Lire est une activité dévorante pouvant s’accomplir à peu près partout, de manière volontiers désordonnée ; c’est affaire de trous dans l’emploi du temps, et non d’organisation rationnelle des activités du jour. Écrire un journal de lecture, cherchant à retenir de petites pensées éphémères, en écho à des éclats de textes explorés avec plus ou moins d’acuité, l’est davantage encore – le moment heureux de cette activité étant celui du montage. Mais avant d’y parvenir, il faut griffonner, raturer, détruire, reprendre, se frotter à certaines limites, alors qu’en finir n’est pas au programme : on ne rend sa copie qu’en raison de ce qui a été paraphé sur le dérisoire contrat qu’on a conclu avec soi-même. Il s’agit toujours d’un exercice de la liberté dont il faut saisir les opportunités, quitte à en sortir un peu sonné – entre fatigue et perplexité.
Peinture
Nombre d’événements célèbrent l’œuvre immense de Pierre Soulages. Sous la direction de Camille Morando et d’Alfred Pacquement, préfacé par Colette Soulages, le cinquième et dernier volume du catalogue raisonné de ses peintures paraît aux Éditions Gallimard.
Entretien avec Camille Morando et Alfred Pacquement à l’occasion de la remarquable publication du cinquième et dernier tome du catalogue raisonné de l’œuvre de Pierre Soulages, dirigé par les deux auteurs ; de l’exposition : « Pierre Soulages, une autre lumière », dont Alfred Pacquement est le commissaire, qui s’ouvre au musée du Luxembourg ; de la parution du livre, Pierre Soulages. Peintures sur papier, signé Alfred Pacquement, qui accompagne l’exposition.
« Je cite souvent Louise Bourgeois à qui on demandait : « Qu’est-ce que ça veut dire ce que vous faites ? » et elle répondait : « Si vous ne sentez pas ce que j’ai voulu exprimer, I have failed – j’ai raté« . »
Deux expositions mettent Geneviève Asse à l’honneur : Le bleu prend tout ce qui passe, au musée Soulages de Rodez, jusqu’au 18 mai 2025 et Geneviève Asse, Carnets à la BNF, jusqu’au 25 mai 2025. L’occasion, pour Diacritik, de republier l’épisode 6 de la série « Peintresses en France », de Carine Chichereau.
Julie Otsuka, autrice de Certaines n’avaient jamais vu la mer, qui fut elle-même peintresse avant de se lancer dans l’écriture, a écrit ce texte pour le catalogue (David Zwirner Books) à l’occasion de l’exposition des œuvres de l’artiste à la galerie David Zwirner en novembre-décembre 2022. Julie Otsuka est depuis longtemps fascinée par l’œuvre de Joan Mitchell, une des plus grandes figures de l’expressionnisme abstrait aux États-Unis, et en France où elle a vécu une trentaine d’années.
Poète, essayiste, auteur d’une œuvre exigeante, traducteur, directeur de la revue L’Étrangère, éditeur, Pierre-Yves Soucy est aussi le créateur d’une œuvre graphique sous-tendue par un questionnement qui prolonge son œuvre poétique. Entretien avec Pierre-Yves Soucy réalisé par Véronique Bergen.
« Durant mes études, j’ai compris que l’histoire de l’art et la peinture étaient quasi exclusivement masculines. C’est pour exposer ce sexisme que je me suis saisie de la broderie, perçue comme relevant du domestique, donc du féminin. Mais à travers le fil et l’aiguille, c’est bien de peinture qu’il est question. Je suis peintre avant tout. »
Ghada Amer
À l’occasion du centenaire de la naissance du peintre et photographe américain Saul Leiter (1923-2013), les éditions Textuel offrent au public français la rétrospective d’un extraordinaire artiste de l’intime dont le nom côtoie désormais les plus grandes figures du vingtième siècle.
Comme déjà dit en ouverture de telle brocante de saison, il n’est pas si simple de reprendre le chemin du Terrain Vague, après une coupure. Dans l’attente d’un déclic, je me rends au marché, découvrant en bonne place, dans la vitrine du marchand de tabac journaux, un nouvel opus de Modiano. Je l’acquiers aussi sec. Force de l’habitude ? Non. Avant le confinement de 2020, il ne me serait jamais venu à l’idée de mordre aussi rapidement à l’hameçon.
Sous-titrée « L’invention du langage », l’exposition qui vient de s’ouvrir au Musée du Luxembourg dit quarante ans d’amitié entre deux géants, Gertrude Stein (1874-1946) et Pablo Picasso (1881-1973).
Larvatus prodeo. En français : je m’avance masqué. Cette devise, prêtée à Descartes, pourrait être aussi celle de Chechu Álava. Pourtant la philosophie cartésienne n’est pas la meilleure porte d’entrée dans l’univers pictural de cette artiste espagnole vivant désormais à Paris. Il faudrait aussi ajouter un « e » à la fin de l’adjectif. Ajouter des « e », mettre au féminin, c’est d’ailleurs ce à quoi elle s’emploie depuis vingt ans.
« Nous cherchons des mots, peut-être cherchons-nous aussi des oreilles » clamait lumineux de confiance Nietzsche dans Le Gai Savoir en une formule sans trêve qui pourrait tenir lieu de préambule à Mourir et puis sauter sur son cheval, le magistral roman de David Bosc, fiévreux récit de douleur, qui sort en poche chez Verdier.
Il est difficile de détacher son regard d’une œuvre de Cécile Cornet. Tantôt attiré, tantôt révolté, le spectateur fait face à des scènes dont la force ne peut laisser indemne. Chacune de ses représentations est une explosion de sens et de couleurs, toutes ancrées dans des expériences intimes, qu’il s’agisse de souvenirs, de réminiscences ou de sentiments de révolte représentés par des objets devenus symboles. Chaque image est longuement pensée, imprégnée par la sensibilité d’une artiste soucieuse de mettre en lumière les inégalités sociales, entre féminisme et lutte des classes.
« C’est du Finnmark et de la Norvège du nord que je rêve. La lumière me met en extase. Elle se présente par couches, et donne une impression d’espaces différents qui sont en même temps très près et très lointains. On a l’impression d’une couche d’air entre chaque rayon de lumière et ce sont des couches d’air qui créent la perspective. C’est mystique. »
Anna-Eva Bergman, A-Magasinet, 21 avril 1979
Je ne sais plus dans quelles circonstances j’ai découvert Anna-Eva Bergman (sans doute en musardant sur la toile), mais ce fut un coup de foudre immédiat.