La stigmatisation et la discrimination à l’égard des populations homosexuelles impliquent la différenciation ou construction d’une différence basée sur un critère défini (sexualité, genre, etc.) ; la stigmatisation ou infériorisation de cette différence ; la focalisation sur ce critère et la réduction de l’individu à une identité stigmatisée, celui-ci n’étant plus perçu qu’en référence à un groupe supposé homogène ; la naturalisation ou essentialisation (les homos, les lesbiennes, etc.) par laquelle un groupe est défini ; la légitimation de la stigmatisation et de la discrimination (homosexuels = danger, désordre, maladie, etc.). A l’intérieur de cette logique, la différence par rapport à la norme est a priori dévalorisée – différence et norme étant construites l’une par rapport à l’autre, la première existant pour que la deuxième soit justifiée et valorisée.

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J’aurais voulu avoir achevé la lecture de ce livre merveilleusement inactuel et plutôt inattendu (même si, en réalité, on l’attendait impatiemment), qui sonne cependant assez familièrement aux lecteurs obstinés de ce travail (dont je fais partie depuis le temps d’Orange Export Ltd, éditeur d’ouvrages aujourd’hui plus que rares à trouver, d’une splendeur non-maniérée, faisant état d’une éthique minimaliste et composés en principe de quelques pages typographiées – 5 pouvant suffire à composer un volume tiré en 9 exemplaires) avant que d’en entreprendre je ne sais quel rapport critique (ce que l’on nomme recension, chronique, fragments d’un journal de lecture, que sais-je ? – j’ai proposé la dernière fois pense-bête, gardons cette expression).

Dans l’exposition qui lui est actuellement consacrée à Paris, le photographe Rémy Soubanère présente ce que l’on pourrait appeler des nocturnographies, tant la nuit, ses ombres, les potentialités qu’elle porte sont au cœur de sa recherche. Entretien où il est donc question de la nuit mais aussi de la ville, de Deleuze et Guattari, de Nuit debout, d’hétérotopies ou d’imaginaire.

William Marx

Après son brillant essai sur La Haine de la littérature, William Marx revient en cette rentrée d’hiver avec Un savoir gai, nouvel essai qui, aussi neuf qu’incisif, porte sur le désir homosexuel et le rapport spécifique qu’il entretient au beau et à la vérité. Si l’essayiste y évoque sa vie érotique mais aussi bien la figure d’un Jésus homophile et convoque tour à tour amour, drague et fantasme, le propos de William Marx se fait politique, questionnant l’hétérocentrisme indéfectible de la société.
Dans un alphabet du désir où il apostrophe l’expérience de chacun, Marx offre un essai qui ne peut manquer de soulever de fécondes questions. L’occasion pour Diacritik de revenir avec son auteur sur ses fragments du désir homosexuel le temps d’un grand entretien.


L’une des caractéristiques les plus fascinantes des éditions Inculte, en sens tout autant laboratoire du contemporain que maison d’édition, est la dimension collective du travail mené, via des revues, des rencontres croisées de ses auteurs, des collectifs ou des livres écrits à quatre mains comme A fendre le cœur le plus dur, signé Jérôme Ferrari et Oliver Rohe qui sort aujourd’hui en poche chez Babel. L’occasion de retrouver l’entretien vidéo réalisé avec Oliver Rohe lors de la publication du livre en grand format.

Laurent De Sutter

Il y a peu paraissait le dernier livre de Laurent de Sutter : L’âge de l’anesthésie – La mise sous contrôle des affects. Grand livre, à la fois puissant et original, nous donnant à lire et à penser autre chose que ce qu’il a l’air d’aborder. Car contrairement à ce que semble indiquer le sous-titre, ce livre n’est pas qu’un livre de « philosophie politique » (même si l’auteur revendique par ailleurs son appartenance à une certaine lignée ou « tradition » philosophique à partir de laquelle se dessine toute une série de positionnements polémiques : Machiavel et La Boétie ; la « psychopolitique » de Byung Chul-han et la « biopolitique » de Foucault ; Tarde et Freud…). Il s’agit avant tout d’un traité d’ontologie, et même d’« anti-ontologie ».