Les yeux nus est un texte pas anodin, pour plusieurs raisons. Son auteure d’abord, Claire de Colombel (dont il s’agit du premier livre), une artiste pluri-disciplinaire formée à l’École Nationale Supérieure d’Arts de Cergy, ancienne danseuse, maîtrisant aussi les techniques corporelles et vocales liées au travail scénique, et travaillant aujourd’hui comme modèle vivant pour artistes, tout en écrivant. Son sujet ensuite : le métier de modèle vivant et les réflexions de l’auteure sur l’expérience de poser nue. Sa forme : il s’agit d’un journal digne des meilleurs journaux, de par son écriture étonnamment maîtrisée (peut-être même un peu trop, nous verrons pourquoi).
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L’actualité des publications françaises et étrangères ; fiction et non fiction. Sans exhaustivité, parce qu’elle est impossible et sans contrefaçon (mais pas que par des garçons). Des choix, des passions, de grosses colères aussi. La lecture des têtes de gondole que nous mettrons parfois au carré. Des portraits des acteurs du monde du livre. De longs entretiens parce qu’un livre ou une collection, ce ne sont pas deux ou trois phrases choc. Et parce que l’actu est trop souvent un diktat (et une course contre la montre perdue d’avance), de grands livres publiés dans les mois ou les années, voire les décennies et même siècles qui précèdent, parce que les grands livres n’ont pas de date de péremption.
Une écrivaine de ces pays pointe-t-elle le bout du nez dans le champ éditorial et quasiment aussitôt on la compare à Shahrazade, la fameuse sultane conteuse des Mille et une nuits. On comprend alors, à l’égard de cette fiction du passé, l’exaspération d’un certain nombre d’entre elles. Cette exaspération, la Libanaise Joumana Haddad dans son essai décoiffant, J’ai tué Schéhérazade, l’exprime avec clarté : « Je suis convaincue que ce personnage est un complot contre les femmes arabes en particulier, et les femmes en général […] J’en ai assez qu’on en fasse une héroïne (surtout en Occident, mais dans le monde arabe aussi). »
Entre 1870 et 1930, les milieux littéraires anglais firent un gros complexe d’infériorité à l’égard de la France et de ses meilleurs auteurs. Ils estimaient qu’en leur patrie on n’avait aucun souci du style, là où les Français, à partir de Renan et de Flaubert, pouvaient faire état d’une écriture travaillée, élégante et subtile. Virginia Woolf s’émerveilla par exemple d’un Flaubert passant un mois à chercher une expression à même de décrire un chou. Outre-Manche, on parla beaucoup de ce retard sans que Paris pour sa part se souciât de la question comme telle. C’est donc bien là une vieille affaire mais qui a le mérite d’être amusante et de n’être pas terminée.
« Il n’est pas à la beauté d’autre origine que la blessure, singulière, différente pour chacun, cachée ou visible, que tout homme garde en soi, qu’il préserve et où il se retire quand il veut quitter le monde pour une solitude temporaire mais profonde » (Jean Genet)
« Le monde a été fait à l’envers », a dit un jour un vieil homme dans un hôpital psychiatrique à António Lobo Antunes. Un homme que « les médecins appelaient schizophrène » et qui, en proie à ces mots qui le torturaient, a donné au jeune écrivain la plus simple leçon d’écriture qui soit : on ne peut écrire qu’à partir de ce qui précède les mots.
Le pitch de The Catch, actuellement diffusé sur Canal+, est à ce jour l’idée la plus rentable de la décennie : sous couvert d’inventer une histoire originale, la série reprend en tous points les ingrédients d’une recette qui a fait ses preuves dans une déclinaison d’une gémellité à faire pâlir les frères Bogdanov (avant leurs opérations de chirurgie esthétique).
Je peux crier, sans savoir pourquoi je crie, sans douleur réelle. J’attends d’être seul, et j’extrais du corps ce long hurlement jusqu’à l’entendre. Je rentre chez moi en catastrophe, et je me réfugie dans le salon, à la fin de l’après-midi, avec ce besoin imminent d’exploser. Un instant, je demeure là, comme abandonné, incapable de m’asseoir. Je ne forme aucune pensée, et aucun grief contre l’existence, mais je laisse échapper cette plainte animale.
Dans L’Image-Matière, Dominique Peysson questionne les matériaux émergents et en particulier les matériaux responsifs. Les capacités inédites de ces matériaux artificiels conduisent l’auteur à une conception renouvelée de la matière, par-delà les distinctions habituelles entre matière et esprit ou entre matière et forme. S’ils impliquent également de nouvelles possibilités pour l’art, ces matériaux sont surtout, de manière plus radicale, porteurs de nouvelles possibilités pour la pensée autant que pour le monde, dessinant les contours d’un futur encore inimaginable.
Le football n’est pas qu’un jeu où « tout est compliqué par la présence de l’équipe adverse », pour reprendre le bon mot de Jean-Paul Sartre.
En dépit des apparences, « Retour d’un chien » est un texte sans auteur ; ou, du moins, un texte dont l’autorité ou la paternité se voit diffractée dans des relais multiples. Car sans le savoir, ils sont nombreux à avoir écrit ce texte — dans des langues différentes, à des années, voire des siècles d’écart parfois —, et à pouvoir ainsi s’en disputer l’autorité. Que je leur laisse ou leur rends bien volontiers.
Lenz a passé la frontière.
Lenz fuit.
Lenz fuit Lenz.
« Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait », Mark Twain : C’est sur cette épigraphe (citation tirée des Aventures de Huckleberry Finn) que s’ouvre le dernier roman du couple Schwarz-Bart, L’Ancêtre en solitude, histoire d’un livre posthume qui aurait pu ne voir jamais le jour.
L’Occupation est un court, très court roman. Dense. Brut sinon brutal. Un concentré de roman, dont chaque page, chaque phrase éveille d’autres mots en écho, les nôtres bien sûr mais aussi ceux que la littérature a déjà trouvés sur ce sujet qui est un véritable topos : la jalousie.
La nouvelle édition du Marché de la poésie se tient du 8 au 12 juin 2016 à Paris, place Saint Sulpice (75006). Si cette année le Mexique est l’invité d’honneur du Marché, sont également invités des poètes slovènes, néerlandais ou français.
Le 24 juillet 1999, dans sa maison d’été du Maine, sur les bords du lac Kezar, Stephen King reprend la rédaction d’Écriture : Mémoires d’un métier.
Cinq semaines auparavant, à la fin de sa promenade quotidienne, il a été renversé par un van Dodge bleu. Partie inférieure de sa jambe droite brisée, genou droit fendu par le milieu, fracture de la hanche droite, colonne vertébrale entamée en huit endroits, quatre côtes cassées.
Derrida a-t-il été antispéciste ? Répondre à cette question consiste surtout à lire sa philosophie à partir du point de vue animal. Telle est peut-être la révolution qu’il a tentée de faire, en philosophie, comme aucun autre penseur.