2024 est l’année du centenaire de la mort de Franz Kafka, le 3 juin 1924. Logiquement, les publications et rééditions s’empilent, au risque de la saturation : fin de la trilogie de Reiner Stach au Cherche-Midi et parution au Livre de poche du tome 1, rééditions d’œuvres, dont le Milena de Margarete Buber-Neumann chez « Fiction & Cie » (Seuil), parution de La Vie après Kafka de Magdaléna Platzová (Agullo), J’irai chercher Kafka. Une enquête littéraire de Léa Veinstein (Flammarion) etc. Parmi tous ces livres, retour sur le tome 2 de la trilogie de Reiner Stach, Kafka. Le Temps de la connaissance, paru en novembre 2023.
Category Archive: Livres
L’actualité des publications françaises et étrangères ; fiction et non fiction. Sans exhaustivité, parce qu’elle est impossible et sans contrefaçon (mais pas que par des garçons). Des choix, des passions, de grosses colères aussi. La lecture des têtes de gondole que nous mettrons parfois au carré. Des portraits des acteurs du monde du livre. De longs entretiens parce qu’un livre ou une collection, ce ne sont pas deux ou trois phrases choc. Et parce que l’actu est trop souvent un diktat (et une course contre la montre perdue d’avance), de grands livres publiés dans les mois ou les années, voire les décennies et même siècles qui précèdent, parce que les grands livres n’ont pas de date de péremption.
Chaque femme est un corps. Tous les corps sont mortels. La femme est mortelle. Je me souviens du syllogisme au cours de philosophie de Terminale, imparable, qui m’assurait preuve à l’appui que Socrate était bien mort il y a des siècles et des siècles. Tous les hommes sont mortels, dont Socrate, etc.
Dernier livre en date du poète espagnol, Le sentiment de la vue se compose de 63 poèmes écrits entre 2003 et 2015. Il s’agit du premier livre de Miguel Casado intégralement traduit en français (par Rafael Garido et David Lespiau). Parallèlement à son travail de poète, Miguel Casado a produit une importante œuvre critique et de traduction. Cet entretien avec Miguel Casado mené par Emmanuèle Jawad est traduit du castillan par Rafael Garido.
Alors que, depuis octobre 2023, ce qui se présente sous les allures d’une riposte contre le Hamas se révèle être une entreprise de nettoyage ethnique, voire génocidaire, que les États et institutions internationales ne prennent aucune mesure efficace, que certains gouvernements participent en livrant des armes, en criminalisant toute dénonciation de la politique de l’État israélien, Elias Sanbar, dans La dernière guerre ?, explicite ce qui se déroule sous nos yeux, détermine les responsabilités, clarifie les termes, esquisse les lignes possibles d’un futur peut-être commun.
Revue de poésie critique, Attaques croise des interventions (poétiques, artistiques, théoriques) d’auteur.e.s d’Europe, du continent africain et d’Amérique Latine, en confrontant les réalités et les modernités des différents continents, des différent pays et en réinterrogeant la notion d’engagement.
Voilà une promesse bien ambitieuse, serait-on en droit de dire, vitupérant en même temps sur ces critiques et leur faculté disproportionnée pour s’enthousiasmer – car un tel titre est forcément déceptif, en plus d’être outrecuidant ; avec une telle annonce, il y a plus de chances d’être déçu que contenté. Pourtant l’enthousiasme est un bon fanal, et l’hubris d’une telle proposition (que vous confirmerez ou infirmerez, une fois le livre lu) n’est pas gratuite.
27 secondes et 15 coups de couteau ont, le 12 août 2022, changé la vie d’un homme et d’un auteur. Comme l’ont déclaré les écrivains mobilisés du PEN club, ils ont aussi fait basculer le monde. Salman Rushdie, visé depuis 1989 par une fatwa a été attaqué par A., à Chautauqua (État de New York). « C’est donc toi. Te voilà », écrit Salman Rushdie, miraculé (un terme qu’il récuse et commente), dans Le Couteau qui vient de paraître chez Gallimard.
Sous l’influence des crônicas de Clarice Lispector, une série de textes du poète américain Guy Bennett, publiés dans Diacritik tout au long de l’année 2024.
