Eric Hazan, écrivain, éditeur, fondateur de La Fabrique éditions, est mort aujourd’hui. Né en 1936, chirurgien, il avait repris, en 1983, la maison d’édition de livres d’art de son père, avant de fonder la sienne, en 1998, La Fabrique, indéfectiblement indépendante. Piéton de Paris, Eric Hazan défendait les causes qui lui étaient chères à travers les textes qu’il écrivait ou éditait. Son esprit de résistance et de combat manquera, alors que l’édition se voit toujours plus colonisée par l’extrême-droite. Demeurent ses livres et sa maison, qu’il avait transmise. Lire, résister : c’est en hommage à ses deux mots d’ordre, qui sont aussi les nôtres, que Diacritik republie un article qui lui avait été consacré, en 2017.
Category Archive: Livres
L’actualité des publications françaises et étrangères ; fiction et non fiction. Sans exhaustivité, parce qu’elle est impossible et sans contrefaçon (mais pas que par des garçons). Des choix, des passions, de grosses colères aussi. La lecture des têtes de gondole que nous mettrons parfois au carré. Des portraits des acteurs du monde du livre. De longs entretiens parce qu’un livre ou une collection, ce ne sont pas deux ou trois phrases choc. Et parce que l’actu est trop souvent un diktat (et une course contre la montre perdue d’avance), de grands livres publiés dans les mois ou les années, voire les décennies et même siècles qui précèdent, parce que les grands livres n’ont pas de date de péremption.
25 mai. Le palmarès de Cannes vient de tomber et, n’étant pas adepte de la critique d’opinion, je n’ai rien à en dire, sinon que quelques films pas encore sortis attisent le désir, non de s’en faire une idée, mais de s’immerger dans ce qu’ils charrient potentiellement de jamais vu ou entendu. Il faudra donc s’armer de patience avant de déposer quoi que ce soit à leur sujet.
Édouard Louis : « La liberté a un prix, un prix que ma mère ne pouvait pas payer » (Monique s’évade)
Une nuit, alors qu’il est en Grèce, Édouard Louis reçoit un appel de sa mère. L’homme avec lequel elle vit, ivre, l’insulte et la menace. Cette scène se répète mais elle a caché cette violence récurrente à son fils qui la pensait libérée après la rupture avec son père. Cette scène est celle de trop, il lui faut fuir. Mais comment ? comment fuir quand on a consacré sa vie à ses enfants, qu’on n’a rien à soi ? Le dernier livre d’Édouard Louis, Monique s’évade, est la tentative de dire « le prix de la liberté », sous-titre du livre et défi littéraire.
Le cours de l’eau est un objet étrange, fascinant, qui ne cesse de sortir de son propre cadre, de déborder de lui-même. Si le livre se réfère à un objet – le Code civil –, il trace surtout les lignes de fuite par lesquelles cet objet devient autre chose, en même temps ceci et cela.
Sous l’influence des crônicas de Clarice Lispector, une série de textes du poète américain Guy Bennett, publiés dans Diacritik tout au long de l’année 2024.
« Si Kafka vraiment a écrit, alors quelque chose résistera toujours aux identifications qu’on tentera de faire à son endroit. » Voici comment l’écrivain Frédéric Berthet, alors seulement âgé de 24 ans, envisage l’œuvre du praguois en 1978 dans un texte de dix pages qu’il confie à l’émission Les Nuits magnétiques de France Culture.
Dans À main levée, Lénaïg Cariou, poétesse, chercheuse et traductrice, explore la narration réciproque entre la vue et le toucher à travers un récit prenant la forme d’une traversée des mains errantes. Lénaïg Cariou scrute le désir des mains qui résonnent dans le toucher et se gravent dans l’écrit. La main devient un symbole de la dialectique entre ouverture et fermeture, entre pli et repli, offrant la puissance d’une rencontre à la lisière des surfaces, un point de convergence entre différentes entités, des peaux innombrables émergeant et cohabitant dans un même réseau spatio-temporel.
Le 21 mai dernier, à l’occasion de la publication du livre Poésies critiques, consacré aux œuvres de Liliane Giraudon, de Frank Smith, de Jean-Michel Espitallier, était organisée à la librairie EXC une rencontre dirigée par Rodolphe Perez et réunissant Jean-Philippe Cazier, Frank Smith et Jean-Michel Espitallier. L’entretien ci-après est la transcription de cette rencontre.
Comment concevoir le monde à l’heure de la mondialisation de l’immonde, de la postvérité et de l’injustice climatique ? C’est à partir de cette question générale que Valentin Husson, dans Les cosmologies brisées, réfléchit à ce que pourrait être un rapport au monde aujourd’hui et à la place qui serait celle de l’écologie. Entretien avec Valentin Husson par Alexandre Gilbert.
En matière d’arrachement de l’homme à lui-même, il y a le surréalisme et rien. Georges Bataille est clair au sujet de l’importance de l’avant-garde artistique majeure du XXème siècle lorsqu’il écrit cette phrase à la mi-temps du mouvement en 1948. Annie Le Brun, qui offre cette citation dans une nouvelle édition augmentée de Qui vive. Considérations actuelles sur l’inactualité du surréalisme, paru originellement en 1991, en sait quelque chose en tant que figure de cette constellation d’œuvres et de formes.
Le roman de Mathieu Larnaudie, Notre désir est sans remède, a comme figure centrale l’actrice américaine Frances Farmer. Avec celle-ci, Mathieu Larnaudie choisit non une star du grand écran mais une actrice à la carrière irrégulière, qui connut une existence douloureuse, voire tragique.
Et si l’un des genres majeurs pour penser les liens du réel et de sa mise en récit était la biographie ? Non l’autofiction qui déplace le curseur vers la réinterprétation imaginaire d’une existence attestée, mais bien la biographie. Elle a longtemps été méprisée après des décennies d’œuvre rabattue sur la vie de son auteur puis condamnée par le textualisme faisant fi de tout lien entre l’homme et l’œuvre.
Ella Balaert, originaire d’Avranches, est romancière, nouvelliste, dramaturge, poète. Elle a publié une vingtaine de livres, plusieurs fois honorés par des prix, notamment le prix Boccace 2021 pour son dernier recueil de nouvelles, Poissons rouges et autres bêtes aussi féroces (Des femmes-Antoinette Fouque, 2020). Normalienne agrégée, elle a exercé différents métiers avant de se consacrer entièrement à la littérature au sein des ateliers qu’elle anime et des associations d’auteurs et autrices (administratrice de la SGDL). Elle vient de publier De plume et d’ailes aux Éditions Des femmes-Antoinette Fouque.
En novembre 2023, les éditions Burn~Août publiaient, sous la direction de Vincent Romagny, Politiser l’enfance. Cet impressionnant recueil, dont le titre est inspiré des travaux de Tal Piterbraut-Merx, réunit des textes classiques ou inédits qui dénaturalisent la catégorie d’enfance pour la considérer comme une construction politique.
Sous l’influence des crônicas de Clarice Lispector, une série de textes du poète américain Guy Bennett, publiés dans Diacritik tout au long de l’année 2024.