Assis et Soumis

C’est assis (vieille chaise en bois à la peinture écaillée) et soumis (à la page à couvrir, aux mots) que j’écris ces quelques lignes.
Tout aurait donc changé ! Un séisme !
Le politologue s’excite : la vieille société politique a agonisé et le neuf a surgi, il cite même (il a des lectures) Schumpeter et sa « destruction créatrice ».
Macron (et à un moindre degré Mélenchon) auraient tout emporté sur leur passage.
Victoire absolue du dégagisme !

C’est alors qu’un mot me vient à l’esprit : émancipation. Sortir de « l’état de tutelle » (Kant). L’objectif désirable du politique.
Et à la place des vieux partis, que vois-je ?

Je vois En Marche, dirigé par un playboy bienveillant d’opérette, où on clique et adhère, puis supporte, où un Comité Invisible choisit les candidats, issus majoritairement de la fameuse « société civile », mais appartenant furieusement à la « classe dominante » (ça existe encore, ça ?!).

Je vois la France Insoumise, dirigée par un Philosophe Roi d’opérette, où on clique et adhère, devient membre d’un groupe « d’appui », puis supporte.
Et interloqué, ne sachant que faire de mon émancipation, je reste assis et soumis, dans mon appentis, derrière ma planche de contre-plaqué et mes deux tréteaux, me tenant lieu de bureau.