« Surtout, pas de journalistes ! » ironisait Jacques Derrida lorsqu’il rapportait les paroles de Dieu enjoignant à Abraham d’observer une absolue discrétion. Force est de reconnaître que Dieu, s’il était vraiment parmi nous et devant sa télévision hier soir, aurait pu clamer la même chose en prenant des airs derridiens s’il avait regardé l’épouvantable et ultime débat des primaires de la Gauche, opposant le présenté-comme-frêle Benoît Hamon au hargneux-et-autoritaire Valls.

Depuis quelque temps, le terme « post-vérité » est employé pour référer à nombre de postures scandaleuses qui nient les faits et usent d’artifices rhétoriques et émotionnels pour manipuler l’opinion. Le couronnement de cette mouvance « post-vérité » se lirait dans l’élection de Donald Trump dont les mensonges de campagne furent incontestablement innombrables.

Asli Erdoğan a été arrêtée le 17 août 2016 en même temps que d’autres membres du journal pro-kurde Özgür Günden. Le journal a été interdit de publication, ses locaux ont été investis par la police et fermés. Depuis le mois d’août Asli Erdoğan est détenue à la prison pour femmes de Bakirköy, à Istanbul, son procès devant avoir lieu ce 29 décembre 2016.

Dernier acte de la primaire de la droite et du centre au terme d’une séquence qui n’a pas fait grandir la vie politique française, loin s’en faut. Nous republions la tribune de Johan Faerber écrite au lendemain du premier tour.

De quels actes sommes-nous les hommes ? Que signifie voter, dimanche dernier et ce dimanche qui vient, quand on est de gauche, quand on se dit de gauche, quand le nom de Gauche répond des gestes de chacun aux primaires de Droite ?

Ce que vous ignorez, cher Nicolas Sarkozy, en multipliant les déclarations sur les enseignants qui – vous le dites pour le démentir aussitôt – « font le métier le plus difficile », c’est qu’un professeur d’histoire, un professeur de littérature n’ont pas étudié des œuvres critiques pour échapper au service que ces disciplines ont exigé. Un professeur de philosophie ne rêve pas de s’évader du choix qui fut le sien lorsqu’il est entré, jeune, dans l’étude des œuvres. Cela n’aurait aucun sens, pas plus que le menuisier ne fuit le bois (même si on peut vous concéder que ces métiers se font rares en France depuis que le libéralisme dont vous avez la charge vandalise toute chose). Le but d’un métier si difficile ne pouvait donc pas consister à se passer enfin de tout travail, de manière infantile, dans une vision primaire, celle des cahiers jetés au feu après l’obtention d’un concours redoutable.

Chers amis, chers artistes, metteurs en scène, musiciens, comédiens, cinéastes, militants, associatifs, élus, nous allons lancer, dans les heures qui viennent, Ricardo Montserrat Galindo et moi, auprès de tous ceux qui nous sont proches, qui nous aiment, qui se battent à nos côtés, en urgence, en état d’urgence, une campagne d’urgence, une lecture publique de ce que Asli Erdogan a écrit, et qui risque de la tuer.

Au lendemain de cette désastreuse élection, on ne compte plus les indignations ridicules de gens raisonnables, qui reprochent aux électeurs d’avoir mal voté. Ils ont bien plutôt voté pour le mal. Non que le nouveau président des États-Unis soit le mal incarné (ce serait tout de même lui faire trop d’honneur), nous pensons plutôt ici au mal historique, celui dont la nécessité est, selon quelques grands philosophes, le moteur de l’histoire.