste et la défense des droits amérindiens depuis sa jeunesse, il a joué un rôle important dans la rédaction de l’article relatif aux peuples autochtones dans la nouvelle Constitution brésilienne de 1988. En 2015, les terres traditionnelles du peuple krenak (état du Minas Gerais) ainsi que la rivière Rio Doce sont ravagées par une coulée toxique provoquée par la rupture du barrage de contention de minerais de l’entreprise Samarco. En 2019, Ailton Krenak publie un recueil de textes, Idées pour retarder la fin du monde (Éditions Dehors, 2020), autour des cosmovisions amérindiennes et de leur capacité à « créer des mondes ». Au Brésil, il vient de publier deux autres ouvrages courts, tout aussi percutants (La vie n’est pas utile et Notre lendemain n’est pas en vente, 2020).
Manifestation nationale contre la politique de Blanquer et Vidal. Reportage photo de Jean-Philippe Cazier.
Avec Bilan métaphysique après Auschwitz, Didier Durmarque s’efforce de comprendre, en quelques pages resserrées, comment Auschwitz impose un questionnement métaphysique auquel la littérature nous donne accès. Il ne s’agit pas, pour l’essayiste, de valider ou non l’existence de Dieu mais de se demander pourquoi l’idée de Dieu mérite d’être réinterrogée après Auschwitz. Or poser cette question revient, inévitablement, à en formuler une autre : « qu’est-ce que l’homme ? ».
Splendide, émouvant et troublant de beauté : tels sont les quelques mots qui viennent à la lecture de La Fille du Bois d’Anne Maurel qui vient de paraître chez Verdier. Dans une langue qui rend l’émotion sans jamais céder au lyrisme, en mettant un point d’honneur à refuser toute emphase, Anne Maurel revient, en ce premier récit, sur le destin de son grand-père. Davantage figure que personnage, le grand-père est le cœur nu et noir, sans cesse dérobé, détaché de toute archive, d’un récit vocal qui impose Anne Maurel comme la grande révélation de cette rentrée. Diacritik ne pouvait manquer d’aller à sa rencontre le temps d’un grand entretien.
« Sur ce, mon interlocuteur regarda un instant dans le vague, puis détourna les yeux, pour les fixer sur la maison.
C’est la respiration de ce début d’année 2021, une série française qui ne sacrifie rien à l’exigence et fait souffler un vent de surréalisme fou-fou sur le genre de la SF qui en a pourtant vu passer des Envahisseurs, des V et des X (Files).
Philosophie Magazine inaugure son année 2021 par une livraison spéciale qui reprend 21 articles parus dans la presse internationale en 2020 et qui traitaient, à travers les textes de philosophes et de spécialistes des sciences humaines, de l’actualité dans le monde. Or, ce fut, et c’est peu de le dire, une actualité envahissante et douloureuse. Signalons que les articles retenus ont été sélectionnés par Martin Legros, Octave Larmagnac-Mattheron et Julie Davidoux. Et ceux-ci ont réussi à constituer un ensemble varié et prestigieux, avec quelques grands noms mais aussi l’un ou l’autre oubli (on pense à une Vinciane Despret, proche de Bruno Latour et dont le discours sur le règne animal incite à voir le monde autrement).
Mercy, petite ville de l’Oklahoma, est ravagée par une tornade de catégorie 5 : les orphelins McCloud deviennent l’image médiatique de la tragédie. Darlene, l’aînée des enfants, doit sacrifier son avenir pour élever la fratrie mais Tucker, ne supportant plus la pression médiatique et les déséquilibres du monde, prend la fuite, entraînant bientôt sa plus jeune sœur, Cora, neuf ans, dans un road trip vers l’Ouest qui est, de fait, une expédition punitive contre ceux (organisations comme humains) qui maltraitent les animaux.
Manifestation nationale contre les licenciements. Paris, 16 janvier 2021. Reportage photo de Jean-Philippe Cazier.
En 2009, Lilian Thuram a fait paraître Mes Étoiles noires. Il y égrenait les figures qui ont été pour lui des modèles, « de Lucy à Barack Obama » : une entreprise de lutte contre le racisme en augmentant nos savoirs et nos imaginaires. Dix ans plus tard, c’est sous un autre angle qu’il poursuit cette percée à partir d’une inversion de la question. « Qu’est-ce que c’est être Blanc ? ».
Fugitif, où cours-tu ?, d’Elisabeth Perceval et Nicolas Klotz, s’ouvre sur des images de la terre, du ciel – une terre qui n’est pas travaillée, ordonnée, domestiquée, mais à l’abandon, comme détruite. Une terre à la marge, une plage battue par les vents, par l’air marin. Le parti pris est matérialiste : filmer la matière, les choses, les corps, et filmer la parole de ceux et celles qui « habitent » sur cette terre, dans ces lieux où l’on n’habite pas mais où l’on essaie de survivre, d’inventer une vie, en attendant.
Mécanique de la chute de Seth Greenland paraît en poche aujourd’hui, cinquième roman d’un auteur fidèlement publié chez Liana Levi dans des traductions de Jean Esch. L’histoire commence alors qu’Obama achève son premier mandat et, dans des pages magistrales, Seth Greenland prend le pouls d’une Amérique contemporaine en fragile équilibre sur ses conflits interne, il bâtit sa fresque narrative à mesure que s’écroule l’empire financier bâti par Harold Jay Gladstone, en une comédie humaine et sociale qui tient tout autant de Balzac que du Tom Wolfe du Bûcher des vanités.
Cette fois encore, il nous faudra passer par quelques sentiers plus ou moins privés du terrain vague, là où sont déposés nos souvenirs. Le 7 janvier, j’ai subi une anesthésie générale. Rien que de très banal de nos jours. Une semaine plus tard, tentant de rendre compte de quelques lectures achevées peu avant cette opération, je constate que si la plupart d’entre elles me restent encore assez précisément en mémoire, la dernière, effectuée la veille et l’avant-veille de cette opération, s’est quasiment effacée : de ces quelques heures de lecture ne demeure qu’une vague impression, plutôt positive d’ailleurs ; mais pas la moindre trace de quelque chose de concret.