La Castiglione fut Circé et Narcisse, une artiste des métamorphoses. Sa quête identitaire prit, durant sa vie, la forme d’un portrait toujours inachevé (plus de 500 photographies) de soi en Autre : c’est cette femme réelle, d’autant plus énigmatique qu’elle se mit elle-même en scène, que Nathalie Léger prend pour centre fuyant de son roman L’Exposition, paru en 2008 et que les éditions P.O.L republient en poche.
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L’actualité des publications françaises et étrangères ; fiction et non fiction. Sans exhaustivité, parce qu’elle est impossible et sans contrefaçon (mais pas que par des garçons). Des choix, des passions, de grosses colères aussi. La lecture des têtes de gondole que nous mettrons parfois au carré. Des portraits des acteurs du monde du livre. De longs entretiens parce qu’un livre ou une collection, ce ne sont pas deux ou trois phrases choc. Et parce que l’actu est trop souvent un diktat (et une course contre la montre perdue d’avance), de grands livres publiés dans les mois ou les années, voire les décennies et même siècles qui précèdent, parce que les grands livres n’ont pas de date de péremption.
Le nouveau roman de Solveig Vialle qui paraît aux éditions Léo Scheer est un sublime éloge de la crise métaphysique sur fond de danse brésilienne.
Le premier roman de Pierre Chopinaud, Enfant de perdition, est indubitablement un des grands événements de cette rentrée d’hiver. Roman somme, épopée fulgurante des désastres et récit d’une éducation négative, Enfant de perdition se donne comme la traversée noire et hallucinée de notre temps, de la guerre en Ex-Yougoslavie jusqu’aux attentats de 2015. A la croisée de Jean Genet, Pasolini et Claude Simon, la langue de Chopinaud invente un phrasé du sensible inédit. Autant de raisons pour Diacritik d’aller le temps d’un grand entretien à la rencontre du remarquable et déjà indispensable jeune romancier.
Que dit le psaume CXXXVII ? Qu’il existe un lien viscéral entre la terre et le chant ; qu’un lieu qu’on ne peut aimer est un lieu qu’on ne peut chanter, et qu’un lieu qu’on ne peut chanter reste une terre étrangère. Le mal du pays est aphone : « Hélas ! leur dîmes-nous, qui pourrait inciter — Nos cœurs tristes et lourds à chanter la louange — De Dieu, sur cette terre et ce rivage étrange ? » (Clément Marot a chanté Sur les fleuves de Babylone, bien avant les Boney M. et les pattes d’éléphant).
Cette rentrée d’hiver 2020 voit paraître le second et très beau roman d’Agnès Riva, Ville nouvelle à L’Arbalète Gallimard. Après le très remarqué Géographie d’un adultère, la romancière déploie ici un récit cristallin, tracé comme une ligne droite et neuve, d’un jeune couple qui s’installe dans une ville nouvelle, en banlieue de Paris. Dans le sillage d’Annie Ernaux qui ne refuserait pas les interrogations formelles de Perec, Riva dévoile la détresse sèche et hagarde d’une jeune femme au début de sa vie. Autant de raisons pour Diacritik d’aller à la rencontre de la romancière dont l’œuvre naissante nous enthousiasme.
L’immense historienne Arlette Farge a voué ses recherches aux vies marginales, aux existences de criminels, ouvriers et anonymes dont les traces ont été tues. Les exhumer ressort de son Goût de l’archive, comme l’énonce le titre de son si bel essai publié en 1989 dans la « Librairie » de Maurice Olender : C’est une manière de « produire du manque là où régnaient les certitudes » et de saisir autrement l’Histoire, depuis des conduites ordinaires, ou, comme Arlette Farge l’écrit dans la très belle introduction de ses Vies oubliées, de plonger dans les profondeurs de l’individu pour faire jaillir « le mystère, la beauté et la folie de la vie ».
Pascal Durand n’a sans doute pas inventé le mot-valise qui coiffe élégamment son récent essai mais il lui donne une rare force en procédant de deux manières.
Love Me Tender, deuxième livre de Constance Debré après le remarqué Play Boy en 2018, pourrait sembler relever de la forme canonique du Bildungsroman, apprentissage de soi comme des barrières que les normes sociales, familiales et morales élèvent face à nos espoirs de conquêtes, aussi bien intimes que professionnelles. De fait ce récit relève d’un canevas que l’auteure forge en composant son œuvre, texte après texte, et que l’on pourrait nommer le roman d’émancipation.
L’année de ses 55 ans – A.A. Waberi est né à Djibouti en 1965 –, l’écrivain bien connu aujourd’hui, nous offre une nouvelle fiction au titre suggestif qui vient encore enrichir une œuvre mosaïque.
Comme ils l’avaient fait pour les précédentes publications de la correspondance de Marguerite Yourcenar, les responsables de l’édition choisissent comme titre de ce volume une citation de Yourcenar elle-même. « Le Pendant des Mémoires d’Hadrien et leur entier contraire ». Avec Une volonté sans fléchissement, 1957-1960 (2007) et Persévérer dans l’être, 1961-1963 (2011) il s’agissait d’extraits qui correspondaient à sa philosophie de la vie.
Spécialiste des questions liées à la colonisation et l’histoire coloniale, Olivier Le Cour Grandmaison a publié en octobre 2019 aux éditions de La Découverte, « Ennemis Mortels » – Représentations de l’islam et politiques musulmanes en France à l’époque coloniale. L’ouvrage est dense et sa démarche prospective, dressant un état des lieux de ce qui s’est écrit à propos de l’islam et des musulmans des colonies, tout particulièrement l’Algérie, au XIXe et au XXe siècle.
« On n’estime pas suffisamment la poésie » : tels sont les quelques mots que, tremblant de lucidité, Novalis lance, au seuil de sa presque mort, alors douloureusement convaincu que l’âge où la poésie serait reconnue comme valeur suprême parmi les hommes n’était pas encore venu.
La connerie est-elle innée, inévitable, inhérente à chacun, affichée ou sournoisement tapie sous les atours d’une intelligence moyenne ou la simple expression d’une bêtise évidente ? Une question complexe (et des réponses qui le sont tout autant) que propose d’embrasser l’ouvrage collectif Psychologie de la connerie, qui paraît aujourd’hui au Livre de poche, enrichi de quatre textes inédits.
En avant avec l’enquête de Zelda Colonna-Desprats : qu’est-ce être romantique aujourd’hui ? La réponse de Nadia Galy, architecte et écrivain.