Véritable cristal de douleur contenue, De mémoire de Yamina Benahmed Daho constitue un des plus beaux romans de cette rentrée d’hiver. Après le remarquable Poule D, la romancière évoque ici, comme une parenthèse de langage dans les choses, la tentative de viol que subit la jeune Alya et la traîne de douleurs qui l’assaille dès lors chaque jour. C’est le temps d’un grand entretien que Diacritik a voulu revenir avec la jeune romancière sur ce récit à la puissance politique rare. 

En partenariat avec Diacritik et le Master Création littéraire de l’Université Toulouse Jean-Jaurès, aura lieu, du 2 au 4 novembre, à Lagrasse le Banquet du livre d’automne. « Histoire du moi, Histoires du monde » : tel est le mot d’ordre d’un banquet qui réunit écrivains et critiques autour de la diction de soi qui s’affronte à la fiction du monde. En voici le riche programme en détails. Suivez le guide.

En partenariat avec Diacritik, se déroulera à Lagrasse, du 2 au 4 novembre, le Banquet du Livre d’automne 2018. Placé cette année sous le signe des « Histoires du moi, histoires du monde », le Banquet convie écrivains et critiques à s’interroger l’intime liaison entre la diction de soi et la fiction du monde, et inversement. Seront ainsi notamment présents Michel Jullien, Jean Rouaud, Jean-Michel Espitallier, Pierre Senges, Jean-Yves Laurichesse, Perrine Lachenal, Arnaud Sauli et Johan Faerber. L’occasion pour Diacritik d’interroger sur ce riche programme Sylvie Vignes, professeur au Master de Création littéraire de Toulouse Jean Jaurès, également partenaire de l’événement.

Après l’épique Autour du monde qui interrogeait en 14 voyages et autant d’histoires le tsunami de 2011, Laurent Mauvignier était revenu, en 2016, avec sans doute l’un de ses plus beaux romans : Continuer qui vient de paraître en poche.Racontant l’histoire de Sibylle cherchant à sauver son fils Samuel depuis un voyage à cheval au cœur du Kirghizistan, Mauvignier offre une puissante fable politique sur la France contemporaine jetée dans un temps troublé et déchiré de haines.
Diacritik avait rencontré Laurent Mauvignier le temps d’un grand entretien pour évoquer avec lui ce roman. Retour.

Il y a des héritages qui prennent trop de place. Héléna Villovitch aura eu besoin de faire un film, puis d’écrire un récit sur le tournage de ce film, pour se défaire de celui qui lui vient de sa mère.

Même si « on n’est pas là pour raconter toujours la même histoire », et que ce « n’est pas du tout [son] histoire à [elle] », le sofa du titre est à la fois bien réel et parfaitement métaphorique.

Gregory Crewdson, Untitled, 2002

« Nous deux – le magazine – est plus obscène que Sade » : tel est l’infranchissable paradoxe clamé par Roland Barthes sur l’indécence moderne du sentiment amoureux qu’Annie Ernaux choisit de mettre en violent exergue à Passion simple, récit sec et nu d’une liaison au cours de laquelle l’amour se révèle plus transgressif que toute forme de sexualité possible. Sans doute est-ce aussi bien à la croisée de cette immoralité profonde de la passion selon Ernaux et Barthes que pourrait venir se placer, escorté de la même incisive et désarmante réflexion, le puissant et très beau premier roman d’Agnès Riva, Géographie d’un adultère qui vient de paraître à L’Arbalète chez Gallimard. Car, comme en écho mat au sémiologue et à l’écrivaine, Agnès Riva offre, chapitre après chapitre, le douloureux roman d’une liaison extraconjugale où, à chaque instant, éclate l’obscénité de la passion et de la demande, sans retour, d’amour.

Claude Simon (1913-2005), victime malgré lui d’un canular réactionnaire

Claude Simon, ce serait, décidément, mort ou vivant, l’éternelle bataille de la phrase. Telle serait la conclusion hautement morale et finement désabusée qui viendrait conclure le canular dont chacun depuis lundi s’émeut : deux amis, Serge Volle, écrivain et peintre de 70 ans et un « ami écrivain très connu dont Volle ne veut pas dire le nom » affirment qu’aucun éditeur aujourd’hui « n’accepterait de publier Claude Simon ». Décision est alors prise d’envoyer 50 pages du Palace, roman de Claude Simon, à « dix-neuf éditeurs, petits et grands ». Le constat est sans appel : sur les 19 éditeurs dont le nom demeure un mystère dans l’histoire de l’humanité, 7 ne prennent pas la peine de répondre quand 12 le refusent au prétexte notamment de « phrases sans fin… qui font perdre le fil au lecteur ». La démonstration serait donc faite, et elle prendrait les allures d’un crime de lèse-majesté de la Littérature même : le Prix Nobel de 1985 ne pourrait plus être publié en 2017.

Colette à la fin de sa vie

Comment finir ? Comment s’achève l’œuvre d’un écrivain ? Comment son écriture vieillit-elle ? En un mot : existe-t-il un âge littéraire des écrivains ? Ce sont à ces questions délicates et rarement posées que s’est récemment attaqué un essai aussi neuf que stimulant de Marie-Odile André, Pour une sociopoétique du vieillissement littéraire, paru chez Honoré Champion.
Interrogeant aussi bien Colette dont elle est l’une des éminentes spécialistes que l’œuvre d’Annie Ernaux, aussi bien Robert Pinget que Simone de Beauvoir, Marie-Odile André se met en quête des différentes manières de vieillir qui, chacune, dévoilent un rapport souvent méconnu au temps et à l’écriture. Diacritik a ainsi souhaité, le temps d’un grand entretien, revenir avec Marie-Odile André sur les questions nombreuses soulevées par cet essai sur l’écrivain en vieil escargot, comme elle le dit.

Clémentine Célarié refusant de serrer la main de Florian Philippot

Ce week-end, les sites d’info qui commentent plus la télé qu’ils ne cherchent l’info n’en finissaient pas de titrer : « Clémentine Célarié refuse de serrer la main de Florian Philippot dans « On n’est pas couché » de Laurent Ruquier. » De quelle époque parlons-nous et de quels actes sommes-nous les hommes pour que ce geste soit promu à la Une ? Quelle est notre intime détresse pour qu’un geste seul, qui devrait être la norme, devienne l’exception sinon l’exceptionnel dans l’abandon quotidien qu’on nous somme incessamment de vivre ?