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Il faut toujours un peu de temps pour savoir si un film des frères Coen est un « petit » ou un « grand ». Fargo reçut des critiques favorables mais mesurées lors de son passage à Cannes. Lors de sa sortie en septembre 1996, les mêmes critiques s’inclinaient devant le chef d’œuvre. Avant de devenir un film culte, The Big Lebowski sortit en France sous l’air du « petit divertissement sympa » que l’on réserve aux films de genre en général et aux comédies en particulier. Parfois, le temps semble relativiser la qualité du film : The Barber n’aura pas tenu la distance. Pour Intolérable cruauté ou Ladykillers le temps ne changea rien à la déception, les films étaient ratés. Et A Serious Man, l’un de leurs meilleurs films ? On parlera de film maudit…

L’exposition de Dorothée Smith à la galerie Les Filles du calvaire, à Paris, (jusqu’au 27 février), qui comporte deux volets, TRAUM et Spectrographies, est traversée par le thème des fantômes. On avait laissé Smith, né-e en 1985, avec la série Löyly, présentée aux Rencontres d’Arles en 2012, qui comportait un aspect bio-documentaire, et qui n’était pas sans évoquer Nan Goldin. On la retrouve armé-e d’une caméra thermique et proposant une fiction multidisciplinaire et fragmentaire. Entretien avec Dorothée Smith, par Charlotte Redler et Isabelle Zribi.

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Comme l’air, l’espace, l’azote et le dioxyde d’azote, l’ineffable nous entoure tout le temps : c’est tel rayon de soleil à travers la branche qui bourgeonne dans le square, c’est tel regard dans le métro, le cri d’une mouette au-dessus de Paris, le bruit de la neige poudreuse sous les pas, celui des feuilles mortes au bord du grand canal à Versailles, une odeur de vin chaud, de cannelle, tel regard d’enfant qui s’appuie gravement sur vous, dans la file d’attente d’un magasin, vous ne savez pas pourquoi, vous ignorez ce que ça veut dire mais ça s’imprime en vous à jamais, c’est aussi la façon dont cette vieille dame monte dans le bus, telle pensée fugace qui vous fait rater votre station de métro, c’est enfin ce chaos dans la tête au moment de s’endormir, toute la tristesse et la fatigue du monde. C’est cela et tout le reste, c’est surtout tout ce qui échappe à la moindre définition, toute la musique aussi bien. Le silence avant et après la musique.

Commencez une phrase par l’ineffable c’est, et vous êtes sûr de rater votre cible.

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Toute la semaine dernière, Diacritik a publié une série d’articles centrés sur littérature et art, dans ces croisements qui furent à l’origine même de notre journal : art contemporain, roman, essai, photographie, série télé, bande dessinée, cinéma et leurs échos infinis, comme une toile et un récit pour dire et penser le contemporain.

Lorsque des chanteurs sont en duo, ou dans le cas d’une chorale, il arrive qu’il y ait création d’une ligne vocale qui n’existerait pas sans chacun, mais qui en même temps n’est chantée par aucun d’eux, un chant autonome bien qu’inséparable des chanteurs, lié aux individus et au-delà d’eux. La musique, le chant créent alors une entité nouvelle, tiers flottant et anonyme.

Avant d’être cinéaste, Chantal Akerman voulait être écrivain. Pour autant son cinéma est-il littéraire ? S’il l’est, il reste pur cinéma, pur mouvement, pur écoulement du temps, sensible au corps et à la voix, à la matière des corps autant qu’à celle des mots. Et attaché à la vérité. Littéraire comme celui de deux autres cinéastes, Marguerite Duras et R. W. Fassbinder : auteurs d’une œuvre écrite considérable d’où découlent parfois leurs films. Rien de tel chez Chantal Akerman : deux récits publiés : Une famille à Bruxelles, (1998, L’Arche Éditeur), Ma mère rit (2013, Mercure de France) et un unique texte dramatique : Hall de nuit (1992, L’Arche Éditeur).

On ne sait si rendre hommage à une personne décédée est s’efforcer de la faire malgré tout présente – malgré la frontière infranchissable de sa mort, malgré son absence définitive, à jamais irréversible, malgré son oubli –, ou s’il s’agit de manifester son absence, de rendre présente son absence, de manifester sa mort qui est toujours la mort et donc, aussi, la manifestation de sa vie, de la vie, d’une vie.