2 extraits de l’album « There Is No Other… » (Cooking Vinyl, 2020).
À première vue c’est un texte d’un seul jet, le plus souvent sans majuscule ni point, qui s’offre à nous tambour battant de la première à la dernière page. Sous cette forme élégiaque, rythmée comme une prière, le propos alterne les points de vue civil et militaire pour évoquer la sinistre Conquête de l’Algérie par la République française, une période historique qui s’étend de 1830 à 1847. Mais aucune date n’est citée ici, car les personnages sont nos seuls repères.
1.
Commençons cette fois par un film. Juste sous vos yeux, 26e long métrage du prolifique Hong Sangsoo, sort en salles ce 21 septembre. Je ne l’ai vu à ce jour qu’une seule fois – ce qui est insuffisant à mon sens pour en parler avec précision –, mais il me suffit de clore les paupières, de me concentrer quelques secondes, de m’abandonner à une brève rêverie, pour que, non seulement des images, mais aussi des sons, reviennent, avec une clarté étonnante. Ainsi, de jour en jour, se renforce le sentiment d’avoir été en présence d’un objet cinématographique d’une grâce – d’un mélange de légèreté et de gravité – peu commune.
« Tout cela les avait fait pleurer, tous les deux, lui et sa fidèle Magdalena, quand le docteur Müthel leur avait dit que Gottfried Heinrich était simple d’esprit, qu’il grandirait comme les autres enfants, mais qu’ils ne pouvaient pas lui demander le moindre effort mental, parce qu’il n’avait pas de pensée.
Autofiction, le neuvième album du groupe anglais Suede, s’ouvre sur un titre évoquant la mère disparue du chanteur Brett Anderson : She still leads me on a une rage électrique sidérante et son refrain appuie là où c’est complexe, anguleux, incestueux.
Du 22 au 25 septembre, aura lieu à Vincennes la nouvelle édition du Festival America, manifestation littéraire consacrée aux auteur.e.s d’Amérique du Nord (États-Unis, Canada, Québec, mais aussi Mexique, Cuba, Haïti, Jamaïque, etc.). Le salon du livre qui se tient à l’occasion du festival rassemblera une trentaine de maisons d’édition françaises et étrangères. Le festival proposera cette année encore de nombreux rendez-vous, rencontres, débats, lectures, concerts, expositions, masterclass, etc.
Le Discours des autres rassemble des textes du critique d’art états-unien Craig Owens, théoricien du postmodernisme et des politiques de la représentation, en particulier féministes, gay et postcoloniales. Publié par les éditions Même pas l’hiver, l’élégant recueil rouvre un chapitre méconnu mais fondamental de l’histoire de l’art et de la critique d’art, en même temps qu’il fournit des jalons essentiels pour penser les politiques de l’art.
S’il ne fallait donner qu’une raison – une seule, pas deux, pas trois ni même la somme de toutes les (bonnes) idées argumentées, professées, déclinées par Adélaïde Bon, Sandrine Roudaut et Sandrine Rousseau dans ce grand petit livre paru au Seuil dans sa collection Libellé –, elle serait tout entière contenue dans la réception critique de Par-delà l’androcène.
Son titre le suggère, Musée Marilyn est un livre conçu et construit comme une exposition, « Volte-face, Marilyn comme vous ne l’avez jamais vue ». Là est le paradoxe d’une icône sans cesse écrite, filmée, photographiée, peinte et demeurant insaisissable. Le halo qui l’entoure l’extrait du monde tout en laissant entrer tous les regards. Marilyn Monroe, sur-exposée et in-connue. Anne Savelli a porté ce livre pendant sept ans, les éditions Inculte nous l’offrent enfin et jamais, depuis Blonde de Joyce Carol Oates, vous n’aurez eu à ce point le sentiment d’approcher le mystère, de le lire dans son opacité même. Il s’agit moins de redécouvrir Marilyn que de la rencontrer, nous dit le guide. Soit la comprendre, au sens propre du terme, rassembler, tenir ensemble tout ce qui (nous) échappe.
C’est un livre événement, sans doute aucun, l’un des plus importants essais parus cette année : Qui parle ? (Pour les non-humains) de Kantuta Quirós et Aliocha Imhoff, qui paraît aux PUF dans la collection « Perspectives critiques » reprend, avec force, la question du « qui parle ? » afin de la poser à l’ère anthropocène. Comment donner ainsi la parole, en notre temps, à ceux qui ne peuvent la prendre, animaux, machines, végétaux ? Ne faut-il pas inventer ce qu’on pourrait nommer une politique du silence qui rendrait la démocratie à la démocratie en l’élargissant hors de l’humain ? Autant de questions passionnantes et fondatrices que Diacritik est allé poser aux deux essayistes le temps d’un grand entretien.
« Je n’aime pas le théâtre » : ainsi s’ouvre le spectacle de Tiago Rodrigues.
« Nous cherchons des mots, peut-être cherchons-nous aussi des oreilles » clamait lumineux de confiance Nietzsche dans Le Gai Savoir en une formule sans trêve qui pourrait tenir lieu de préambule à Mourir et puis sauter sur son cheval, le magistral roman de David Bosc, fiévreux récit de douleur, qui sort en poche chez Verdier.
Thésée, sa vie nouvelle de Camille de Toledo sort en poche chez Points. Ce roman conte, comme une traversée de la nuit et de la douleur, le destin de Thésée qui, après le suicide de son frère, plonge dans son histoire familiale. Magnifique et bouleversant, Thésée, sa vie nouvelle œuvre entre le poème, l’enquête et l’archive pour offrir une rare leçon de vie. C’est à l’occasion de la parution en grand format chez Verdier de ce remarquable livre, sans doute son meilleur à ce jour, que Diacritik avait choisi de rencontrer son auteur, pour un entretien que nous re-publions aujourd’hui.
Maître Susane, 42 ans, est une avocate qui vient de s’installer à son compte à Bordeaux lorsqu’elle reçoit Gilles Principaux, le 5 janvier 2019 : sa femme Marlyne a tué leurs trois enfants et il souhaite que Me Susane la défende. Ce pourrait être l’Affaire permettant à l’avocate de sauver son cabinet, ce sera surtout le début d’une descente aux enfers pour la jeune femme, persuadée de reconnaître Gilles Principaux mais ne parvenant pas à démêler le souvenir qui lui est associé. Que s’est-il passé dans la chambre du jeune garçon il y a des années de cela ? Elle avait 10 ans, lui 14, pourquoi ne semble-t-il pas s’en souvenir ? Et quelle sera cette vengeance annoncée par le titre énigmatique du livre de Marie NDiaye ?