À l’occasion de la parution des Grandes soifs de Joël Cornuault, du Charivari de Marc Graciano et de Chiffreurs et Bousingos d’Alexandre Prieux aux éditions Le Cadran Ligné, Pierre Vinclair s’est entretenu pour Diacritik avec Laurent Albarracin, poète et directeur des éditions.
Pierre Vinclair
N’étant jamais ni leur préoccupation centrale, ni un point critique dans leurs systèmes, les philosophes depuis Platon et Aristote se sont souvent intéressés à la littérature pour la traiter en petite sœur étourdie.
Préambule
Avant notre commun naufrage
Anticipons d’être déçus :
Battage public des suffrages
N’a jamais que souffrance élu :
L’espoir levé qui s’abat tue
Comme la rime en poésie :
Tu voudrais, toquard, le salut ?
Tu n’obtiendras que Sarkozy.
À quelques semaines de l’élection présidentielle, Diacritik a sollicité autrices, écrivains et essayistes en leur adressant une seule mais terrible question : « Qu’attendez-vous de cette présidentielle ? ». Devant la confiscation manifeste du débat par la présidence, devant l’effondrement du débat public, peut-être était-il temps de relancer, de manière humble et modeste, une dynamique d’interrogations afin se demander ce qu’il advient, dans une France tenaillée par l’extrême droite, le néolibéralisme et l’épuisement de ce rendez-vous démocratique si sacralisé. Autant d’interventions au cœur desquelles résonne cette sentence de Leslie Kaplan à valeur de programme : « Il faut faire politiquement de la littérature et non de la littérature politique ».
En 2009, Guillaume Peureux avait retracé dans son impressionnante Fabrique du vers (Seuil, « Poétique ») l’histoire du vers français, histoire passionnante et infiniment plus complexe que le schéma (prosodie classique —> 1870’s, crise de vers —> vers libres) auquel nous a habitués un historicisme d’autant plus efficace qu’il est paresseux.
Le livre de Patrice Maniglier, Le Philosophe, la Terre et le Virus. Bruno Latour expliqué par l’actualité, se situe à l’intersection de deux sous-genres : d’une part, la reprise systématique d’une parole qui, quoique théorique, ne rendait pas explicites toutes ses articulations conceptuelles (c’est l’opération platonicienne sur Socrate) ; d’autre part, la confrontation d’une philosophie à un événement d’actualité, comme le firent Derrida et Habermas avec le 11 septembre, Badiou avec l’élection de Sarkozy ou Kant avec la Révolution française.
1.
“Les curieux nous visitent encore de loin en loin. À travers les grilles hérissées de flèches à pointes d’or, ils glissent leurs appareils pour immortaliser la façade jaune et lisse. Du petit salon, nous les observons se recueillir, échanger sourires et larmes devant la dernière demeure d’une gloire nationale, figure du patrimoine français.”
Devant l’aggravation de la situation climatique, devant la marche forcée de la sixième extinction, devant l’impuissance et la dispersion de l’écologie politique se pose la question pressante d’une « écologie littéraire ». Débrouiller cette question exige un état des lieux : pendant que le monde brûle, que fait la littérature ? Que font les études littéraires ? Que devient l’écopoétique ? Ces questions sont au centre des revues LHT et Acta qui viennent de paraître sur Fabula.
Il y a quelque temps Pierre Vinclair avait franchi, pas à pas, la longue terre désolée d’un fameux poème de T. S. Eliot (Terre Inculte. Penser dans l’illisible, 2018). Le voilà qui reprend son sac de sherpa pour gravir un autre Everest : John Ashbery et son Autoportrait dans un miroir convexe, très long poème écrit par le poète états-unien Ashbery (1927-2017) en écho, en mémoire, en miroir de la toile éponyme du peintre italien Le Parmesan (1503-1540).
Chère Fabienne,
J’ai lu Ce qui reste de nous hier et, voyant que le livre allumait plusieurs voyants dans ma petite table de contrôle mentale, j’ai pensé à écrire une recension (c’est ce que je fais en général quand ça s’allume). Si pourtant je ne le fais pas, c’est non seulement parce que le risque d’un soupçon de connivence et de copinage serait trop élevé, mais aussi et surtout parce qu’il serait parfaitement justifié :
Je reprends : lu quatre romans dits “de la rentrée littéraire” cet été – comme égarés au milieu d’autres livres échappant au genre. Pas un de plus.
Du 9 au 13 juin 2021 aura lieu la première édition du festival écopoétique Le murmure du monde, dans le Val d’Azun, en Hautes-Pyrénées, avec le soutien du master Écopoétique et création d’Aix-Marseille Université et de Diacritik.
Un an après le Pandémonium, le master écopoétique et création d’Aix-Marseille Université lance le Zoødiac, un nouveau projet d’écriture en ligne, sur le thème de la sixième extinction. Le poète Pierre Vinclair attend les premiers arrivants à bord de l’embarcation. La philosophe Vinciane Despret le rejoindra en septembre, pour le Festival Extra! (Centre Pompidou) et un atelier sur les Tombeaux de bêtes. Levez vos doubles zoomorphes et venez mêler votre voix au triste requiem sauvage de ce radeau sans retour…
Retrouvez ici les trois captations vidéo des trois journées des Enjeux contemporains, diffusées en direct depuis le Théâtre du Vieux-Colombier Comédie-Française.