« Nous cherchons des mots, peut-être cherchons-nous aussi des oreilles » clamait lumineux de confiance Nietzsche dans Le Gai Savoir en une formule sans trêve qui pourrait tenir lieu de préambule à Mourir et puis sauter sur son cheval, le magistral roman de David Bosc, fiévreux récit de douleur, qui sort en poche chez Verdier.

Il est difficile de détacher son regard d’une œuvre de Cécile Cornet. Tantôt attiré, tantôt révolté, le spectateur fait face à des scènes dont la force ne peut laisser indemne.  Chacune de ses représentations est une explosion de sens et de couleurs, toutes ancrées dans des expériences intimes, qu’il s’agisse de souvenirs, de réminiscences ou de sentiments de révolte représentés par des objets devenus symboles. Chaque image est longuement pensée, imprégnée par la sensibilité d’une artiste soucieuse de mettre en lumière les inégalités sociales, entre féminisme et lutte des classes.

« C’est du Finnmark et de la Norvège du nord que je rêve. La lumière me met en extase. Elle se présente par couches, et donne une impression d’espaces différents qui sont en même temps très près et très lointains. On a l’impression d’une couche d’air entre chaque rayon de lumière et ce sont des couches d’air qui créent la perspective. C’est mystique. »
Anna-Eva Bergman, A-Magasinet, 21 avril 1979

Je ne sais plus dans quelles circonstances j’ai découvert Anna-Eva Bergman (sans doute en musardant sur la toile), mais ce fut un coup de foudre immédiat.

« Dans la recherche multiple de Michèle Battut, je crois discerner une constante : elle tente d’approcher l’objet au plus près. Les choses la fascinent par leur présence et c’est cette présence têtue, obsédante qu’elle veut capter par sa toile » Jean-Paul Sartre

Michèle Battut est une artiste fabuleuse. Je l’ai découverte par hasard, au gré de mes errances esthétiques, et j’ai eu un vrai coup de foudre pour certaines de ses toiles.

« La nature donnait l’existence aux plantes, mais mademoiselle Basseporte la leur conservait. » Jean-Jacques Rousseau

Aujourd’hui, son nom ne dit plus rien à personne. Pourtant, Madeleine Françoise Basseporte fut appréciée de Louis XV, qui aimait converser avec elle, ainsi que de Madame de Pompadour, qui fit appel à ses talents de décoratrice.

« On nous demande avec une indulgente ironie combien il y a eu de grandes artistes femmes. Eh ! messieurs, il y en a eu et c’est étonnant, vu les difficultés énormes qu’elles rencontrent. » Marie Bashkirtseff, sous le pseudonyme de Pauline Orell, in La Citoyenne, 6 mars 1881

Marie Bashkirtseff (1858-1884), c’est un peu la rencontre de Berthe Morisot, Louise Michel et Kim Kardashian.

Louise Abbéma (1853-1927) fait partie de ces peintres très célèbres à une époque, qui ont complètement sombré dans l’oubli. Pourquoi s’attarder sur elle aujourd’hui ? Parce que Louise Abbéma est une figure emblématique de son époque. Parce que c’est une femme libre dans une société où les femmes, artistes ou pas, ne l’étaient pas. Parce que des Cabanel, Jean-Léon Gérôme, Carolus Duran, ou James Tissot ont survécu, que leurs œuvres sont partout présentes dans les musées en France et à l’étranger, tandis que celles de Louise Abbéma ont disparu. Où sont-elles ? Qui était Louise Abbéma, et pourquoi est-elle si intéressante à étudier de plus près aujourd’hui ? Sa peinture ne mérite-t-elle pas d’être tirée de l’oubli ?

« Les femmes sont, tout autant que les hommes, capables de perfection. »
Clément d’Alexandrie, Stromates, vers l’an 200

 

Pourquoi dans l’histoire des arts ne connaît-on pas de grand génie féminin de la peinture ? Pourquoi n’y a-t-il pas de Léonarda da Vinci, de Nicole Poussin, ou de Paulette Cézanne ? Linda Nochlin a été la première à poser la question, en 1971. Jusque là, visiblement, le problème n’avait attiré l’attention de personne.

La solitude Caravage qui vient de sortir en poche chez Folio est un livre qui fait date dans la connaissance et la portée de l’œuvre du génie italien. Comme dans ses romans, Yannick Haenel dévoile une suite prodigieuse de précisions, de scènes et d’illuminations qui se lisent par bonds. C’est un tour de force : ces toiles si connues, si commentées et qui ont quatre siècles se posent devant nos yeux comme si c’était la première fois. Voici le Caravage vivant, miraculeusement là. L’auteur nous aavait accordé un grand entretien lors de la sortie du livre en grand format.

On s’était habitué, avec Maylis de Kerangal, aux tambours et aux trompettes, aux incipits de parade, à ces œuvres aux frontispices vibrants, de l’odyssée de Georges Diderot, héros de Naissance d’un pont, à la vague mythique venue du fond des âges lançant le compte à rebours poignant de Réparer les vivants.

J’étais une enfant turbulente et je suis resté quelqu’un de remuant. Quand j’entre dans une maison, je vais tout de suite aux fenêtres.

Née le 24 février 1925 à Beyrouth, Etel Adnan est la “fille unique d’une famille qui a vécu la guerre et l’exil comme conséquence de la guerre.” Je me suis souvent demandé comment un système aussi fragile que le corps humain peut supporter des bouleversements aussi fréquents que ceux que le Moyen Orient arabe a connu et continue de vivre.