Neuf et profondément original : tels sont les mots qui viennent spontanément à l’esprit pour qualifier le Manifeste pour une écologie de la différence que vient de faire paraître Hicham-Stéphane Afeissa. En des pages aussi fortes que lumineuses, le philosophe s’interroge sur la manière dont on pourrait mettre un terme au rapport profondément dominateur que les hommes entretiennent avec la nature, et notamment les animaux. Ne vivons-nous pas dans un déni de l’altérité que reconduisent certaines lectures écologiques ? Comment renouer les liens avec la nature et sa puissance créatrice sans l’écraser non plus que la nier ? Autant de questions déterminantes que Diacritik est allé poser au philosophe le temps d’un grand entretien.
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L’actualité des publications françaises et étrangères ; fiction et non fiction. Sans exhaustivité, parce qu’elle est impossible et sans contrefaçon (mais pas que par des garçons). Des choix, des passions, de grosses colères aussi. La lecture des têtes de gondole que nous mettrons parfois au carré. Des portraits des acteurs du monde du livre. De longs entretiens parce qu’un livre ou une collection, ce ne sont pas deux ou trois phrases choc. Et parce que l’actu est trop souvent un diktat (et une course contre la montre perdue d’avance), de grands livres publiés dans les mois ou les années, voire les décennies et même siècles qui précèdent, parce que les grands livres n’ont pas de date de péremption.
En épigraphe de son premier roman, Conversations entre amis, Sally Rooney citait Frank O’Hara : « En temps de crise, nous devons tous à nouveau décider, encore et encore, qui nous aimons ». Lire Normal People, deuxième roman de la romancière irlandaise, revient à comprendre combien cette citation s’offrait, sans doute, comme le programme même d’une œuvre à venir : être la romancière des crises intimes comme collectives, de nouveaux codes amoureux comme politiques et romanesques, de ce que serait l’incertaine « normalité » contemporaine.
L’écrivain, essayiste et cofondateur de la revue Ligne de risque François Meyronnis livre un roman lumineux inspiré par l’œuvre-vie de l’artiste russe d’origine juive Vladimir Slepian.
Retour sur Centre épique, récit-documentaire publié il y a quelques mois par Jean-Michel Espitallier. Dans ce livre, sont interrogés l’Histoire, le temps, la mémoire collective et personnelle, certains des récits qui donnent du sens au siècle (le XXe). Ce questionnement – cette problématisation – se fait toujours du point de vue d’une écriture qui propose et, dans le même geste, défait, efface, déchire, accumule les ruines : écriture-temps, écriture-durée synonyme aussi de chaos. Entretien avec l’auteur.
On ne peut pas dire que les témoignages sur l’inceste soient légion au Maghreb ; pas davantage en Tunisie où les avancées pour les droits des femmes ne peuvent être niées. Aussi, le témoignage-fiction de Monia Ben Jémia, Les siestes du grand-père. Récit d’inceste, est un événement, une rupture d’un silence honteux pour les victimes et complice pour celles et ceux qui ont assisté sans dire.
Maître Susane, 42 ans, est une avocate qui vient de s’installer à son compte à Bordeaux lorsqu’elle reçoit Gilles Principaux, le 5 janvier 2019 : sa femme Marlyne a tué leurs trois enfants et il souhaite que Me Susane la défende. Ce pourrait être l’Affaire permettant à l’avocate de sauver son cabinet, ce sera surtout le début d’une descente aux enfers pour la jeune femme, persuadée de reconnaître Gilles Principaux mais ne parvenant pas à démêler le souvenir qui lui est associé. Que s’est-il passé dans la chambre du jeune garçon il y a des années de cela ? Elle avait 10 ans, lui 14, pourquoi ne semble-t-il pas s’en souvenir ? Et quelle sera cette vengeance annoncée par le titre énigmatique du livre de Marie NDiaye ?
Philosophe sui generis, Aliocha Wald Lasowski a naguère trouvé sa place dans nos colonnes. Voilà qu’il y revient avec un texte dense et intense, un texte à l’image de celui dont il traite, ce penseur qui fut une des figures marquantes du XXe siècle littéraire et du tout début du XXIe. Nous parlons de l’Antillais Édouard Glissant.