Tomber dans les griffes d’un ours, se faire arracher la mâchoire d’un coup de patte, c’est inquiétant, traumatisant. Pourtant ce n’est dans Croire aux fauves ni un accident, ni un parcours de soin, ni une résurrection que nous offre Nastassja Martin. Croire aux fauves est plus proche du voyage onirique comme du rite de passage : c’est un récit de métamorphose comme le sont certains mythes autochtones, capables de transformer le monde au fur et à mesure qu’ils sont énoncés. Automne, hiver, printemps, été. C’est dans cet ordre que la jeune anthropologue française nous fait suivre sa transfiguration, vivre la métamorphose.
En 2014, Eula Biss achète une maison et elle entre ainsi dans « l’escalier en colimaçon » de l’avoir et se faire avoir, comme le condense le titre de son livre, articulation d’éléments contradictoires pour dire des sentiments eux-mêmes complexes face à cet achat quand on ressent aussi un « inconfort face à ce confort ». Devenir propriétaire sera pour l’autrice l’occasion de réfléchir à de grands sujets (le capitalisme, l’art) à travers de petites choses, de penser des phénomènes sociaux et collectifs via son cas particulier, faisant d’Avoir et se faire avoir un texte singulier, ni vraiment essai ni pleinement roman, journal et recueil de moments et de lectures, selon la facture si singulière que quelques autrices américaines impriment au genre de l’essai (déconstruit, et comme froncé) qui devient une « expérience de démantèlement de soi ».
« Ma Patrie, ma famille, c’est la Terre qui tourne, la brise du vent, les nuages qui passent, l’eau qui se verse, le feu qui chauffe. Herbes vertes – herbes sèches – de la boue, de la neige », écrit Brancusi, probablement sur une feuille volante, de celles que l’on peut raccorder à une autre par montage : « Je suis le roi qui chie sur sa couronne. Je suis le Dieu qui se suicide. Je suis l’esclave qui chercher la liberté en priant Dieu de ne pas la trouver. »
« J’aimerais mieux pas » est devenu célèbre comme une des traductions possibles du « I would prefer not to » énoncé par Bartleby dans la nouvelle de Herman Melville (1856). « J’aimerais mieux pas » et « je préférerais » reviennent dans le livre de Cathy Jurado comme les amorces de huit longs poèmes sur la condition féminine.
Paul Auster est mort hier à l’âge de 77 ans. En hommage à au grand auteur américain, Diacritik republie cet article de Christine Marcandier, à propos de 4321, l’un de ses plus grands livres.
Peut-être Paul Auster, imaginant Ferguson, s’est-il souvenu de Rimbaud : « À chaque être, plusieurs autres vies me semblaient dues », tant ce délire pourrait être le creuset romanesque de 4321 et de son personnage central démultiplié. Ferguson est d’ailleurs moins un personnage qu’une figure, surface de projection comme mise à distance de son auteur, un moteur fictionnel comme une interrogation de ce qui pourrait fonder une identité américaine comme notre rapport au réel.
Paul Auster est mort hier à l’âge de 77 ans. En hommage au grand auteur américain, Diacritik republie cet article de Julia Simon sur son dernier livre, publié en France aux éditions Actes Sud.
Sy Baumgartner est professeur de philosophie à Princeton, veuf depuis une dizaine d’années. Un matin, alors qu’il poursuit l’écriture d’un essai sur les pseudonymes de Kierkegaard, dans son bureau au premier étage de sa maison, il descend chercher un livre oublié la veille dans le salon. S’enclenche alors une série de hasards et coïncidences, motif central de l’œuvre de Paul Auster, comme un étoilement d’effets papillon, qui provoque un puissant effet d’anamnèse. Un double huis clos sert de cadre au récit, la maison de Princeton, le cerveau de Baumgartner, avec échappées mémorielles et réflexions sur le sens d’une vie, de toute vie, quand un deuil frappe et qu’une vie doit (ou non) se reconstruire.
Que peut l’écriture ? Comment rapprocher les êtres et se jouer des failles ? C’est sans doute cette énigme qui aimante Fanny Lambert, dont l’œuvre poétique et romanesque s’essaie aux nombreuses formes du langage pour relancer le jeu du désir. Nourrie par le cinéma et les arts plastiques, elle interroge la place des corps, de l’amour ou de l’absence, de ces présences vivantes que l’instant fait et défait tout à la fois. Cet entretien revient sur son parcours d’écriture, se faisant l’écho d’une création contemporaine forte et insituable, voix singulière hantée par ce qui nous échappe et mue par les sensations.