Dans le cadre du festival « Littérature et animal » de l’édition 2021 de Littérature au Centre en partenariat avec Diacritik, Pierre Bergounioux évoque le bestiaire de son œuvre.
Sans logement et par manque de fric, en 2007 je quitte Paris pour retourner vivre à Charleville-Mézières, la ville de ma naissance.
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Quand un écrivain que vous considérez comme un mythe vivant publie un roman intitulé Légende (Gallimard), c’est probablement que le temps d’initier une rencontre est venu. D’autant que cette parution est doublée de l’ouvrage Agent Secret, un récit plus personnel qui paraît au même moment dans la collection Traits et Portraits du Mercure de France. Philippe Sollers, 84 ans, dont une soixantaine joyeusement vécue au cœur de la création littéraire entre romans, essais et édition, reçoit dans son bureau au 5, rue Gaston Gallimard.
« Parle est une rhétorique pure qui court après la vie » (Tais-toi)
Après son très remarqué Poétique de l’emploi paru en 2018, Noémi Lefebvre publie aux Éditions Verticales Parle, accompagné de Tais-toi qui lui sert, en quelque sorte, de postface. Avec ce cinquième ouvrage dont elle précise dans Tais-toi qu’il n’est ni roman, ni poésie, ni théâtre, non plus que pièce radiophonique ou cinéma, elle met en place un dispositif original, différent de ses livres précédents, tout en réorchestrant plusieurs de ses motifs de prédilection à travers une écriture qui privilégie une dynamique verbale d’une grande force critique.
Constellations de Sinéad Gleeson, qui vient de paraître chez Quai Voltaire dans une traduction de Cécile Arnaud, est l’autobiographie d’un corps diffracté : il s’agit pour l’autrice irlandaise de raconter son histoire, depuis les blessures, marques et cicatrices sur et dans sa chair — soit d’une forme de réponse au programme d’Hélène Cixous, dans Le Rire de la Méduse, cité en première épigraphe du livre : « À censurer le corps, on censure du même coup le souffle, la parole. Écris-toi : il faut que ton corps se fasse entendre ».
Passionnant : tel est le mot qui vient à l’esprit pour qualifier le fort et bel essai que Julien Lefort-Favreau consacre à l’édition indépendante qu’il vient de faire paraître chez Lux sous le titre de Le Luxe de l’indépendance. Dans ses Réflexions sur le monde du livre, Lefort-Favreau réfléchit à ce que signifie être indépendant, de nos jours, dans le monde du livre, à savoir comment s’élabore au quotidien mais aussi dans le long terme une indépendance esthétique, politique et économique. Qu’en est-il de l’engagement de l’éditeur ? Comment se construit le récit de cette indépendance ? Comment trouver un équilibre financier qui tienne compte du désir d’avant-garde ? Autant de questions que Diacritik a désiré poser au professeur de littérature française et d’études culturelles à l’Université Queen’s au Canada.
Et une fois de plus, écrivant non au fil de la plume, mais au crayon et à la gomme, le prétendu critique s’aventure du côté de la chronique. Il note en passant que ces deux mots ont six lettres en commun : crique, soit le lieu d’abordage qui ouvre sur les sentiers du terrain vague. Il fait attention de bien écrire crique, et non cirque – ou alors en accordant à ce dernier mot un sens lunaire, notre chroniqueur l’étant forcément un peu (dans la lune), surtout quand il esquisse ses “papiers” en marchant, ou en rêvant.
En février 2021, Johan Faerber s’entretenait avec Yamina Benahmed Daho, à propos de son roman récent, A la machine et de ce qui avait guidé l’écrivaine dans l’élaboration de sa fiction, à mi-chemin de l’enquête historique et du souvenir autobiographique. Dans ce « livre social et politique », on plonge dans l’injustice du conflit entre intelligence inventive d’un ouvrier et moyens financiers du capitalisme qui permettent de priver un inventeur des fruits de son invention. Car Barthélémy Thimonnier a inventé la machine à coudre et il est pourtant mort dans la misère.